LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME
sions, décida que le baptême conféré par un verbe au prétérit, exprimant une action passée et non pas celle que fait actuellement le ministre, ne constituait pas un sacrement réel; qu'il faut nécessairement employer Île présent de l'indicatif ou l'impératif; mais que le baptême serait valide si, dans le génie de la langue chaldéenne, la forme du prétérit peut exprimer une action présente, ou bien si c’est par une prononciation vicieuse qu'on métamorphose le présent en passé; que les Chaldéens doivent donc employer désormais la forme indicative ou impérative, ou tout au moins attacher le sens du présent à des mots qui, selon quelques orientalistes, ont tout à la fois le sens du passé et du présent. Depuis cette RER un certain nombre de Chaldéens ont adopté notre forme latine; d’autres ont substitué aamed (est baptisé) à eemad, pour les garçons, et.aamda (est baptisée) à eemdat, pour les filles (1).
Maldonnat (2) considère comme probable l'opinion de ceux qui admettent la validité du baptême conféré au nom collectif de la Trinité, tout en reconnaissant que l'opinion contraire est généralement suivie.
Quelques théologiens (3) ont pensé que les trois personnes divines peuvent être validement désignées par d’autres termes que ceux en usage, par exemple : 1n nomine Genitoris et Geniti et Procedentis ab utrogue; mais l'opinion contraire a toujours prévalu.
Il nous serait facile de multiplier des citations de formules hypothétiques dont les mutations sont considérées comme essentielles par les uns, comme accidentelles par les autres. Mais mieux vaut nous arrêter à une question qui est tout à la fois historique et dogmatique, au baptême administré au seul nom de Jésus-Christ.
Dans plusieurs passages des Actes, il est question du baptême conféré par les apôtres au nom de Jésus-Christ (4). Nous partageons l'avis de ceux qui ne voient là qu’une manière de distinguer l’immersion donnée par saint Jean d'avec le sacrement institué par Jésus- Christ, et qui se donnait, non pas au seul nom du Sauveur, mais au nom des trois personnes divines. Comment les apôtres auraient-ils pu ne pas employer la forme si expressément prescrite par leur divin Maître ? Quand l’Apôtre s'étonne de ce que divers Éphésiens
(1) Assémani, Bibl. Orient., t, ÎI, part. Il, p. 251. (2) De Sacram., t. I, quæst. HI.
(3) Suarez, dist. XXI, sect. 4; de Conninck, de Sacram., quæst. LXVI, art. 6; Cajetan, quæst. LXVI, art, 6.
(4) Act., 11, 38 ; vtr, 12, 163 x, 48; xIx, 5.
prétendaient ne pas savoir ce que c’est que le Saint-Esprit, il leur dit : En qui donc avez-vous été baptisés (1)? ce qui démontre bien que lEsprit-Saint était alors nommé dans l’invocation baptismale. Cependant un certain nombre de Pères et de théologiens, s’en tenant à la lettre du texte, en ont conclu que, dans les premiers temps, on ne baptisait
oint au nom des trois personnes divines, mais seulement au nom de Jésus-Christ dont il était important de glorifier la mémoire aux yeux des Juifs et des paiens.
Saint Ambroise dit (2) que le baptème est valide, soit que l’on confesse les trois personnes de la Trinité, soit qu’on n’exprime dans ses paroles qu’une seule personne, parce que les trois personnes ne forment qu’une substance : « Celui qui en proclame une désigne en même temps toute la Trinité. » Ce passage est assez obscur pour que les commentateurs l’aient interprété dans des sens différents; les uns (3) ont supposé que l'archevêque de Milan ne parle ici que de la profession de foi des catéchumènes, d’autant plus qu'ailleurs (4) il demande expressément que le baptême soit conféré au nom des trois personnes divines. Les autres (5) ont entendu ce passage dans le sens du baptème donné au seul nom du Christ. Quand bien même on prouverait qu'il n’en est pas ainsi,iln'en resterait pas moins avéré qu’un certain nombre d’autres Pères s'expriment très formellement dans cesens. Laissons de côté des textes controversés de saint Cyprien (6), de saint Basile (7), etc..etine citons que ceux qui paraissent à l'abri d’une double interprétation. L'auteur inconnu qui a écrit contre saint Cyprien sur la réitération du baptème, dit (8) qu'on ne doit point réitérer le baptème aux hérétiques qui l’ont reçu au seul nomde Jésus-Christ. Saint Hilaire remarque (9) que les Apôtres, bien qu’ils aient reçu l’ordre de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ont administré ce sacrement au
(ri ctsIE Se (2) Plenum est (baptismatis sacramentum) si Patrem et Filium Spiritumque sanctum fatearis. Si unum neges, totum subrues. Et quemadmodum si unum sermone
comprehendas, aut Patrem, aut Filium, aut Spiritum sanctum... plenum erit fidei sacramentum... quia qui unum dixerit Trinitatem signavit. (De Spir.sanct., L.1, ca, n°s 41-44.)
(3) Bellarmin, D. Calmet, Drouin, etc.
(4) In Luc., 1. VIII, n° 61 ; De Myst., C.1v, n° 20.
(5) Maldonnat, Suarez, Vasquez, Petau, Martène, Bingham, Sirmond, Orsi, etc. (6) Epist. LXXTIT.
(7) De Spirit. sancto, c. ur.
(8) Labbe, Concil., t. I, p. 770.
(9) Lib. de Synod.