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LIVRE VI, — DES MINISTRES DU BAPTÈME

en 420, Ila cru au conflit et a mentionné le troisième concile de Carthage, ainsi que les lettres de saint Cyprien sur le baptême (r) : donc il a considéré comme authentiques ces écrits que saint Augustin soupçonnait de fraude et de mensonge. Éloigné de l'Afrique, acceptant une opinion qu’il n’a pas cherché à contrôler, s’en rapportant aux exemplaires qu’il avait sous la main, il aura été induit en erreur sur ce point comme il le fut sur plusieurs autres, par exemple sur la doctrine de la rebaptisation qu’il prête à saint Denys d'Alexandrie, alors que les écrits de ce dernier prouvent tout le contraire.

« Saint Jérôme, dit M. l’abbé Bouix (2), n’est pas un témoin oculaire, relativement au fait qui nous occupe ; son témoignage n'est pas non plus celui d’un contemporain. I doit donc être rangé dans la catégorie des historiens qui racontent d’après ce qui leur a été transmis par leurs devanciers, et d’après les documents qu’ils rencontrent, Or un auteur dans ces conditions est sujet à errer. Son témoignage n’a d'autre valeur que celle des documents sur lesquels il s'appuie. Si la critique démontre que ces documents sont apocryphes, le témoignage de l'historien qui les a suivis perd toute autorité. On conclut qu'il a été trompé. C'est notre conclusion à l'égard de saint Jérôme... A partir de saint Augustin, l’histoire du conflit a été généralement admise comme vraie, et les auteurs l'ont reproduite de siècle en siècle, en mentionnant comme authentiques les documents sur lesquels elle est fondée. L'accord de ces écrivains postérieurs au v° siècle n’est pas le résultat de recherches critiques, mais la simple continuation de l’erreur primitive, la simple annotation historique de ce qu’ils trouvaient généralement reçu. Les historiens du vi° siècle et ceux qui les ont suivis, ne doivent donc pas être allégués comme autorité dans cette controverse, Quand une erreur historique a prévalu à une époque, elle dure et se perpétue ainsi jusqu’à ce que la critique des érudits soit venue y mettre le point d’arrêt. »

Malgré les graves considérations que nous venons d'analyser, des écrivains éminents comme M£# Freppel (3), le P. Perrone (4), P: Bossue (5), le P. Charles de Smedt (6), n'en ont pas moins

(1) Dial, contr, Lucif,, n. 23, 25; De viris illustr., ©, Lxix.

(2) Op, cit., p. 543,

(3) S, Cr ia et l'Église d'Afrique, 18 leçon.

(4) Prælect, theol., t. VI, p. 297.

(5) Bolland., Act, ‘sanch; de S. Firmiliano, 28 oct,

(6) Dissert. selectæ in primam ætatem hist, eccles. Gand, 1876, Ve dissert.

persévéré à défendre la réalité de ce conflit. Ils se refusent à admettre un système qui ferait supprimer arbitrairement un passage d'Eusèbe, une attestation de saint Vincent de Lérins et quatre textes formels de saint Jérôme qui, par son long séjour à Rome et ses fonctions de secrétaire du pape Damase, devait être en mesure d’être bien renseigné. Saint Augustin, disent-ils, ne paraît point s’être arrêté au doute qu’il a émis. Pontius, il est vrai, ne dit rien de ce conflit, mais il ne parle point non plus du schisme de Novat, qui eut pourtant de l’importance. Les consultations que les évêques demandent à Cyprien ne sont point sans motifs, puisque tout instruits qu'ils fussent de son sentiment, ils pouvaient désirer avoir à ce sujet des éclaircissements détaillés. Quant aux contradictions signalées, elles proviendraient de ce que lorsqu'on soutient une erreur et qu’on raisonne mal, on se met facilement en désaccord avec soi-même, et que la chaleur de la controverse emporte au delà des bornes de la vérité et de la charité.

Nous laisserons nos lecteurs apprécier la valeur de ces opinions contradictoires sur la réalité du célèbre conflit qui a donné lieu à tant de dissertations (1), et nous nous bornerons à émettre cette opinion : 1° que la lettre de Firmilien n’est pas authentique; 2° qu'ilne paraît pas possible de rejeter en bloc tous les documents de ce conflit ; 3° que plusieurs d’entre eux, tels que les lettres de Cyprien aux évêques de Numidie et à Quintus, contiennent des passages qui doivent être des interpolations donatistes.

La question de la rebaptisation fut soulevée de nouveau, au commencement du 1v° siècle, par les Donatistes. Après la mort de Mensurius, évêque de Carthage, Cécilien fut élu à sa place; un certain nombre de fidèles se séparèrent de sa communion, sous ce prétexte qu'il avait été ordonné par Félix, évêque d’Aptonge, qu’ils accusaient

(1) Outre les ouvrages que nous avons cités, et les dissertations publiées dans la Patrologie de Migne (t. III), on peut consulter : Prud. Maran, Vita S. Cypriani, c. xxix à xxxI1; P.Corgne, Dissert, théolog..sur la célèbre dispute entre le pape S. Estienne et S. Cyprien ; Duguet, Dissert, sur le bapt. des hérétiques ; Sbaraglia, Germana S. Cypr. et A fric. opinio de hæretic. baptism.; Walchius, De Cypriani ac Firmil. epist. ady. Steph. decret.; Cotta, Exercitatio qua conjectura Tournemenii, etc.; Sandrini, Disput. dissert. VII; Elia de Amato, Lettere erudite, part. II, p. 232 : Noël Alexandre, Hist. eccles., t. IL, p. 685, Go, 696 ; Marchetti, Esercitazioni Ciprianiche : il battesimo degli eretici ; Stolberg, Hist. de la Religion, t. IX, p. 148; Mattes, Abandlung über die Katzertaufe, dans la Revue de Tubingue, 1849 et 1850 ; l'abbé Charpentier, Les Lettres de S. Cyprien et l'Église de Carthage au 1e siècle, thèse pour le doctorat, 1859. — On doit aussi consulter les dissertations qu'Erasme, Latini, Pamelius, Morel, Baluze, Rembalt, Rigault, Pearson, ont insérées dans les éditions qu’ils ont publiées des œuvres de S. Cyprien.

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