LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
EAU ET SANG QUI DÉCOULÈRENT pu CÔTÉ TRANSPERCÉ DE JÉSUS CRU= CIFIÉ. — Dieu avait tiré la femme et par conséquent l’humanité tout entière du côté de l’homme ; c’est de son propre côté que l’'Homme- Dieu laisse jaillir l’eau et le Sang qui vont refaire une nouvelle humanité et constituer l’Église avec l’eau du baptême et le sang de l’Eucharistie, avec l’eau de l’ablution et le sang de la rédemption. Telle est l'interprétation générale (1) adoptée par la liturgie dans l'office du Précieux Sang. Saint Chrysostome a soin de remarquer que l’eau est nommée avant le sang, parce que nous devons être purifiés par l’eau baptismale avant de participer au mystère du sang et de la chair de Jésus-Christ (2). Quelques-uns des Pères ont vu dans l’eau et le sang que firent jaillir la lance de Longin, le baptême d’eau et le baptême du martyre (3).
« L'Église, dit M. le comte de Saint-Laurent (4), a non seulement reçu la mission de distribuer les grâces épanchées de la divine blessure, mais on a pu dire avec raison qu’elle était née de cette blessure même, et, dans ce sens, nous en naissons tous à la vie de la grâce. Les Pères ont comparé la naissance de l’Église issue de la plaie sacrée à celle de la première femme tirée du sein entr'ouvert d'Adam, et l’art chrétien n’a pas reculé devant l'expression de cette pensée. Une mimature des Æmblemata biblica, manuscrit du treizième siècle de la Bibliothèque nationale, représente à la fois la création de la femme et la naissance de l’Église. On montre celle-ci sortant du côté de Jésus crucifié, par le même procédé qu’Eve sortant du côté d'Adam; puis aussitôt, pour exercer son ministère, elle baptise un enfant que lui présente un prêtre chrétien, mis en regard de Moise. Sur le second plan, deux autres personnages, dont l’un prend la parole et élève la main, dont l’autre tient un livre, expriment la pensée de ses enseignements ; ils représentent assez vraisemblablement saint Pierre et saint Paul. »
FLEUVES DU PARADIS TERRESTRE. — Ces quatre fleuves symbolisent les quatre grands prophètes et les quatre évangélistes. « L'Église, dit un contemporain de Cyprien (5), comme le paradis terrestre, renferme dans son domaine des arbres qui doivent porter des fruits. Ceux de ces
(1) Ambros., in Luc., c. xxu1 ; Cyrill. Alex., in Johan., p. 1074 ; August., ibid, (2) Serm. in Johan. ;
(3) Tertul., de Bapt., c. xvi; Hieron., Epist. ad Ocean.
(4) Revue de l'Art chrétien, t. XXVIL, p. 304.
(5) De Bapt. hæret., ap S, Cyprian.
arbres qui ne produisent pas de bons fruits sont coupés et jetés au feu. Ces arbres sont arrosés par quatre fleuves, c’est-à-dire par les quatre évangélistes qui, de leur source céleste, répandent sur nous les eaux salutaires du baptême. » Ces fleuves expriment aussi les vertus que doivent pratiquer ceux qui sont engendrés au Christianisme par le baptême. « La source principale, dit saint Ambroise, et les quatre fleuves indiquent les quatre vertus cardinales qui découlent de cette source sacrée : la Prudence, la Tempérance, la Forceet la Justice. Les sages de ce monde ont bien pu parler de ces vertus et les exalter, mais c’est dans nos Livres saints qu’ils en ont puisé la notion. »
Guérison DE Naaman. — Le Syrien Naaman fut guéri de sa lèpre en allant se baigner sept fois dans le Jourdain, comme le lui avait ordonné le prophète Elisée. D’après le langage des Pères (1), ces sept immersions figurent les sept péchés capitaux dont le baptême procure la rémission. Naaman rétabli dans la pureté de sa chair, sans aucun vestige de sa lèpre, représente l'effet du sacrement qui ne laisse subsister aucune tache. Les Gentils baptisés sont substitués aux Juifs comme Naaman le Syrien fut guéri préférablement aux lépreux israélites. Nous recevons au baptême le don de la foi et nous devenons les enfants d'Abraham comme Naaman reçut dans le Jourdain, le futur fleuve baptismal, la connaissance du vrai Dieu et entra en société avec son peuple choisi.
Hacker D'Éuisée. — Saint Ambroise voit une figure du baptême dans
le fer de hache tombé au fond de l'eau et revenant à la surface après
la prière du prophète Élisée. (1 Reg., vi, 5.) « Avant le baptême,
dit-il (2), tout homme est précipité comme ce fer au fond de l’abîme; mais, après le sacrement, il surnage à la surface, comme le bois léger
d’un arbre à fruits. »
Mer D'AIRAIN. — Ce vaste bassin dans lequel les prêtres devaient se laver les pieds et les mains avant d’entrer dans le temple, exprimait l’ablution baptismale sans laquelle on ne peut pénétrer dans le temple de l'Éternité. Le vase lui-même figurait le monde que les apôtres devaient parcourir, pour baptiser les nations, et les douze bœufs qui
(1) Ambros., de Myster., c. iv ; Euch., in lib. Reg.; Cæsar. Arel., Serm. XXIII, 5 (DEDES Er NME ur no nre bus,