‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 188 sur 283 · LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME

Il faut en dire autant de la lettre de saint Cyprien à Quintus, autre consultation sans motif, car cet évêque de Mauritanie ne pouvait pas ignorer le sentiment de saint Cyprien qui lui avait déjà écrit sur ce sujet. L'auteur de cette lettre rappelle que saint Pierre, dans son dissentiment avec saint Paul, n'avait rien tranché 2nsolemment et avec arrogance, qu’il n'avait pas allégué sa primauté, ni prétendu que les autres, en qualité d’inférieurs, dussent lui obéir. Évidemment, il fait ici allusion au décret de saint Etienne, ordonnant aux récalcitrants de se soumettre : or ce décret n’était pas rendu alors, puisque la lettre synodale, faisant mention expresse de la lettre à Quintus, provoque de la part du souverain Pontife une décision qui n’était pas encore intervenue. Ainsi donc, par une grossière contradiction, la lettre synodale est postérieure à la lettre à Quintus, qui y est mentionnée, et la lettre à Quintus est postérieure au décret de saint Étienne dont on blâme l’arrogance. j

La lettre de saint Cyprien au pape Étienne est conçue dans les termes les plus respectueux ; elle annonce qu’on y joint un exemplaire de la lettre précédente, écrite sur un tout autre ton. D'une part, il y est dit que le baptème donné par les hérétiques est nul, et, d'un autre côté, on conclut que chaque évêque est libre de baptiser ou de laisser sans baptême les hérétiques convertis. À quoi donc aurait servi aux conciles de Carthage de décréter la nullité du baptême reçu par les hérétiques, s’il n’y a pas d'obligation de leur conférer de nouveau ce sacrement ? On prête aux évêques africains cette maxime donatiste, que chaque évêquene doit compte de ses actes qu'à Dieu seul, principe hétérodoxe contre lequel proteste toute l’histoire ecclésiastique des premiers siècles.

En disant qu’un évêque ne peut pas être jugé par un autre évêque, saint Cyprien se serait mis en contradiction avec sa propre conduite. Comment aurait-il pu oublier qu'il avait suivi récemment de tout autres principes dans laffaire de l'évêque Marcien d'Arles et des évêques espagnols Basilides et Martial? Celui-là même qui avait plaidé si éloquemment la cause de l'unité de l'Église, aurait-il eu l'audace de réclamer pour chaque évêque une autorité despotique et arbitraire qui n’aurait pas même laissé subsister une ombre de l’unité catholique ?

Cette lettre, d’après tous les érudits qui en admettent l'authenticité, aurait été écrite après le second concile de Carthage. Pourquoi donc nya-t-il pas eu de lettre synodale après Île premier concile, où la

question avait été tranchée ? et pourquoi tenir un second concile sur la même matière, alors que le premier avait rendu ses décisions ?

Saint Cyprien, dans sa lettre à Jubaïanus, s'attache à démontrer que la nullité du baptème des hérétiques est un dogme tellement certain, que la pratique contraire doit être considérée comme une perverstlé. Et qu’en conclut-il? Que chaque évêque est libre de suivre son propre sentiment, Voilà une contradiction qui dénote la fraude, tout aussi bien que le mépris qu’on professe pour la tradition apostolique de l'Église de Rome, sentiment que ne conçut jamais aucun évêque catholique du ur siècle. Aussi saint Augustin met-il en doute l’authenticité de cette lettre que lui objectaient les Donatistes (1).

Quant au fameux décret du pape saint Étienne, dont un fragment est cité dans la lettre de saint Cyprien à Pompée et dans l’histoire ecclésiastique d'Eusèbe, comment ne pasle tenir pour apocryphe, alors que saint Jérôme n'en fait point mention au chapitre consacré à saint Étienne dans le livre de Viris tllusiribus, et que saint Augustin n'en a pas eu connaissance. Le pape saint Étienne aurait appuyé sa décision sur cette considération, que les hérétiques ne rebaptisent pas. Quelle vraisemblance qu’un pape du rm° siècle aille citer comme une autorité (et cela dans un décret dogmatique) l’exemple des hérétiques, exemple, d’ailleurs, entaché de fausseté, puisque les Marcionites, les Valentiniens et les Novatiens renouvelaient le baptême. Saint Étienne aurait professé une erreur dogmatique, en enseignant que tout baptême conféré par les hérétiques est valide. [Il faut sous-entendre : s2 la forme n’est pas viciée, disent lesthéologiens qui admettent ce décret comme authentique ; mais cette interprétation est assez arbitraire, et ce n’est point celle que lui a donnée saint Cyprien.

Si ce décret est apocryphe, il faut nécessairement en dire autant de la lettre de saint Cyprien à Pompée, où il est rapporté et combattu. Comment attribuer à un saint évêque, connu par sa mansuétude et son attachement à l’Église romaine, les flots d’injures et d’accusations emportées qui sont déversées sur le souverain Pontife ? Dans les précédentes lettres, liberté était laissée à chaque évêque de penser et d'agir comme bon lui semblerait; ici, ceux qui croient à la validité du baptême conféré par les hérétiques sont déclarés raîtres à la foi. Enfin, dans cette même lettre, pleine d’invectives et de violences, l’auteur

(1) Cum enim persuadere conaretur, vel Cyprianus vel quicumque illam scripsit epistolam. (Ad Cresconium, 1. IL, c. gxxtit)

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