‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 198 sur 283 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l’absence de ministres

Quelques légendes nous parlent de catéchumènes qui, sur le point de mourir par la main des bourreaux, se sont mis en prière et ont été baptisés par une nuée s’abaissant des cieux et se fondant en rosée. C’est ce que Grégoire Protosyncelle nous raconte de saint Apollonius.

Saint Paulin, évêque de Nole, suppose que saint Genès, greflier à Arles, martyrisé vers l’an 308, a été baptisé, par cela même qu'il s’est jeté dans le Rhône. Voici son récit :

« Ce Bienheureux avait fait demander le baptême à l'évêque par quelques affidés. Mais, soit que, sur ces entrefaites, l'évêque eût été arrêté lui-même, soit que, se défiant de la jeunesse du solliciteur, il ne voulût point hasarder le sacrement, il différa de le lui conférer et lui fit dire que son sang répandu pour le Christ lui tiendrait lieu du baptême qu'il souhaitait. Quant à moi, j'estime que ce fut par une disposition particulière de la Providence que l’évêque ne le baptisa point. Le Ciel, sans doute, voulait avoir lui seul part à sa régénération : le Christ lui préparait un double baptême, celui de l’eau et celui du sang, lun et l’autre sortis du côté de ce divin Sauveur. En effet, le Seigneur pénétrant dans les dispositions du cœur de celui qui devait être bientôt martyr, ne put consentir à différer plus longtemps de le couronner. Il le montra donc à ses bourreaux, et l’offrit à l'épée de ceux qui étaient altérés de son sang. Genès, de son côté, se voyant découvert, se jette dans le Rhône, craignant beaucoup moins la violence de ce fleuve rapide que celle des hommes. Mais les eaux, respectant le Saint, ne servirent qu’à le purifier des souillures qu’il avait pu contracter dans le commerce du siècle. Ces eaux devinrent pour lui celles d’un nouveau Jourdain, et, par un double mystère qui s’opéra alors, les eaux du Rhône consacrèrent le corps de Genès, comme le corps de Genès consacra les eaux du Rhône. »

La formule baptismale suppose nécessairement deux personnes distinctes, le baptiseur et le baptisé. On ne peut donc pas se donner le baptème à soi-même. Innocent III, consulté sur le baptême qu’un juif s'était conféré en se plongeant dans l’eau et en disant : Je me baptise au nom du Père, etc., répondit qu'il fallait lui conférer le sacrement, parce que de même que personne ne peut s’engendrer soi-même, personne ne peut non plus renaître spirituellement que par le ministère d'autrui (1).

Smith, anabaptiste de Leyde, se rebaptisa lui-même et fonda la secte des Sébatistes de Hollande et d'Angleterre, qui l’imitaient en se conférant le sacrement à eux-mêmes (2).

(1) In cap. Debitum, 1v, De Bapt.

(2) Honoré Reggi, De statu eccles. Britanniæ, p. 35.

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