‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 204 sur 283 · LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — DES MINISTRES DU BAPTÈME

je le sers, et quand bien même on me tuerait mille fois pour le culte que je lui rends, je serais toujours à lui; les tourments ne m'ôteront jamais le Christ, ni des lèvres, ni du cœur. Je regrette profondément mes égarements, l’horreur que j'ai eue du nom du Christ, l'heure tardive de ma conversion. » Malgré tous les supplices, Genès resta inébranlable dans ses courageuses résolutions, et il eut la tête tranchée le 25 du mois d'août (1).

Quelques théologiens ont cru que saint Genès a été réellement baptisé, parce que le comédien qui lui administra le baptème voulait faire ce que fait l’Église et que le sentiment de dérision qui l’animait ne pouvait détruire la valeur sacramentelle du rite (2). D’autres (3), avec plus de raison selon nous, exigent une intention sérieuse et disent que acteur converti n’a été baptisé que par son désir et par son sang. Divers critiques (4) ont complètement rejeté cette Légende parce qu’on n’en trouve pas trace avant Adon de Vienne, qui mourut en 880, et que les exemplaires du moyen âge abondent en variantes contradic- toires; dans l’un, saint Genès est baptisé par un comédien; dans l’autre,

par un prêtre déguisé qui descend sur la scène; dans un troisième, par un ange. Ces altérations ne nous paraissent pas devoir porter préjudice au récit d’Adon, qui a dû connaître des monuments ecclésiastiques qui ne nous sont point parvenus. Le style de celui que nous venons de citer présente un caractère d'authenticité qu'ont reconnu les plus éminents érudits (5).

Les Martyrologes font mention de trois autres comédiens martyrs convertis, comme saint Genès, en représentant les cérémonies du baptême, Ce sont saint Gélasin, à Héliopolis (27 février), saint Ardalion, à Alexandrie (14 avril), et saint Porphyre, à Andrinople (15 septembre).

La plupart des auteurs protestants n’exigent aucune intention de la part du ministre, pourvu qu’il accomplisse une action sacrée, solennelle et conforme, dans ses rites, à l'institution de Jésus-Christ.

(1) Ruinard, Act. sinc., 25 aug.

(2) Perrone, De sacram., c. ur.

(3) Liebermann, T'heol, dogm., part. II, 1. VI, c. ur, art, 2, 2 2. (4) CI. Serry, Vindic. Ambr. Catharini, c. 111.

(5) Ruinart, G. Cuper, Tillemont, etc.

ARTICLE IV

De L'état de jeûne du ministre

Lorsque le baptème s’administrait aux vigiles de Pâques et de la Pentecôte, le ministre était à jeun, puisque ces jours-là étaient sanctifiés par un jeûne obligatoire. La cérémonie, d’ailleurs, dans les grandes cités, se prolongeait souvent jusqu’à. l'aurore, c'est-à-dire jusqu’au moment où l’évêque célébrait la messe solennelle. Parmi les accusations calomnieuses qui furent formulées dans le concile du Chêne, contre saint Jean Chrysostome, se trouve celle d’avoir baptisé après avoir mangé. Le Saint s’en justifia comme d’un acte qui aurait suffi pour lexclure de l’épiscopat, en ajoutant toutefois que ce n’est point là une condition essentielle du sacrement. Plus tard, lorsqu'on baptisa les enfants à toutes les époques, on conserva la coutume du jeûne, maintenue par divers conciles (1), en exceptant toutefois les cas de nécessité. Cet usage ne commença à tomber en désuétude qu’au xvi® siècle; il s’est perpétué dans un certain nombre de rites orientaux (2). Le Rituel romain a voulu garder quelque vestige de l’ancienne discipline, en disant que, pour le baptême des adultes, il convient que le prêtre et le catéchumène soient tous deux à jeun.

ARTICLE V

Du costume des ministres

Les prêtres, les diacres et les acolytes se revêtaient de robes blanches avant l'administration solennelle du baptême. C'était aussi la

couleur que prenait généralement l’évêque, à moins qu’il ne revêtit

(x) Concil. Rotom. (1072), c. v; Conc. Mongunt. (1549).

(2) Sous ce rapport, l’exagération est poussée fort loin chez les Nestoriens. Si un prêtre non à jeun entre dans le baptistère, l'huile des catéchumènes qu’on y conserve est réputée Fos et l’on ne peut plus s’en servir. (Assemani, Bibl. Orient., t. III, part. II, p. 267.

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