‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 187 sur 283 · LIVRE VI. — DES MIMISTRES DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — DES MIMISTRES DU BAPTÈME

Jusqu'ici nous avons raconté et discuté les faits comme si les monuments de cette célèbre controverse étaient irréprochables au point de vue de lauthenticité; nous devons maintenant aborder cette question, très difficile à résoudre.

Raymond Missori, religieux franciscain de Venise, paraît être le Premier qui, dans une dissertation spéciale (1), en 1733, tâcha de démontrer que les lettres de saint Cyprien et de saint Firmilien, ainsi que les actes du concile d'Afrique qui relatent ces discussions, sont autant d'ouvrages fabriqués par quelque Donatiste imposteur. Le P. Tournemine soutint la même thèse dans les Mémoires de ‘l'révoux (déc. 1734). Le P. Sbaraglia, franciscain de Ferrare, composa trois dissertations pour réfuter les Opinions de son confrère de Venise, qui trouvèrent bientôt un disciple convaincu dans Chrétien Lupus.

En 1790, le P. Marcellin Molkenburh, religieux franciscain d’Allemagne, publia deux dissertations (2) contre l'authenticité de la lettre de saint Firmilien. Au commencement de ce siècle, le P. Ant. Morcelli (3) admit l'existence de la controverse, mais rejeta l'authenticité de la lettre de Firmilien et de celle de Cyprien à Pompée.

Ces diverses thèses ne paraissent pas avoir influencé l'opinion généralement reçue, car les érudits continuèrent jusqu’à ces derniers temps à raisonner dans l'hypothèse de l'authenticité. Cette question ne saurait plus être considérée comme aussi indiscutable depuis la publication récente (4) de M# Tizzani, archevêque de Nisibe et professeur à la Sapience de Rome. M. l'abbé Bouix, dans une série de quatre articles fort remarquables insérés dans la Revue des Sciénces ecclésiastiques (1863), a soutenu la même thèse; si elle était admise par l’érudition contemporaine, nous serions débarrassés d’un certainnombre d’objections que les Protestants et les Gallicans formulent à ce sujet contre la primauté de juridiction du Souverain Pontife et contre la croyance des premiers siècles à son infaillibilité dogmatique, objections qu’on réfute victorieusement, il est vrai, même dans l'hypothèse de la réalité historique de la controverse, mais qu'il ne serait plus possible de faire revivre, si l’on démontrait la fausseté des faits qu’elles prennent pour

. (1) /n duas celeberrimas epistolas SS. Firmiliani et Cypriani adversus decretum S. Ste- Phani papæ de non iterando hæreticorum baptismo, disputationes criticæ, quibus unam et alteram a Donatistis fuisse confectam nunc primo demonstrat frater Raymondus Missorius, franciscanus conventualis. Venetiis, 1733, in-40,

(2) Elles sont insérées dans la Patrologie latine, t. ILE, col: 1557 et suiv. (3) Africa christiana, t. II, p. 138.

(4) La celebre contesa fra S, Stefano e S. Cipriano. Roma, Salviacci, 1862, in-8 de 365 P«

point de départ. Nous croyons donc devoir résumer ici, avec quelques détails, les arguments émis par Missori, Molkenburh, Lieberman, Me Tizzani, l'abbé Bouix, etc.

L’antiquité des manuscrits dont se servirent les éditeurs des œuvres de saint Cyprien n'est point une preuve de leur authenticité, car ils sont de beaucoup postérieurs à l'an 400, époque vers laquelle auraient eu lieu les falsifications des Donatistes. Ces pièces fausses étaient déjà mêlées aux vraies du temps de saint Augustin; il n’est donc point surprenant que tous les éditeurs de saint Cyprien, Érasme, Latini, Pamelius, Morel, Rigault, Fell, Pearson, Baluze, etc., les aient insérées dans leurs collections, avec d’autres opuscules qu’on reconnaît unanimement aujourd’hui comme apocryphes. La ressemblance du style avec celui de saint Cyprien ne prouverait que l'habileté des faussaires d'Afrique, qui comptaient parmi eux de fort habiles rhéteurs. Toutefois leur compilation porte en elle-même des preuves de supercherie.

La lettre de saint Cyprien aux évêques de Numidie les représente comme parfaitement fixés sur la nécessité de rebaptiser ceux qui revenaient de l’hérésie et, contradiction étrange, ils consultent saint Cyprien comme s'ils étaient dans l'incertitude. Cette incertitude paraît n'être mise en avant que pour amener la réponse de saint Cyprien; quant à l'affirmation de la prétendue règle catholique sur la rebaptisation, les Donatistes devaient logiquement l'attribuer à ces prétendus évêques de Numidie, puisqu'ils affirmaient que la réitération du baptême avait toujours étépratiquée en Afrique.

Un passage de cette lettre exige l’état de grâce pour conférer validement le baptème : c’est là une erreur des Donatistes, erreur dont on ne trouve point de trace avant le règne de Constantin, et qu'on ne saurait attribuer à saint Cyprien, si versé dans la connaissance des saintes Écritures. Et cependant on lui prête sur certains textes (1) les interprétations étranges qu’employaient les Donatistes pour prouver la nullité du baptème conféré par les hérétiques (2). « En résumé, dit Me Tizzani, dans cette lettre aux évêques de Numidie, je ne trouve rien dont le saint Martyr puisse être supposé l’auteur : ni la doctrine qui s’y trouve professée, ni les textes de l'Écriture, ni l'historique de la controverse. On y voit une consultation sans motif, une argumentation d’une extrême ignorance ou d’une insigne mauvaise foi. On doit donc la regarder comme apocryphe. »

{1) Oleum peccatoris non impinguet caput meum.— Deus peccatorem non audit (2) Op. cit., pe 93. :

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