LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME 20O1I
baptême on est enseveli avec Jésus-Christ, et que l'on doit marcher avec lui.dans une vie nouvelle. »
Saint Cyprien, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Fulgence, Théophylacte, Facundus, etc., ont également compris que le baptême conféré au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit était appelé au nom de Jésus-Christ, précisément parce que c'était Jésus qui avait ordonné cette forme.
En face de cette divergence d'opinions, le Catéchisme du concile de Trente n’a pas voulu se prononcer sur cette question historique. En invoquant l'autorité de saint Ambroise et de saint Basile, il dit que « il est très permis de douter que les apôtres aient conféré le baptême de cette manière ». D’un autre côté, il reconnaît, pour les temps apostoliques, la validité de la formule en Jésus-Christ : « Que si l’on est obligé d’avouer que dans un temps les apôtres ne baptisaient qu’au nom de Jésus-Christ, il faut croire qu’ils ne l'ont fait que par l’inspiration du Saint-Esprit, pour donner, dans ces commencements de l'Église, plus d'éclat à leur prédication par le nom de Jésus-Christ et pour mieux faire connaître sa puissance infinie. D’ailleurs, en examinant la chose à fond, on voit qu’il ne manquait rien à cette formule de ce qui a été prescrit par le Sauveur, puisque dire Jésus-Christ, c'est dire en même temps la personne du Père de qui il a recu l’onction sacrée, et celle du Saint-Esprit par lequel il l’a reçue. »
On voit que la question historique se complique d’une question dogmatique. En supposant la réalité du baptême ?»# Christo, on est d'accord pour en reconnaître la validité ; mais, après les temps apostoliques, cette formule a-t-elle conservé sa vertu sacramentelle ? Ce ne sont pas seulement des Protestants (1), mais aussi quelques théologiens catholiques (2), qui ont répondu affirmativement. Le sentiment contraire a toujours prévalu (3); c’est même le seul qui soit aujourd’hui enseigné.
3° INTERPOSITION DE Mots. — Alexandre de Halès considère comme nul le baptême où il y aurait interversion dans l’ordre des personnes, comme Æ20 te baptizo in nomine Spiritus Sancti et Patris et Filii. Scot est de l’avis contraire, parce que cette formule conserve l’invo-
(1) Luther, Zwingle, Calvin, Vossius, etc.
(2) Bède, Pierre Lombard, saint Bernard, Hugues de Saint-Victor, Pierre de Poitiers, Gerson, Adrien, Maldonnat, Tolet, Cajetan, etc. — Cette opinion a été également émise par un Concile de Nîmes {1274) et le VIe Concile de Bénévent (1374).
(3) Alexandre de Halès, Albert le Grand, saint Bonaventure, Durand, Soto, Paludanus, Richard, Bellarmin, Vasquez, Suarez, Henriquez, Harduin, D. Calmet, Layman, etc.
cation expresse et distincte des trois personnes, bien qu’elles ne soient pas énumérées dans l’ordre de l'émanation ad intra.
4° RÉPÉTITION DE Mors. — Bien qu'on plongeât l'enfant trois . fois dans l’eau, on ne prononçait qu’une seule fois la formule ; aussi Alcuin blâme-t-il ceux qui répétaient l’invocation des trois personnes à chaque immersion.
Les Coptes disent: « Je te baptise, N.., au nom du Père, Amen. Je te baptise au nom du Fils, Amen. Je te baptise au nom du Saint- Esprit, Amen. » Les Bollandistes, dans une dissertation sur l'Église des Coptes (1), justifient l’orthodoxie de cette formule, que divers écrivains avaient considérée comme reflétant l’ancienne hérésie des Trithéistes.
Les Éthiopiens, qui faisaient usage de la même formule, ont adopté la nôtre depuis le pontificat de Paul III.
La répétition de Ego te baptizo et même de in nomine, avant le nom de chaque personne, rendrait le baptème invalide, d’après quelques théologiens (2), parce qu’elle empêche de préciser l'unité de l'essence divine ; beaucoup d’autres sont d’un avis contraire (3).
(1) Act. SS. Junii, t. V, append., p. 128.
(2) Bonacina, disp. I, quæst. Il, punct. 4.
(3) Suarez, Ledesma, Henriquez, Diana, Leander, Noël Alexandre, etc.