LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME SSI
les raisons de douter du baptème conféré par les Anglicans depuis l’an 1773, déclara qu’à moins de preuves contraires, les baptêmes administrés depuis cette époque devaient être considérés comme nuls ou du moins très douteux.
Par la suite des temps, le Protestantisme, suivant sa pente naturelle, est devenu de plus en plus rationaliste. De nos jours, beaucoup de ministres protestants ne croient plus à la divinité de Jésus-Christ ; on chercherait en vain les mots de Trinité et de péché originel dans le Catéchisme de M. Athanase Cocquerel. L'Évangéliste, journal protestant, du 50 mars 1865, avoue que des pasteurs de l’Église officielle ne baptisent plus les enfants que par complaisance, « sans attacher la moindre importance à cette sainte cérémonie. » Le Père Gury et quelques autres théologiens en ont conclu qu’on pouvait et qu'on devait rebaptiser tous les hérériques, doctrine qui à paru trop absolue aux casuistes les plus autorisés de nos jours (tr).
Les plus récents conciles provinciaux de France, de Belgique et d'Allemagne (2), disent qu’il ne faut ni conférer ni refuser le baptème indistinctement à tous les hérétiques convertis, mais que chaque cas spécial doit être soumis à l’ordinaire qui, après examen, décidera ce qu’il faut faire. Cette question a été définitivement tranchée par une réponse de la Sacrée Congrégation de l’Inquisition, en date du 20 novembre 1878. Il faut s’enquérir, y est-il dit, de la validité du baptême reçu, examiner chacun des cas et baptiser, sans émettre une forme conditionnelle, si l'on découvre que le baptême a été nul. Si les recherches n’amènent aucun résultat satisfaisant ou s’il reste un doute sur la validité du baptème, on doit baptiser secrètement et sous condition.
Les Arméniens prétendaient autrefois qu’on devait rebaptiser ceux qui avaient été régénérés par des hérétiques, des juifs et des paiens. L'Église russe a rebaptisé pendant quelque temps les convertis des autres confessions chrétiennes, mais elle a renoncé À cet usage.
L'Église luthérienne ne rebaptise que les Sociniens et ceux dont le baptème n’a pas été conféré au nom des trois personnes divines (3).
(1) Revue des Sciences ecclés., t. XL, p. 144.
(2) Conciles de Rouen (1850), de Lyon (1850), d’Auch (1852), de Bordeaux (1852), de Vienne en Autriche (18358), de Prague (1860), de Malines (1872), etc.
(3) Guerike, Symbol., p. 411.
CÉXEMIMECE REV
Du Baptème conféré par des ministres païens, juifs ou musulmans
D'après Bingham (1), la doctrine catholique de la validité du baptème conféré par un juif, un paien ou un mahométan serait toute récente, et l’on ne saurait en trouver la confirmation dans l'antiquité ecclésiastique. Il serait bien plus exact de dire que cette vérité était contenue en germe dans la doctrine de la validité du baptème donné par les hérétiques, et qu’elle ne fut proclamée qu’assez tardivement. Si dans la primitive Église, on cachait avec tant de soin aux catéchumènes les cérémonies sacramentelles, on usait encore de plus de précautions vis-à-vis des païens; ceux-ci ignoraient donc le rite baptismal, et ne pouvaient point conférer le baptème: par conséquent on dut s'occuper fort peu d’une hypothèse nullement pratique. La question, pourtant, fut posée à saint Augustin qui, tout en inclinant vers la validité, ne voulut point se prononcer avant qu’un concile eût statué sur ce point (2).
Le Pénitentiel de Théodore, archevêque de Cantorbéry, livre qui contient plus d’une erreur, ordonne de baptiser ceux qui Pauraient été par un prêtre fornicateur où par un prêtre qu'on reconnaîtrait n'avoir pas été lui-même baptisé.
Aux vire et ix° siècles, les avis paraissent partagés sur cette question. Le concile de Compiègne, tenu en 747, déclare qu’on ne doit pas rebaptiser ceux qui l’auraient été par un prêtre non baptisé, et il invoque à ce sujet la décision du pape Sergius. Ce canon fut inséré dans les Capitulaires de Charlemagne (3), et plus loin on rencontre une décision complètement opposée (4), et un autre canon qui prescrit de conférer le baptème à tous ceux qui l’auraient reçu d’un païen et qui, par
) Hist. Bapt. laicorum, part. [, c. 1, 3 24.
) Lib. Il, Contr. epist. Parmen., c. xt; Mb. VIT de Bapt., c. Lui. MLD, Cv
) Lib. VI, n. 04.