‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 155 sur 283 · LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME

Esprit! » Nous devons ajouter que tous les Rituels arméniens ne contiennent que la formule orthodoxe (1).

Les Abyssins employaient parfois les singulières formules que nous venons de citer, ou baptisaient au nom de la Trinité, au nom de Jésus- Christ, etc. Les Jésuites se trouvèrent obligés de rebaptiser sous condition un grand nombre d’adultes : ce fut là un des griefs qu’articula contre eux le roi Basilidès, lorsqu'il les chassa de ses États (2).

Les Chrétiens de saint Thomas ou Nestoriens des Indes, avaient tant de formes nulles ou douteuses, que Parchevêque Menesès qui les convertit, au commencement du xvn° siècle, les rebaptisa presque tous (3).

Chez les Mendaïtes ou Chrétiens de saint Jean, l’évêque arrose trois fois d’eau l'enfant plongé dans la rivière, en répétant trois fois ces paroles : « Au nom du Seigneur, premier et dernier du monde, et du Paradis, le plus haut créateur de toutes choses (4). »

Chez les Mennonites d'Allemagne et de Hollande, le ministre verse de l’eau sur le sommet de la tête des catéchumènes agenouillés, en disant : « N..., je te baptise avec de l’eau ; que Notre-Seigneur Jésus- Christ te baptise par son Esprit (5). »

Les Zwingliens baptisaient autrefois in nominibus Patris et Filii et Spiritus Sancti.

Tellier, pasteur protestant de Berlin, proposa de baptiser les Juifs «au nom de Dieu, de Christ et du Saint-Esprit. » M. André Deluc, dans ses Lettres sur le Christianisme, lui répondit avec raison que la formule qu’ilimaginait serait repoussée tout à la fois par la Synagogue et par l'Église.

Les Swedenborgistes, qui concentrent la Trinité dans la personne du Verbe, emploient les paroles suivantes : « Je te baptise au nom du Seigneur Jésus-Christ qui est Père, Fils et Saint-Esprit. »

L'abbé Chatel inventa cette formule en 1831 : « Je te baptise au nom du Dieu tout-puissant, seul Dieu vivant et véritable, au nom et par les mérites de Jésus-Christ, législateur des Chrétiens. Cette eau dont je timmerge signifie que tu dois être toujours pur et que s’il t'arrive de

(1) Denzenger, Rif. Orient., p. 21.

(2) Lubo, Relation histor. d’Abyssinie, p. 318; Le Grand, Relation hist, d'Abyssinie, diss. XI

(3) Hist. orient. des progrès d'Alex. Menesès, ch. xx.

(4) Jovet, Hist. des Relig., t. II, p. 577.

(5) John Hayward, The religious creeds.

souiller ton innocence, tu dois t'empresser d'effacer les souillures de ton âme, en réparant le mal que tu as commis (1). »

Quand les sorcières baptisaient les petits enfants, elles trempaient un aspersoir noir dans ce qu’elles disaient être de l’urine du diable, en jetaient sur la tête de l'enfant, et faisaient le signe de croix à rebours, avec la main gauche, en disant : 7n nomine Patrica, Matrica, Araguaco Petrica, agora, agora, Valentia, ce qui veut dire : Au nom de Patrique, de Matrique, de Petrique d'Aragon, à cette heure, à cette heure, Valentia. Cela s'appelait : le baptême du diable (2). »

(1) Catéchisme à l'usage de l'Église française, 1833, p. 41. (2) Collin de Plancy, Dict. infernal, vo Baptème.

GHMPITRE:V

Des formes douteuses

Nous rangerons dans la catégorie des formes douteuses non seulement celles qui sont considérées comme telles par tous les théologiens, mais aussi celles dont la validité est acceptée par les uns et rejetée par les autres. Ces formules contestées pèchent soit par suppression de mots, soit par changement de mots, soit par interposition, ou par répétition de mots.

