‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 173 sur 283 · LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME KT · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME KT

prétendu que lorsque saint Basile, saint Chrysostome et saint Cyprien parlent de l’invalidité du baptême des laïques, il faut entendre par là leur illégitimité, attendu que ces expressions ont souvent été confondues par les anciens; mais ces interprétations nous semblent démenties par la teneur même des textes et par la réitération que saint Basile exige de ces sortes de baptêmes.

Après avoir constaté chez les écrivains des premiers siècles une certaine divergence d'opinions sur le sujet qui nous occupe, voyons ce qui avait lieu dans la pratique.

Dans un traité sur la ruine de Rome, attribué à tort à saint Augustin, il est dit que peu avant la mort d'Arcadius, le peuple de Constantinople, épouvanté à la vue d’un grand feu qui paraissait au-dessus de la ville, se réfugia dans les églises. Ceux qui n'avaient point encore reçu le baptême l’obtinrent soit par prière, soit par force, non seulement des prêtres, mais des laïques, non seulement dans les églises, mais dans les maisons, les rues et les places publiques.

Nous considérons comme apocryphe l’histoire du jeune Athanase baptisant d’autres enfants et celle d’un Juif baptisé avec du sable par des laïques ; toutefois ces récits très anciens n’en démontrent pas moins qu’en diverses contrées, même en Orient, l'opinion publique était fixée sur la validité du baptême des laïques. Pourquoi n’en était-il pas ainsi partout ? Est-ce que les disputes théologiques sur le baptème des hérétiques auraient rendu ce principe moins évident ? Est-ce qu’on cachait aux laïques le pouvoir qu’ils pouvaient exercer en certains Cas, dans la crainte qu'ils en abusassent ? Ceux qui connaissaient leurs droits redoutaient-ils d'exercer une fonction sacerdotale qu'ils auraient pu mal remplir ? Quoi qu’il en soit, nous avons des exemples frappants de l’inaction des fidèles en face de catéchumènes en péril de mort.

Saint Grégoire de Nazianze raconte qu'après avoir passé quelque temps à l’école d'Alexandrie, il voulut visiter la Grèce et que le vaisseau qu'il montait fut assailli par une horrible tempête, en côtoyant l’île de Chypre. « L'espérance, dit-il, nous avait abandonnés. Tous attendaient avec terreur une mort prochaine ; mais j'en étais en secret plus effrayé que les autres. Hélas ! menacé du naufrage, je n'avais pas encore été purifié dans les eaux qui nous unissent à Dieu. C'était le sujet de ma douleur et de mes larmes, c'est ce qui m'arrachait de si pitoyables cris. J’avais déchiré mes vêtements. Couché par terre, élevant mes mains au ciel, je les frappais l’une contre l’autre, et leur bruit se faisait entendre au milieu de celui des vagues. Ce qui paraîtra peut-

être incroyable, quoique vrai, mes compagnons de voyage, oubliant leur propre danger, donnaient des pleurs à mon infortune. Leur piété, dans nos périls communs, joignait ses vœux à mes regrets, tant ils étaient touchés de ma funeste situation ! » On voit que ces Chrétiens se bornaient à prier, mais qu’il ne vint à aucun d’eux la pensée de baptiser le malheureux catéchumène.

Dans une même circonstance de tempête, Satyre, frère de saint Ambroise, obtint des Chrétiens qui se trouvaient sur le même vaisseau, qu'on lui confiât l’Eucharistie pour la porter sur lui dans un linge, mais il ne leur demanda point le baptême, et aucun des passagers chrétiens ne songea à le lui conférer.

Nous lisons dans la Passion des saints Rogatien et Donatien (1), martyrisés à Nantes en 287, que ce dernier désirait ardemment le baptême et qu’il ne put le recevoir, parce que la persécution avait mis les prêtres en fuite, Son frère aurait pu certainement le lui conférer ; mais il se borna à supplier Dieu, afin que la foi remplaçât pour Donatien la grâce du sacrement.

Aux époques suivantes, le baptême laïque est généralement pratiqué dans l'Occident. A la fin du vrr siècle, saint Ludger, évêque de Munster, alors que les missionnaires allaient êtrechassés de la Frise, chargea le laïque Bernlef de parcourir les maisons et d’y baptiser les enfants en danger de mort (2). Vers l’an 860, les Bulgares convertis par saint Cyrille et saint Méthode, s’adressèrent au pape Nicolas I* pour savoir quelle conduite tenir par rapport aux enfants qui, dans certains cas de nécessité, avaient été baptisés par des laïques et même par des infidèles. Le souverain Pontife leur répondit que ce baptême était valide. Tous les théologiens du moyen âge sont d’accord sur ce point (3). Aussi les conciles et les Rituels recommandent-ils aux pasteurs d'apprendre aux fidèles la manière d’administrer le sacrement (4). Si quelques anciens règlements diocésains (5) ont ordonné de rebaptiser sous condition les enfants ondoyés par des laïques, c’est qu’ils ont considéré, à tort assurément, tous ces baptêmes comme douteux, non pas en raison du ministre, mais à cause d’un vice présumé dans la matière ou dans la

) Ruiïnart, Act. sinc., p. 280.

) Vit. S. Ludg., 1. II, n. 2, ap. Act. SS. Ben., ann. 800.

) Alex. Hal., part, IV, quæst, VIII, m. 6, art. 1; Thom., part, III, quæst. LXVII,

art. 3, sent. 1v, dist. 5; Duns Scot, sent. IV, dist. 6, quæst. I. :

el Syn. Mog. (1261); Conc. Colon. (1281); Conc. Lond. (1237); Concil. Ravenn. (aSirine) )

Concile de Paris (1557); deux Rituels d’Autun cités par Duguet, Diss. sur les exorc., p. 188.

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