LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME
qui viennent à nous, de quelque hérésie qu'ils sortent, excepté ceux qui, ayant été baptisés dans l’Église, sont passés du côté des hérétiques. Ceux-là, lorsqu'ils reviennent à nous, nous nous contentons de leur imposer les mains, après l’accomplissement de leur pénitence; ils peuvent, à cette condition, rentrer dans le bercail d’où ils étaient sortis. »
Saint Cyprien, ne voulant pas lutter seul contre la décision d'Étienne, s'empressa de convoquer à Carthage, le 1° septembre 256, un troisième concile où se rendirent quatre-vingt-sept évêques. Saint Cyprien leur adressa ces étranges paroles : « Nul de nous ne s'établit évêque des évêques et ne force par une terreur tyrannique ses collègues à lui obéir. Tout évêque a la liberté et le pouvoir d’agir selon sa volonté et ne peut pas plus être jugé par ses collègues qu’il ne peut les juger luimême. » Les Pères de ce concile furent unanimes à persister dans leur avis sur la nécessité de rebaptiser les hérétiques, tout en ayant soin de déclarer qu’ils ne voulaient nullement par là rompre la communion ecclésiastique avec les évêques qui professaient une opinion contraire à la leur. Deux évêques portèrent à Rome les actes de ce concile que le Pape refusa de recevoir; il menaça même d’excommunier tous ceux qui rebaptiseraient des hérétiques. Saint Cyprien écrivit à ce sujet à Firmilien, évêque de Césarée, une lettre que lui porta le diacre Rogatien, et en reçut par le même messager une réponse tellement injurieuse pour le Saint-Siège, que son authenticité est suspectée ou même niée par d'éminents critiques. C'est là une question que nous examinerons plus tard, car jusqu'ici nous avons raconté les faits comme si tous les documents de cette controverse étaient incontestablement authentiques.
Voici quelques-uns des passages les plus violents de cette lettre écrite en grec, mais dont nous ne connaissons qu'une traduction latine faite par un contemporain et peut-être, dit-on, par Cyprien lui-même : « Nous devons à Étienne quelque reconnaissance; la dureté de sa conduite nous a fourni un précieux avantage, celui d’applaudir à votre foi et à votre sagesse; mais si nous lui avons cette obligation, il est vrai de dire qu’il n’a pas sujet de s’en faire un grand mérite, pas plus que le traître Judas ne serait en droit de se glorifier d'avoir trahi le Sauveur, bien que sa perfidie ait été l’occasion du grand bienfait de la rédemption du monde... De bonne foi, puis-je ici contenir mon indignation, en voyant le successeur de Pierre, cet Étienne, si fier du siège qu’il occupe et de son glorieux héritage, sur lequel
a été posé le fondement de l’Église, vouloir introduire dans cette Église d’autres pierres, prétendre construire d’autres Églises, en autorisant un baptême étranger ? Approuver le baptème des hérétiques, c’est leur reconnaître une Église, et l'on ne réfléchit pas que par cette division, on dégrade, on anéantit la vé érité d’une pierre fondamentale. nets dass e beau zèle qui l’anime contre les hérétiques, it scission avec ses frères. Pour comble d’excès, il ne craint pas d'appeler Cyprien un faux Christ, un faux apôtre, un séducteur. Parce que sa propre conscience lui donne, à lui, ces qualifications, il s’empresse d’en gratifier mensongèrement les autres, lui à qui seul elles sont applicables ! »
S'il fallait en croire la lettre ironique de Firmilien, le Pape aurait excommunié saint Cyprien : « Étienne, lui écrit-il, a-t-il fait de l'humilité et de la douceur dde le premier SE ses devoirs ? Le magnifique témoignage qu'il en a donné, en se séparant de tant d’évêques répandus par tout le monde et en rompant la paix indifféremment, tantôt avec les Orientaux, comme je crois que vous l’avez appris, tantôt avec vous autres méridionaux. Les évêques qui lui avaient été envoyés, il les a reçus avec un tel esprit de patience et de modération, que, non content de ne point vouloir conférer avec eux, de leur refuser la paix et la communion, il a poussé la charité jusqu’à défendre à tous leurs frères de les recevoir et de leur accorder les simples droits de l’hospitalité! »
En face de ce témoignage, les érudits qui admettent l'authenticité de cette lettre se sont trouvés quelque peu embarrassés ; les uns, le prenant à la lettre, ont admis que saint Étienne avait excommunié saint Cyprien, ainsi que les nombreux évêques d'Orient et d'Afrique qui adhéraient à sa doctrine. Baronius admet une exception pour Cyprien, sans donner aucune preuve de son assertion. D’autres soutiennent qu'il ne peut y avoir eu que de simples menaces d’excommunication, non suivies d’effet, puisque saint Augustin, saint Jérôme, saint Eusèbe, saint Vincent de Lérins, etc. ne disent pas un mot qui puisse faire supposer un acte aussi grave. L’assertion de Firmilien leur semble dictée par une aveugle colère et par une imagination échauffée qui aurait métamorphosé la menace en réalité.
Saint Lee rétracta-t-il son erreur avant sa mort? Saint Augustin déclare n’en rien savoir, faute de documents certains, mais il penche à croire que les Donatistes, intéressés à mettre leurs erreurs sous un si haut patronage, ont bien pu faire disparaître les preuves de