LIVRE VIT. — DES SUJETS DU BAPTÊME rt
qu’a formulé le Sauveur; 2° la nécessité pour tous, sans distinction d'âge, de l’ablution baptismale pour obtenir le règne du Ciel; 3° la nature des effets du baptême qui, par la grâce, opèrent la régénération de l'âme; 4° l'exemple des apôtres, qui ont baptisé des familles entières ; 5° la tradition de l'Église.
A ce sujet, saint Thomas fait une ingénieuse comparaison entre la vie naturelle et la vie surnaturelle de l'homme. L'enfant, dit-il, ne reste-t-il pas pendant neuf mois dans le sein de sa mère, vivant de sa vie, n'ayant guère de mouvement qui lui soit propre, recevant d’une manière purement passive toutes les impressions qu’elle lui transmet ? Ainsi, dans l’ordre surnaturel, l’enfant qui, par le baptême, naît à la vie de la grâce, est conçu pour ainsi dire dans le sein de l’Église qui, comme une mère, lui communique sa vie, sa foi, sa prière et toutes les impressions surnaturelles que l'Esprit-Saint produit en elle.
De leur côté, les adversaires du baptême des enfants allèguent: 1° l'exemple de saint Jean-Baptiste qui ne baptisait que des pénitents et, par conséquent, pas d'enfants; 2° ces paroles de Jésus- Christ : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, » paroles qui, selon eux, prouveraient que, pour recevoir le baptême, il est nécessaire d’être préalablement instruit de la doctrine chrétienne et d’attester sa foi ; 3° l’exemple des apôtres et de leurs successeurs qui, pendant les deux premiers siècles, n'auraient baptisé que des adultes professant leur foi en Jésus-Christ.
Nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé, si nous discutions ces graves questions au point de vue théologique; mais elles sont de notre domaine en ce qui concerne l’exposition historique des doctrines, et surtout en ce qui concerne les faits et les coutumes qui se rapportent au baptême des enfants, dans les divers âges de l’Église.
Parmi les écrivains catholiques, on se saurait guère citer que Wal- Hafrid Strabon (1) et Vivès qui aient prétendu que, pendant'les deux premiers siècles, on n’a jamais baptisé que des adultes. D’autres tombent dans un excès contraire, en supposant que dans tous les temps il a été d'usage de régénérer les enfants presque aussitôt après leur naissance. ;
Les liturgistes les plus autorisés admettent que, dès les temps apos-
(x) De reb. eccles., c. xxvI.
toliques, on a conféré le baptème aux plüs jeunes enfants lorsqu'ils étaient en danger de mort; et que, pour les autres, une grande liberté fut laissée aux parents qui, pendant les premiers siècles, attendaient souvent plusieurs années et parfois même laissaient leurs enfants atteindre l’âge adulte, sans les faire baptiser: Nos recherches personnelles nous induisént à croire qu'en général, et sauf les cas de danger de mort, les enfants n’ont été baptisés qu’à l’âge de deux ou trois ans, pendant l’époque des baptistères : il fallait alors que l'enfant füt assez fort pour se tenir debout dans la pisciñe. Du vit au x° siècle, les enfants nous paraissent avoir été baptisés à l’âge d’un an dans des cuves verticales où ils pouvaient se tenir debout avec l’aide des parrains qui les soutenaient; enfin, au xr° siècle seulement, croyons-nous, se propagea la coutume de régénérer les nouveau-fés quelques jours après leur entrée dans la vie.
Les écrivains protestants, selon qu’ils sont pédobaptistes ou antipédobaptistes, émettént des opinions bien opposées. Les premiers (1) adinettént qu’on a baptisé des enfants dès lés premiers siècles ; les autres (2) voient là une innovation africaine du mm° siècle, que saint Augustin fit prévaloir dans ses discussions contre Pélage (5).
D'après Augusti (4), on aurait baptisé des enfants pendant les deux preiniers siècles ; cet usige aurait cessé du in° siècle jusqu’au milieu du v*, excepté toutefois en Égypte, eh Afrique et en Espagne, pendant l’époque des mystères du Catéchuménat ; il aurait repris vigueur à la fin du v° siècle.
Examinons la valeut des faits depuis les temps apostoliques jusqu’au moyen âge.
À une époque où l'évangélisation ne pouvait s'adresser qu'à des juifs où à des paiens, il était naturel qu'on commençât par les adultes à appliquer le sacrement d'initiation et qu’on ne se soit occupé des enfants que plus tard. L'Église, ne pouvant se constituer qué par l’adhésion pérsonnelle et libre de ceux qui étaient convertis par la prédication, devait aller au plus pressé. Il n’est donc pas étonnant que la sainte Écriture ait gardé le silence sur le baptème des enfants. Que de choses, d’ailleurs, dont elle n’a point parlé, et que nous ñne connaissons que par la tradition, comme la sanctification du dimanche et l’admis-
(i) Vossius, Hämmond, Walker, Wall, Binghäm, etc. (2) Swicer, Dippelius, Gale, Cretin, Lenoir, etc.
(3) Annot. in Lib. I de Civit. Dei, c. xxvur.
(4) Christlichen Archæologie, t. VII p. 46.