LIVRE VI. —— DES MINISTRES DU BAPTÈME
sens que, peu de temps après ce synode, Cyprien répondit à Quintus, évêque de Mauritanie, qui l'avait fait interroger sur cette question par le prêtre Lucien.
Des oppositions plus ou moins vives durent se manifester contre cette nouvelle doctrine; sans quoi,on ne comprendrait guère dans quel but Cyprien rassembla à Carthage, le 1° septembre 236, un deuxième concile où se trouvèrent réunis soixante et onze évêques des provinces d'Afrique, de Numidie et de Mauritanie, avec un grand nombre de prêtres, de diacres et de laïques.
Les décisions précédentes y furent confirmées, et Cyprien les transmit au pape Étienne, en lui disant (1): « Nous savons bien que l’on ne consent pas toujours aisément à se dépouiller des opinions dont on s’est une fois imbu, pour en adopter de nouvelles ; et que, sans pour cela rompre le lien de la paix qui nous unit à nos collègues, on
peut garder son sentiment particulier, en quoi nous ne prétendons pas contraindre ni assujettir personne, chaque évêque étant libresdesse comporter comme il le juge à propos dans le gouvernement de son Église, dont il ne doit rendre compte qu’à Dieu. »
Jubaïen, évêque de patrie inconnue, avait consulté Cyprien sur la question qui préoccupait alors tous les esprits et Jui avait transmis un traité anonyme contre la réitération du baptème, écrit que divers critiques ont supposé être l'œuvre du pape saint Étienne. En répondant à Jubaïen, Cyprien tâche de défendre sa doctrine contre le reproche d'innovation.
« À défaut de raisons, dit-il, on objecte la coutume, comme si la coutume valait mieux que ia vérité, et qu'en fait de croyance, il ne faille pas s'attacher de préférence à ce qui a été révélé par le Saint- Esprit. Vainement dira-t-on qu’on suit la tradition des apôtres, car les apôtres ne nous ont laissé qu’une seule Église, qu’un seul baptême qui n’existe que chez elle, et vous ne citeriez pas un seul exemple d’un homme qui, baptisé par des hérétiques, ait été admis par les apôtres à leur communion; vous ne pourriez pas prouver non plus qu'ils aient donné à leur baptême aucune marque d'approbation. »
Bientôt après, saint Cyprien reçut du Pape une réponse que nous ne connaissons que par la courte citation d'Eusèbe et par la lettre que l'évêque de Carthage écrivit à Pompée, évêque de Sabrate. Saint Étienne y donne cette décision : « Si quelqu'un vient à vous de quel-
(1) Epist. LXXTIT.
que hérésie que ce soit, que l’on garde, sans rien innover, la tradition qui est de lui imposer les mains pour la pénitence, puisque les hérétiques eux-mêmes admettent, sans les rebaptiser, ceux qui, parmi eux, passent d’une secte à une autre (1). » Morin et le D' Héfélé ont cru que par limposition des mains, prescrite par le Pontife suprême, il fallait entendre le sacrement de confirmation. Nous pensons, avec Me Freppel (2), qu'il s’agit uniquement de la simple imposition des mains, rite emprunté à l'Ancien Testament et usité alors pour la réconciliation des pénitents ; car on n’a jamais'conféré le sacrement de confirmation pour réconcilier les pécheurs, 17 pœnttentiam.
Saint Cyprien, loin de se soumettre à cette décision, accuse le Pape de professer un sentiment erroné. « Étienne, écrit-il à Pompée, défend de baptiser dans l'Église ceux qui se présentent pour y entrer, de quelque hérésie qu'ils sortent, c'est-à-dire qu’il prétend que tout baptème donné par les hérétiques est bon et valide, de sorte que, comme il n'est point d'hérésie qui n’ait son baptème et ses erreurs propres, ce théologien, acceptant indifféremment le baptème de chacune d'elles, se rend évidemment le complice des erreurs de toutes. Il veut que rien ne soit innové en dehors de ce que nous a légué la tradition, comme s’il ÿ avait innovation à conserver l’unité, à ne vouloir qu'un baptème pour l'Église essentiellement une, comme si l'innovation n’était pas bien plutôt du côté de celui qui, violant l'unité, accepte un baptême mensonger et criminel... C’est assurément une belle et bien valable tradition que celle que notre frère Étienne invoque, quand il nous dit dans sa lettre : « Puisque les hérétiques qui sont proprement lels ne baptisent point ceux qui viennent à eux d’ailleurs, maïs les recoivent seulement à leur communion. » Voilà donc l’Église de Dieu, l'Épotse de Jésus-Christ, réduite à cet excès d'humiliation d'avoir à prendre leçon de l’hérésie, de lui emprunter ses modèles et ses formes pour la célébration de ses augustes sacrements. Ainsi ce serait aux ténèbres à nous éclairer sur notre discipline, à l’Antéchrist à apprendre aux Chrétiens ce qu'ils doivent faire... En conséquence, mon très cher frère, après un sérieux examen de la question, sûr d’avoir pour nous 4 vérité, nous tenons rigoureusement à cette rèyle : de baptiser du seul légitime et véritable baptème de l'Église, tous ceux
(1) Si quis ergo a quacumque hæresi venerit ad vos, nihil innovetur nisi quod traditum est, ut manus illi imponatur in pœnitentiam, cum ipsi hæretici proprie alterutrum ad se venientes non baptizent, sed communicent tantum. (Euseb., 1. VII, c. rr.)
(2) S. Cyprien, p. 421.