LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME
aussi que le Seigneur n’a point baptisé lui-même et qu’il faisait baptiser par ses disciples. »
On a dit (r) que les Constitutions apostoliques (2) paraissent mettre sur le même rang les prêtres et les évêques en ce qui concerne le pouvoir d’administrer le baptême. Mais il est évident que par sacerdotibus l’auteur désigne les évêques, puisque c’est à ces mêmes ministres qu'il réserve les fonctions de bénir et de consacrer les saintes huiles. On sait que les anciens donnaient souvent le nom de sacerdos à l’évêque, le prêtre par excellence, que saint Denys l’Aréopagite appelle sacerdos hierarcha. {1 faut donc, sur ce point, invoquer d’autres textes qui sont incontestables. « Le pouvoir de conférer le baptême, dit Tertullien (3), appartient au souverain prêtre qui est l'évêque, ensuite aux prêtres et aux diacres, mais non pas sans l'autorisation de l’évêque. » — « Les prêtres et les diacres, dit le pape Sirice (4), exercent les fonctions du baptême, mais c’est au nom de l’évêque. » Ainsi, lorsque saint Ignace nous dit qu'il n’est point permis de baptiser sans l’évêque (5), lorsque le concile de Séville (619) interdit aux prêtres de pénétrer dans le baptistère, même en présence de l’évêque, et d'y baptiser un enfant, il faut entendre par là qu’ils ne peuvent user de ce droit, en tant que subordonnés, qu'avec l’ordre ou la permission de l’évêque. Remarquons d’ailleurs qu’il ne s’agit là que de Padministration solennelle du sacrement, et qu’il fut toujours permis aux simples prêtres de Le conférer dans les cas de nécessité absolue, en dehors des époques consacrées par l’Église.
Lorsque le baptême des jeunes enfants se généralisa, lorsque les campagnes se furent converties au Christianisme, c’est-à-dire plus ou moins tard selon les contrées, il devint impossible d'exiger qu’on transportât les enfants de fort loin dans la ville épiscopale ; il fut donc indispensable d'accorder aux pasteurs de second ordre, en vertu même de leur titre, un droit qu’ils n’exerçaient auparavant que par une délégation spéciale. Théodulphe, évêque d'Orléans, disait au 1x° siècle : « Il est permis aux prêtres, en présence ou en l'absence de l'évêque, de baptiser et d’oindre les baptisés avec le chrême, pourvu que ce chrême ait été consacré par l’évêque (6). »
(1) Catalan, in Pontif. rom., édit. Méquignon, t. I, p. 230. (2}Eib Ill Ac xTe
(3) De Bapt., c. xvur.
(4) Ep. ad episc. Gall.
(5) Epist. ad Smyrn., n° 8."
(6). Lib. de Bapt., c. xvur.
C’est principalement à cause de la naissance spirituelle que les prêtres confèrent aux enfants, qu’on leur donnait communément autrefois le nom de Père, réservé aujourd’hui aux membres de presque toutes les congrégations religieuses et qui ne se donne plus guère aux prêtres séculiers que dans la confession. En vertu de ce principe, un théologien protestant a prétendu que le ministre du baptême devait avoir dix-huit ans de plus que celui qu’il baptise, parce qu’étant son père spirituel, il lui faut avoir au moins l’âge qu’aurait un père selon
la chair.
Fa
ARTICLE III
De quelques catégories de ministres ordinaires
Les papes des premiers siècles baptisaient souvent par eux-mêmes. Anastase le Bibliothécaire mentionne les nombreux baptêmes conférés par saint Pie, saint Boniface, saint Adrien (r);"ete:
Au xu° siècle, les cardinaux-prêtres qui desservaient une église munie de fonts demandaient encore au Pape, la veille de Pâques, la permission de conférer le sacrement de la régénération. Ils se rendaient après l’office du samedi saint près du baptistère de Latran, s’arrêtaient au portique de Saint-Venance et s’inclinaient devant le
(1) Dans les temps modernes, les baptêmes conférés par le Pape sont des faits tellement exceptionnels qu’ils sont consignés dans le Diario romano. C’est 1à que nous trouvons mentionnés les baptêmes de : un adulte par Benoît XIII, en 1725, à la Minerve ; dix Juifs et Mahométans, cette même année, par le même pape ; Philippe, fils du marquis de Bentivoglio d’Aragona, par le même pape, en 1729; une famille juive d’Ancone, par Benoît XIV, en 1743 ; sept Juifs, par Benoît XIV, à la Minerve, en 1750 ; trois Juifs et un Turc, par Clément XIII, en 1760, à la chapelle Pauline; le fils du prince Andrea Doria Pamfili, en 1768, par le même pape ; deux filles jumelles de Victor-Emmanuel, en 1803, par Pie VII ; Charles Napoléon, neveu de l'Empereur, à Saint-Cloud, en 1805, par le même pape ; sept Juifs, en 1827, à Sainte-Marie-Majeure, par Léon XII ; la princesse Maria Pia, fille de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, le 7 août 1849, par Sa Sainteté Pie IX.