LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME
sa rétractation (1). Au vu siècle, le vénérable Bède nous dit bien que l’évêque de Carthage, avant de mourir, désavoua son opinion sur le baptème des hérétiques (2) ; mais rien ne nous fait deviner si c’est là une affirmation dérivée de quelque document authentique, ou une simple supposition basée sur le doute de saint Augustin. En tout cas, la canonisation de Cyprien et l'insertion de son nom au canon de la Messe prouvent que l'Église l’a considéré comme étant mort dans sa communion.
Firmilien et les évêques orientaux finirent par se rendre à la vérité; c'est ce que nous apprenons de saint Denys d'Alexandrie, dans une lettre qu’il adressa au pape saint Sixte IT: « Apprenez, lui dit-il, que toutes les Églises répandues en Orient et les plus éloignées, renonçant à leurs divisions, sont revenues à l’unité. Tous les évêques, comme Démétrius d'Antioche, Marin de Tyr, Héliodore de Laodicée, Hélénus de Tarse, tous ceux de Cilicie, Firmilien et tous ceux de Cappadoce sont dans une joie extrême de la paix et de la concorde rétablies parmi eux, avec la charité fraternelle (3). »
Mais ce que nous ne savons pas bien, c’est la manière dont se conclut cette paix si désirable. Tillemont (4) suppose que le Pape « laissa agir chaque évêque selon sa discrétion et sa lumière, en attendant que Dieu eût découvert la vérité d’une manière plus claire et plus authentique. » Il ne nous paraît point admissible que saint Étienne, dont la fermeté paraît même rigide à plus d’un historien, ait faibli de la sorte. Bien plus probablement, ses adversaires, qui supposaient à tort qu'il admettait indistinctement tous les baptêmes des hérétiques, même de ceux qui violaient la forme sacramentelle, se seront trouvés disposés à se soumettre, quand des explications plus précises les auront fait revenir de cette fausse appréciation, et quand ils auront vu divers conciles établir de soigneuses distinctions entre les hérétiques qui conservaient intacte la formule orthodoxe et ceux qui l’altéraient.
Saint Augustin nous dit en effet que la discussion fut close par l’autorité d’un concile plénier. Mais quel fut ce concile ? Un certain nombre de critiques (5) ont opiné pour le concile d'Arles, convoqué
(1) Non incongruenter tamen de tali viro existimandum est quod correxerit, et fortasse suppressum sit ab eis qui hoc errore nimium delectati sunt, et tanto veluti patrocinio carere noluerunt. (Epist. XLIIT, ? 38.)
(2) Lib. VIIL, quæst. V.
(3) Eusèbe, Hist. eccl., 1. VIE, c. v.
(4) Hist. eccl., t. IV, p. 161.
(5) G. de l’'Aubespine, le P, Sirmond, D. Ceillier, Launoy, Grandcolas, etc.
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en 314 par Constantin, tandis que d’autres (1) ont soutenu qu'il s’apremier concile général de Nicée tenu en 325, Le: hui-
gissait ici du du concile d'Arles exige qu’on interroge, touchant le
tième canon symbole, les hérétiques qui rentrent dans le giron de l'Église. « Si l'on voit, y est-il dit, qu'ils ont été baptisés dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qu'on leur impose seulement les mains pour leur faire recevoir le Saint-Esprit; mais si, étant interrogés, ils ne répondent point comme il faut sur la Trinité, on doit les baptiser. » Le docteur Launoy, dans les quatre dissertations qu'il a publiées sur cette question, a essayé de démontrer que, dans divers endroits, saint Augustin désigne le concile d'Arles sous le nom de plénier; que les Africains donnaient parfois ce nom à de simples assemblées provinciales et qu’ils ont pu qualifier ainsi celle d'Arles, où se trouvèrent réunis des évêques de diverses contrées de POccident; qu'il doit s'agir de ce concile, longtemps inconnu à l'Orient, et où la question fut nettement décidée, et non pas de celui de Nicée, qui n’a touché à ce point que d'une manière bien indirecte, puisque les Pères grecs qui y assistèrent continuèrent à professer la même doctrine, et, par conséquent, ne considérèrent point la question comme résolue.
Le concile de Nicée appliqua pratiquement la décision du concile d'Arles, en réglant que les Novatiens seraient reçus dans l'Église par la simple imposition des mains, mais que les Pauliniens seraient rebaptisés (2). Nicolaï, Bellarmin, Trombelli et beaucoup d’autres voient là une décision indirecte à laquelle saint Augustin aurait fait allusion ; ils ajoutent qu'il ne pouvait avoir en vue le concile d'Arles, qui ne fut point plénier, puisqu'aucun évêque d'Orient n'y assista et même qu’une partie des évèques d'Occident n'y furent pas convoqués. Comment saint Augustin aurait-il pu considérer le concile d'Arles comme général, alors que, dans un autre écrit (3),il dit que la cause de l’évêque Cécilien ne fut pas examinée par un concile général ; cependant on sait que le concile d'Arles confirma la sentence du Pape qui reconnaissait la validité de l’ordination de Cécilien.
Il nous semble étonnant qu’il ne soit venu à la pensée d’aucun critique que le concile plénier dont parle saint Augustin pourrait fort bien n'être ni celui d'Arles, ni celui de Nicée, mais le concile de Carthage
(1) Nicolaï, Bossuet, Noël Alexandre, Bellarmin, Combefis, David, Trombelli, M8' Freppel, etc.
(2) Mansi, Concil., t, Il, p. 666.
(3) Orat. XL, n. 25. …