LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
baptême. Les Pères et les écrivains ecclésiastiques (1) ont montré les analogies du sacrement de l’ancienne Loi et de celui de la Loi nouvelle. La circoncision de la chair était une marque matérielle et permanente de l'attachement de l’homme à la loi du Seigneur; le baptême, par un signe matériel, imprime un caractère ineffaçable qui nous unit à Jésus-Christ et à son Église. Des deux côtés, c’est une profession de foi, et c’est par ce sceau de la foi, comme parle saint Paul (Rom.,1v,11), que l’on est agrégé à la société des fidèles. La circoncision, comme le baptême, était une initiation qui séparait des Gentils et donnait droit au céleste héritage. Enfin, la plupart des scolastiques, adoptant :a doctrine de saint Augustin, croient que la cérémonie judaïque avait, comme le baptême, la vertu d'effacer le péché originel.
DéLuGE. — Les eaux du déluge ont été considérées comme figurant l'eau sainte du baptême, tandis que l'arche représentait l'Église. « L’arche, nous dit saint Pierre (7 Ep., 1, 20, 21), où peu de personnes, c’est-à-dire huit seulement, furent sauvées au milieu des eaux, était une figure à laquelle répond maintenant le baptême, qui nous sauve, non en tant les souillures de la chair, mais par le témoignage d’une conscience pure, en vertu des mérites de Jésus-Christ. » En partant de cette donnée, les Pères ont montré dans les eaux du déluge purifiant le vieux monde adamique, l’image du sacrement de l’eau, sorte de déluge individuel qui opère la régénération spirituelle de l’homme. Si l'antique cataclysme a noyé le genre humain et n’a épargné que l’homme juste, le baptème aussi noie en nous l'humanité corrompue pour n’y laisser qu’une humanité régénérée. Si la colombe a porté - jadis aux habitants de l’arche le rameau de l’espérance et de la paix, nous le recevons aussi dans le baptême qui nous ouvre les portes de la - félicité éternelle (2).
La Liturgie s’est emparée de ces comparaisons saisissantes; elles - figurent dans la consécration du saint chrême, dans la bénédiction des - fonts et dans celle du cierge pascal, où le célébrant s'écrie : « O Dieu - qui, lorsque vous avez purifié le monde de ses crimes par le déluge, nous avez donné dans l’effusion de ses eaux une figure de la régéné- - ration spirituelle afin que, par le mystère d'un même élément, et le
{) fie Tryph., c. Lxn1, August., 1. I, Cont. Cresc., c. xxx1; Chrysost., Genes. Honr. XL; } n-4 ; Jacob. Nisib., Serm. XIV de pœnit., n. 6; S. Thom., part. IL, q. LXX, art. 1. (2) Ambr., de Myst., c. 1v; Optat., de Donat., 1. V, n° 1 ; Bed., in Epist. I S: Petri.
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déluge et le baptême fussent à la fois la mort des vices et la naissance des vertus, etc.»
EAUX DE LA CRÉATION. — Au commencement, dit la Genèse {r, 2), l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux. Ces eaux ont été l’origine de la création, comme le Jourdain a été l'origine du Christianisme. Ce fleuve a été le berceau de la régénération spirituelle de l’homme, tandis que l’abîme de l'Océan a été le sein maternel où s’est accomplie la genèse physique ; l'eau a été le principe dela vie surnaturelle comme de la vie naturelle; car c’est par l’eau, par la parole et par l’action que Dieu, dans la création, a produit les êtres vivants et que, dans le baptême, il produit aussi des êtres vivants de la vie de la grâce (1). « Le Saint- Esprit, dit saint Jérôme (2), semblable en quelque sorte à un cocher qui conduit un cheval, était porté sur les eaux et animait le monde naissant par sa fécondité divine, image de celle qu’il devait communiquer un jour aux eaux sacrées du baptême... Les premières créatures qui ont eu vie sur la terre sont sorties des eaux pour nous montrer que les fidèles, en sortant de la féntaine sacrée, s'élèvent de la terre au ciel Dieu, en formant l’homme du limon, c’est-à-dire d’une terre détrempée d’eau, porta dans ses mains toutes-puissantes cet élément qu’il destinait pour en faire un des sacrements de son Église. »
EAUX EN GÉNÉRAL. — D’après saint Cyprien, l’eau, quand il en est parlé d’une manière générale dans l'Écriture, désigne toujours le baptême (3). Les autres Pères, sans émettre une idée aussi absolue, voient une image du baptême dans un grand nombre de faits et de paroles mentionnés dans les Livres saints, par exemple dans les puits creusés par les patriarches, dans les sources et les fontaines décrites par Salomon, dans les eaux de Mara, dans la nuée lumineuse, dans l’eau où fut mêlée la poudre du veau d’or, dans les cuves d’eau placées devant le tabernacle, dans le bain que Susanne prend dans son jardin, dans l’eau changée en vin aux noces de Cana, dans la fontaine d’eau . qui, d’après les paroles adressées par Jésus-Christ à la Samaritaine, doit jaillir jusqu’à la vie éternelle, etc. (4). |
(1) Tert., de Bapt., c. im; Cyrill., Cat. III; Theoph. Ant. 1, II, ad Autol. (2) Epist, LXXXTIII ad Oceanum.
ons aqua sola in Scripturis sanctis nominatur, baptisma prædicatur.
(4) Theoph. Ant., in Evans. 1. IV; Epiph., Hær. LX; Cyrill., Cat. III; Ambr., de Myst., c. 1v; Aug. Serm. in Ps. LXI; Hippol., in Suzanna; Cœsar., Serm. VI.