‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 162 sur 283 · LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME

nable ; 5° quand on a des doutes fondés sur la validité du baptême, soit en raison de la matière employée, soit à cause de l’altération de la forme. Ces Rituels prescrivent de ne jamais rebaptiser sous condition sans un motif suffisant. Encourt-on l’irrégularité quand on viole cette loi ecclésiastique ? Beaucoup de théologiens le croient (1), parce qu’une condition illégale est comme non avenue et qu’on tombe alors sous le coup de l’irrégularité prononcée d’une manière générale par le Droit canon contre les rebaptisants et les rebaptisés.

L'opinion contraire (2) prétend que l’action de rebaptiser sous condition, sans motifs suffisants, ne saurait être assimilée à une véritable rebaptisation.

Il est arrivé parfois qu’on a renouvelé très légèrement le sacrement régénérateur. Nous en trouvons un curieux exemple dans la vie du Père de Condren « Estant nay, dit son biographe anonyme (3), il fut longtemps comme mort, ce qui obligea ses parens à renouveller loffrande qu’ils en avoient faite. Enfin, après deux heures d’attente, vne Dame qui survint luy ayant jetté du vin sur le visage, il fit quelque petit mouvement, lequel ayant donné lieu à le baptiser sous condition, il ovvrit incontinent les yeux, et ce Sacrement de lumière apporta la clarté et à son ame et à son corps. Sa mère estoit en voyage lors qu’elle accoucha, et la Providence le voulut. de la sorte, afin que cet enfant ne fust pas de la maison de son père et qu’il ressemblast à Jésus Christ qui nasquit en pelerinage. Peu de temps après qu’il eust esté baptisé par la sage-femme, un Prestre que l’on avoit envoyé quérir survint, qui n’estant pas bien esclaircy de l’action précédente, le baptisa encore sous condition, et enfin comme la mère fut relevée, et qu’estant de retour en sa maison, il fut question de porter ce petit à l’Église, le Pasteur à qui l’on dit qu’il avoist esté baptisé par une femme, et sous condition, creut (comme l’on est scrupuleux en une matière de telle importance) qu’il luy pouvoit encore administrer ce Sacrement, avec la mesme précaution qu’avoient fait les autres ; si bien que cet enfant ne pouvoit manquer d’estre à Jésus Christ. Aussi disoit-il quelquefois en riant, qu’il estoit bien obligé à estre meilleur.chrestien qu’un autre, puis qu’il avoit esté baptisé trois fois. »

La forme conditionnelle est très antique en Orient où elle est partout en usage, excepté toutefois en Russie. Une femme ayant présenté

(1) Barboza, Concina, Lambert, Renz, Soto, le Catéchisme romain, etc. (2) Bonacina, Holzman, Layman, Lacroix, Navarre, Suarez, Tournely, etc. (3) La Vie du Père de Condren, par un prestre. Paris, 1643, in-4, chap. 1, n. 5.

à saint Cyrille deux enfants dont un seul (elle ignorait lequel) avait été baptisé, l’évêque se servit de ces paroles : « Celui qui n’a pas été baptisé est baptisé au nom du Père, etc. »

La formule conditionnelle se rencontre au v° siècle dans les Réponses canoniques de Timothée, évêque d'Alexandrie, découvertes et publiées par le cardinal Pitra (1). On la trouve aussi dans les canons jacobites syriens (2).

La liturgie de l'Église anglicane admet la formule conditionnelle qui a été rejetée par tous les autres Protestants parce que, selon eux, l'intention du ministre n’ajoute ni n’ôte rien à la valeur du baptême. Les Calvinistes de Strasbourg n’en ont pas moins inventé une nouvelle forme conditionnelle qu’ils appliquaient à tous les enfants. Ils prétendaient, avec le fondateur de leur secte, que l'enfant était sanctifié par l'alliance que Dieu a contractée avec ses parents et que le baptême n'était que le sceau de cette alliance; comme on leur objectait que cette alliance est souvent rompue par des Chrétiens qui ne le sont que de nom, et que le prétendu sceau du baptême est alors un mensonge, les ministres crurent se tirer d’embarras en décidant que désormais on ne baptiserait plus dans leur Église les enfants des fidèles que sous la condition que Dieu les aurait mis au nombre des élus et en employant cette singulière formule : Ego, o Deus, N baptizo secundum eleclionem et propositum divinæ voluntatis tu.

Nous aurons occasion de revenir sur quelques particularités du baptême sous condition, quand nous nous occuperons des fœtus, des

monstres, des enfants trouvés, des sages-femmes, des ministres protestants, etc.

(1) Si ejus modi opinio.obtineat eum esse baptizandum, qui baptizat sic dicet : Si tu non fueris baptizatus, ego baptizo te in nomen Patris, etc. (Juris. eccles. græc. monum., t. I, p. 638.)

(2) Qui ignorat an fuerit baptizatus nec ne, illum sacerdos baptizet dicens : Baptizo talem, si non est baptizatus, in nomine, etc. (Ap. Greg. Barhebraum, c. 11, sect. 251D 10)

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