LIVRE VII. -— DES SUJETS DU BAPTÈME
pénitence (1) ont oublié de nous dire comment de tout jeunes enfants — tnfantes — pourraient s'exercer à cette vertu.
Clément d'Alexandrie, en donnant quelques conseils relativement aux gravures propres aux cachets chrétiens, engage les fidèles à choisir des emblèmes qui tendent à l'édification. « Si l’un de vous est un pêcheur, dit-il, qu’il choisisse pour sujet un apôtre et les enfants qu'il retire de l’eau. » Toutefois il ne nous paraît pas bien certain que l’auteur ait voulu dire par là que les apôtres ont baptisé des enfants ; car, dans d’autres passages de ses écrits, il applique la même expression infantes, à tous ceux qui, sans distinction d’âge, sont régénérés par l’eau et qui, selon la parole de saint Pierre (Z Ep., u, 2) sont les zouveau-nés de la grâce.
On a récemment découvert et publié, d’après un manuscrit en langue copte, des Constitutions de l’Église d'Égypte (2), que M. de Pressensé considère comme datant des premières années du n° siècle (3). On y lit ces paroles bien formelles : « Que les enfants soient baptisés les premiers ; que celui qui peut parler parle pour lui-même ; quant à l'enfant qui n’est pas en état de parler, que le père et la mère ou un proche parent parlent pour lui. » Cette prescription, qui ne fait que régler la cérémonie du baptème, démontre que l'usage d’y admettre les enfants était répandu bien antérieurement dans les églises d'Égypte.
Les Constitutions apostoliques de l’Église grecque ordonnent de baptiser les jeunes enfants et de les élever selon les préceptes divins (4),
Saint Cyprien, dans sa lettre à Fidus, s'exprime en ces termes: « J’en viens à la question du baptême des enfants : vous dites qu’il ne doit pas être administré le second ou le troisième jour après la naissance, mais que, conformément à l'usage de la circoncision d'autrefois, il faut différer jusqu'au huitième pour le baptême et la présentation au Seigneur. Cette question agitée au Concile, a été résolue à l'unanimité dans un sens contraire à celui-là. Nous avons tous été d’accord qu'il ne fallait, dans aucun cas, refuser la grâce et la miséricorde du Seigneur. » Les soixante-six évêques qui assistaient à ce concile ont nécessairement dû s’en rapporter à la tradition de leurs Églises respectives, et leur témoignage unanime prouve qu’on y baptisait les enfants peu de jours après leur naissance.
(1) Hagenbach, Hist. des Dogmes, 1, 178.
(2) Bunsen, Analect. antenicæna, t. Il.
(3) Revue chrétienne, 1855, p. 257.
(4) Const. apost., 1. V, c. xv, ap. card. Pitra, Jur. eccl. græc. Hist., t. I, p. 323.
Origène nous dit que les petits enfants sont baptisés pour la rémission de leur péché (1).
Les adversaires du pédobaptisme n’ont pas manqué de se mettre sous la protection de Tertullien, qui s'exprime ainsi: « Eu égard à l'état, à la disposition et à l’âge, il est plus expédient de difiérer le baptême que de le donner trop tôt, surtout aux petits enfants. Car, pourquoi, s’il n’y a pas de nécessité pressante, exposer les parrains à un très grand péril? Il est vrai que Notre-Seigneur a dit en parlant des enfants : « Ne les empêchez pas de venir à moi. » Qu'ils y aillent donc, lorsqu'ils seront plus avancés en âge, en état d’être instruits, afin qu'ils connaissent leurs engagements (2). » Il est évident que Tertullien, par là, favorise les retards qui n'étaient que trop communs dans les premiers siècles ; mais on voit qu'il ne nie en aucune facon la légitimité du baptême des enfants; qu’il est uniquement préoccupé du danger que court l'enfance de perdre la grâce baptismale; qu’il ne fait ici qu’exprimer une opinion personnelle en contradiction avec un usage plus ou moins suivi de son temps. Tout ce qu’on peut en conclure, c'est qu’en Afrique le baptême des jeunes enfants n’était pas alors con: sidéré comme obligatoire.
Il en était de même en Cappadoce, puisque saint Grégoire de Nazianze désire qu'on ne présente pas les enfants avant l’âge de trois ans, afin qu’ils puissent eux-mêmes répondre aux interrogations cérémonielles (3).
On a prétendu à tort que saint Jérôme était hostile en principe au pédobaptisme. Quand il dit que « le corps ne peut recevoir le sacrement de baptême avant que l’âme ait reçu la vérité de la foi (4), »il n’a évidemment ici en vue que les adultes ; car il dit ailleurs (5) que les enfants doivent être baptisés pour la rémission de leur péché.
« Nous baptisons même les enfants, dit saint Jean Chrysostome (6), afin d'effacer en eux le péché et de leur communiquer la sainteté, la justice, l’adoption, l'hérédité, la fraternité de Jésus-Christ, afin qu'ils soient ses membres et la demeure du Saint-Esprit. » Ailleurs (7), il constate qu’on baptisait parfois des enfants à la mamelle.
1) Hom. XIV in Luc.
) De Bapt., ©. xvui.
) Orat. XL in sanct. layacr.
) In S. Matth., c. xxvIN, 18.
) Dial. III, n°5 17, 18, 19e (6) Hom. ad Neophyt.
(7) In psalm. XIV.