LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME
tenu en 348 ou 349, sous la présidence de Gratus, qui se félicita de voir revivre l'ancienne discipline de l'Église au sujet du baptême et qui, avec ses collègues, défendit par le premier canon « de rebaptiser ceux qui l'ont été dans la foi de la Trinité. » La seule objection qu'on pourrait faire à notre hypothèse, c’est que ce concile ne fut que provincial. On lui a donné en effet cette qualification dans les éditions vulgaires qui en ont été faites; mais c’est tout à fait à tort, car ce fut un concile général de toutés les Églises d'Afrique, et c’est même le plus ancien dont les décisions aient servi à composer le code des canons de l'Église d'Afrique.
En 383, le concile de Constantinople ordonna que les Ariens, les Macédoniens, les Novatiens et les Apollinaristes seraient recus dans le sein de l’Église par l’onction du Saint-Esprit et le chrème, dont on devait leur oindre le front, les yeux, les mains, la boucheet les oreilles; mais qu'on rebaptiserait les Eunomiens, les Montanistes et les Sabelliens, qui tous altéraient la forme du baptème. Ce fut alors seulement que la question fut fixée pour l'Église d'Orient et non pas après les conciles d’Arles et de Nicée, puisque, dans cet intervalle, nous voyons un certain nombre de Pères grecs professer la doctrine de saint Cyprien sur la rebaptisation des hérétiques. On a pu donner des interprétations diverses à quelques textes de saint Athanase, de saint Cyrille de Jéru- Salem, de saint Jérôme, de saint Optat de Milève, etc., mais il faut reconnaître qu'ils sont loin de s'être exprimés d'une manière assez précise sur une question aussi importante. Saint Basile, dans sa première lettre canonique à Amphiloque, considère le baptème des hérétiques comme nul, parce que tous ceux qui sont séparés de l'Église sont déchus du sacerdoce et n’ont plus le pouvoir de baptiser; ilse montre plus tolérant pour le baptême des schismatiques, c’est-à-dire de ceux qui, tout en étant séparés de l’Église, lui restent unis par la foi qu'ils professent et par les sacrements qu’ils reçoivent. Saint Grégoire de Nazianze reconnaît que tout homme peut être ministre du baptème, mais pourvu qu’il fasse profession de la doctrine catholique.
Comment expliquer qu'un certain nombre de Pères aient persévéré, après le concile de Nicée, dans la doctrine de Cyprien ou du moins ne l’aient pas nettement répudiée ? « Il ne faut pas oublier, dit le P. Perrone (1), que c'est avec connaissance de cause que Ballerini (2) a
(1) De Sacram.
(2) De la raisonet de la preuve de la primauté des Pontifes romains, c. II, 2 O.
remarqué qu'aucun canon du concile de Nicée ne contient de décret général et précis sur le baptème des hérétiques, mais qu'on peut seulement tirer une conclusion des huitième et neuvième canons. En effet, le huitième prescrit de recevoir les Cathares qui rentraient dans le sein de l'Église, par la seule imposition des mains, et le neuvième ordonne expressément de rebaptiser les Paulianistes. Avec un peu d'attention, on verra que cette différence de conduite vient de ce que, comme le fait remarquer Innocent 1°", les Cathares ou Novatiens baptisaient au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ce que n’observaient pas les Paulianistes. Quiconque a examiné attentivement la question du baptème décidée dans les canons de Nicée, aura saisi facilement cette différence. Mais, comme elle ne se présente pas d’abord à la simple lecture de ces canons, il ne faut pas s'étonner que tous ceux qui les ont lus ne se soient pas aperçus qu'ils décidaient la question et que saint Basile, également par défaut d’attention, désiràt voir un concile se prononcer sur cette affaire ; ne remarquant point qu’elle était décidée par les Pères du concile de Nicée, il tâcha d'expliquer la cause de cette diversité de discipline et d’usages dans l'Église. Cette observation échappa aussi à saint Cyrille, évêque de Jérusalem, qui, même après le concile de Nicée, écrivit dans la préface de ses Catéchèses : « Les hérétiques seuls sont rebaptisés, parce qu'ils ont pas reçu de baptême. »
Après avoir exposé l’histoire de cette longue controverse, 1l est naturel de se demander quel jugement on doit porter sur Cyprien et sur Étienne. Saint Augustin, tout en combattant la doctrine de l’évêque de Carthage, a fait de sa conduite un éloge qui nous paraît exagéré. « Ce grand homme, dit-il (1), épris d’amour pour la maison du Seigneur, nous donne, en cette occasion, sujet de considérer plusieurs choses : la première, qu'il n'a point dissimulé son sentiment; ensuite qu’il l’a déclaré avec tant de douceur et de charité, sans hauteur, sans emportement, ne contraignant personne à obéir à son opinion, s’en référant à la décision des conciles et méritant, par sa fidélité inviolable à conserver le lien de la paix et de l'unité, l'honneur du martyre qui allait bientôt expier son erreur. »
D’autres défenseurs de saint Cyprien ont voulu réduire le conflit à
une simple affaire de discipline qu’il appartenait à chaque évêque de
(1) De Bapt., lib. I, c. 1.