1° SUPPRESSIONS DE MOTS. — Quelques théologiens du moyen-âge (1) ont supposé que les paroles E20 te bapti70, n’ont pas toujours été prononcées dans l'administration du sacrement ; c’est là une fausse appréciation. On ne saurait citer sur ce point que de rares exceptions : ces paroles sont omises dans un Rituel manuscrit du diocèse de Cambrai, datant du xv° siècle, et dans quelques autres monuments liturgiques cités par dom Martène (2). Dans la confession de foi orientale publiée en 1662 par Nectaire, patriarche de Jérusalem, la formule se trouve réduite à ces mots : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

C’est ainsi que les fidèles de l'Auvergne, au xu° siècle, ondoyaient les enfants en danger de mort. Ponce, évêque de Clermont, consulta à ce sujet Maurice, évêque de Paris, et Étienne, abbé de Saint-Euverte d'Orléans, qui devint plus tard évêque de Tournai. Le premier, s’appuyant sur la tradition, répondit que ce genre de baptême était nul. Le second soutint le contraire en disant que la prononciation des paroles initiales n’est point prescrite dans l'Évangile, que plusieurs passages des Pères démontrent qu'elles n’appartiennent pas à l'essence du sacrement et qu’il faut bien se garder de damner une infinité d’enfants qui ont été baptisé sans ces paroles par des laïques (3). Quelques théolo-

(1) P. Prœpositivus, Pierre le Chantre, etc.

(2) De rit. eccl., 1. I, €. 1, art. 14, n° 19. (3) Steph. Torn. Epist. IV et V,

giens entrèrent en lice et prirent parti, les uns pour l'opinion de Maurice, les autres pour celle d’Étienne (1). Une décision d'Alexandre ITT a mis fin à cette controverse (2). Le Père Morin a prétendu (3) que jusque-là le baptême avait été valide, avec l'omission d'Ego te bapti70, sentiment qu’il paraît difficile de concilier avec la condamnation d’une proposition analogue, par le pape Alexandre VIII (4).

Divers théologiens croient que l’omission de la particule i# détruit le sens et annule le baptême, quand bien même on agiçait par ignorance; d'autres sont d'un avis contraire, surtout quand il s’agit d’un défaut de prononciation. La sacrée Congrégation du Concile a reconnu valide un baptême où une sage-femme du diocèse de Fiésole avait employé cette formule : Jo 1i battizo nome de Padre, di Figliulo, e dello Spirito Santo (5).

Même divergence pour l’omission de la conjonction ef. Saint Liguori dit à ce sujet (6) : « Si l’on mettait l’ef au moins avant Spirilus Sancti, je pense avec Lacroix que le baptème serait valide, parce que, d’après l'usage, il suffit, pour distinguer les noms qui se suivent que la particule ef soit placée avant le dernier. » ;

2° CHANGEMENTS DE MOTS. — Un certain nombre de théologiens considèrent comme nul, ou du moins comme douteux, le baptème où le mot baptizo serait remplacé par un synonyme insuffisant comme lavo, abluo, tingo, balneo, mergo, etc. L'emploi de cette dernière expression, faite par un prêtre en 754, ne fut pas désapprouvé par le pape Étienne II qui se trouvait alors en France, Mais nous devons faire remarquer que cette décision du Pape n’est consignée que dans un petit nombre de manuscrits et que, pour cette raison, elle est rejetée par divers critiques.

En 1630, une vive controverse s’engagea sur la validité de la formule des Chaldéens; ils employaient le temps passé, en disant eemad (a été baptisé) pour les garçons, et cemdaï (a été baptisée) pour les filles. La Congrégation du Saint-Office, après cinq séances de discus-

(1) Præposit. Summ. sacr., part. IV, fo 156; Petr. Cant., Summ. part. IV; Hug. à S'aVict, dl ep VIe nr NPetr Mombe l'E dise

(2) Si quis puerum in aqua immerserit in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti et non dixerit : Ego te baptizo, puer non est baptizatus, (Extrav. de Bapt.)

(3) Lib. VIIL De Pœnitent., c. xvi, n° 21.

(4) En 1690, il condamna cette proposition : « Valuit aliquando baptismus collatus, omissis illis verbis Ego te baptizo. »

(5) Thesaur. Resolut., t. LXVII, p. 211.

(6) Instit. prat. pour les confess., ch. xiv, 2° point.

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