LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME
goire de Nazianze : « Ne dites pas: Je veux être baptisé des mains d’un évêque et même d’un métropolitain ou de l’évêque de Jérusalem; car la grâce de ce sacrement ne dépend point des lieux, mais uniquement du Saint-Esprit. Ne dites pas non plus : Je veux que cet évêque soit noble et illustre, parce que j'aurais honte de déshonorer ma naissance par la basse condition de celui qui me conférerait le baptème. Enfin, ne dites pas: Si je reçois le baptème d'un prêtre, je veux du moins qu’il ne soit pas marié et qu’il soit recommandable par une continence parfaite, par l'innocence et la sainteté de sa vie. Tout homme est apte à vous donner le baptême, dès lors qu’il fait profession de la même foi que vous (1). »
Au moyen âge, Arnaud de Brescia, Tanchelme, les Vaudois, les Albigeois, les Wicleffistes et les Hussites ressuscitèrent l'erreur des Donatistes, en faisant dépendre l'efficacité du baptême des dispositions intérieures du ministre. |
Les théologiens ont toujours reconnu que le ministre doit être en état de grâce pour administrer licitement le baptème, à moins qu'il ne s'agisse d’un cas de nécessité. Cette obligation ne s'étend pas aux ministres extraordinaires (2). Les docteurs de l’École ajoutent qu’on ne peut, sans pécher, recevoir le sacrement de la main d’un prêtre nommément excommunié, encore moins de celui qui vivrait dans le schisme ou qui professerait l’hérésie.
ARTICLE III
De l’intention exigée de la part du ministre
Les théologiens sont à peu près d'accord pour dire que l'intention habituelle ne suffit pas, que l'intention actuelle n’est pas requise et que la virtuelle suffit. On sait que par ce dernier terme on entend une impression résultant de l'intention actuelle qui, n’étant point révoquée par un acte contraire de la volonté, persévère encore moralement,
(1) Orat. XL.
(2) Granad., in IT part:, contr. IL, tract. V, disp. V,n.6; Laurea, t. I, disp. X, art. 4.
quoique, en conférant le sacrement et en ant au rite extérieur, on pense à autre chose. Là où se divise l'École, c’est sur la question de savoir s’il faut une intention interne de faire ce que l'Église a l’intention de faire, ou s’il suffit d’une intention externe n ayant pour objet que l’accomplissement extérieur des cérémonies. Le concile de Trente n’a pas mis un terme à cette controverse, qui existait déjà du temps de saint Thomas (1). En déclarant qu'il faut avoir au moins l'intention de faire ce que fait l’Église, il a uniquement visé l'erreur de Luther qui, dans son livre de la Captivité de Babylone, affirme la validité du sacrement, alors même qu'on le conférerait fictivement et par jeu, sans avoir l'intention de l’administrer réellement. Une opinion analogue de J.-M. Scribonius (2) a été condamnée par Alexandre VIII. Mais l’Église n’a jamais proscrit le sentiment de l'intention extérieure. Il a été soutenu par Ambroise Catharin (3) et par un bon nombre de théologiens (4), surtout en France. D’après eux, le sacrement est complet et valide, si le ministre a seulement l’intention de célébrer le rite que l'Église célèbre et s’il remplit ses fonctions avec liberté, avec réflexion, sans dérision extérieure. La grande majorité des autres théologiens (5), surtout en Italie et en Espagne, exige une intention intérieure, ayant pour objet, du moins implicitement, le rite tel qu’il est en lui-même, tel que l’ Église le pratique. A cette ode que, dans leur système, la mauvaise volonté du ministre pourrait damner celui qui, sans qu'il y ait de sa faute, serait frustré du baptème, plusieurs docteurs (6) répondent qu’en une telle circonstance Dieu suppléerait, par l’effusion de sa miséricorde, à ce qui manquerait au baptême des enfants, et qu’en ce qui concerne les adultes, leur propre foi et le désir du baptême leur en tiendraient lieu.
Dans le cours de cette controverse, on a invoqué plus d’une fois deux faits sur l'authenticité desquels nous devons nous expliquer. Nous voulons parler du baptème que saint Athanase, encore enfant, aurait administré à d’autres enfants et de celui que recut l'acteur saint Genès, en jouant une comédie.
(1) Part. IIL, q. LXIV, art. 8.
(2) Summa theolog., disp. I, de Sacram., q. VI.
(3) Noël Alexandre, V. Contenson, Drouin, G. Juénin, Paludanus, Pierre des Marais, À. Salmeron, H. Serry, Viguer, etc.
(4) De la nécessité d'intention pour la célébration des Sacrements.
(5) Bellarmin, Cajetan, Benoît XIV, Gaud, Granados, Henriquez, Hurtado, Prado, les Salmaticences, Soto, Tournely, etc.
(6) Alexandre de Halès, S. Thomas, Gabriel, Durand, Paludanus, Tolet, etc.