LIVRE VI, —- DES MINISTRES DU BAPTÈME
s’imagine de rappeler le passage de l’épître de saint Paul à Timothée, où il est dit qu’un évêque doit être doux, patient, docile, ennemi des altercations : singulière incohérence qu'on ne saurait attribuer qu'à un faussaire qui, malgré son habileté, se trahit toujours par quelque endroit.
Saint Augustin ignorait l’existeñce des actes du prétendu concile de Carthage, tenu en 256 (1); s'ils eussent été authentiques, un évêque d'Afrique n'aurait pu rester étranger à la connaissance d'un pareil événement, advenu cent quarante années auparavant. Ces actes proclament l'indépendance absolue des évêques, erreur dogmatique-complètement opposée à la doctrine que professe saint Cyprien, dans son livre de Unitate Ecclesiæ, sur la primauté de l’Église romaine. Ce concile, venant après deux autres qui avaient résolu la question de la rebaptisation, aurait été convoqué pour discuter le prétendu décret du Pontife romain, et, chose étrange, il n’en est question nulle part. Tout prouve donc que c’est là un faux concile imaginé pour confirmer de faux documents.
La même qualification de fausseté doit être appliquée à la lettre de saint Cyprien à Magnus. L'auteur prend beaucoup de peine pour démontrer que les Novatiens sont véritablement hors de l’Église, démonstra. tion très inutile, puisque leur condamnation était un fait de notoriété publique. Il déclare que Novat, en résistant au pape Corneille, s’est retranché lui-même du sein de l’Église, et il n'aurait pas eu le bon sens de prévoir que les Novatiens lui auraient rétorqué cet argument, en l’accusant de se séparer, lui aussi, de l’Église, alors qu’il résistait au pape Étienne.
Le monument le plus remarquable de cette célèbre controverse est la lettre de Firmilien que saint Cyprien aurait traduite en latin. Elle a été publiée au xvi* siècle par le protestant Morel. Saint Augustin n’en parle nulle part, ce qui prouve que les Donatistes ne la lui objectaient pas et qu’elle a été fabriquée postérieurement. Il n’est fait mention de cette lettre ni dans l'Histoire d'Eusèbe, ni dans les deux lettres adressées successivement aux papes saint Étienne et saint Sixte, relativement à Firmilien, ni dans les écrits de saint Cyprien. Firmilien, évêque de Césarée, jouit pendant sa vie et après sa mort d’une grande réputation de sainteté; le concile d'Antioche a béni sa mémoire, et l'Église a inscrit son nom dans le Ménologe, au 28 octobre. Comment aurait-il
(1) Contr. Crescon., |. I, c: xxx1r.
eu l'audace d’abreuver d’injures le Pontife de Rome, et comment supposer que ce dernier aurait traité de faux Christ, de faux apôtre et de fourbe le premier des évêques d'Afrique, aussi célèbre par ses talents que par ses vertus. En disant que le pape Étienne est le pire des hérétiques, Firmilien se sépare de sa communion, et saint Cyprien, enstra: duisant, en publiant sa lettre, aurait participé à son schisme.
Ce qui infirmerait encore l'authenticité de ce conflit, c’est qu'il est impossible que les événements, attestés par la lettre de Firmilien et les autres documents, aient pu s’accomplir dans le laps de temps qui leur est assigné. La plupart des érudits fixent le premier concile à l’an 255. Le second est placé en 255 par les uns, en 256 par les autres. Tous sont d'accord pour mettre le troisième au 1% septembre 256; enfin des preuves intrinsèques ne permettent pas de rejeter la lettre de Firmilien au delà du 1° décembre 256. « Parmi les érudits, dit M. l'abbé Bouix (1), quelques-uns ont fait attention à l’impossibilité de loger dans cet espace de trois mois tous les événements que d’autres y avaient placés. Ils se sont donc efforcés d’interpréter les textes de manière à renvoyer une partie de ces événements à une époque antérieure. Mais ils ont été contraints de placer dans les trois mois les événements suivants..…….. Voici le minimum des temps requis pour chacun d’eux :
° pour la célébration du troisième concile, la souscription des actes, la rédaction de la lettre synodique, dix#ours; 2° pour le trajet des deux évêques envoyés à Rome, huit jours : queiquefois le voyage de Carthage à Rome se faisait en moins de temps, mais souvent il durait davantage ; -3° pour le séjour des députés à Rome, c'est-à-dire pour que le pape saint Étienne prit connaissance des actes du concile d'Afrique, en délibérât (selon la coutume du temps) avec son synode ou son presbylerium, et préparât la réponse, vingt jours ; 4° pour le trajet des députés de Rome à Carthage, huit jours; 5° pour que saint Cyprien lût et pesât la réponse du Pape, et pour qu'il écrivit sa lettre à Firmilien, que celui-ci atteste avoir été longue, trois jours ; 6° pour que Rogatien, envoyé par saint Cyprien, arrivât à Césarée, soixante jours ; c’est le minimum qu'on puisse assigner à ce voyage, d'après ME Tizzani, qui se fonde sur les distances, les directions que le vaisseau a pu suivre et la manière de voyager de l’époque. Encore faut-il supposer que Rogatien a eu à sa disposition, à Carthage, un navire tout prêt à partir, faisant le trajet sans haltes ni séjours intermédiaires,
(1) Rev. des sciences ecclés., 1863, p. 435.