‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 215 sur 283 · LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME

Sozomène nous dit (1) que Julien l’Apostat, étant né de parents très chrétiens, avait été baptisé dès son enfance, se/on l'usage de l'Église.

Cet usage paraît n’avoir pas été très répandu en Espagne à la même époque, puisque Himère, évêque de Tarragone, consulta à ce sujet saint Sirice en 385. Le Pape lui répondit qu'on devait baptiser les enfants quand les parents les présentaient au baptême (2).

Saint Augustin, dans un traité en forme de lettre qu’il écrivit contre Pélage, s'exprime ainsi : « L'Église tout entière pratique le baptême des enfants. Ce baptême n'a point été établi par les Conciles, mais il a toujours été en usage. Et si quelqu'un me demandait : Quelle eñ est l'autorité divine ? Il est raisonnable de croire, répondrais-je, qu'il n'y en a point d'autre que celle d’une pratique transmise par la décision des apôtres. » L’évêque d'Hippone, pour prouver la croyance au péché originel, invoquait l’universalité du baptême des enfants. Pélage, très intéressé à nier ce fait, ne l’a point essayé. Cette preuve en faveur du baptême des enfants au commencement du v° siècle, est d'autant plus forte que Pélage avait visité les principales églises des Gaules, de l'Italie, de l’Afrique et de la Syrie. Quelques écrivains protestants (3), qui considèrent saint Augustin comme l'inventeur du dogme du péché originel, ont attribué à cette controverse l’origine du pédobaptisme. Ces assertions se trouvent complètement démenties par les témoignages antérieurs que nous avons cités, et, en ce qui concerne l’évêque d'Hippone, il suffit de parcourir ses œuvres pour voir qu'il n’ayait pas attendu la controverse pélagienne pour professer cette même doctrine (4). Ce qu’il serait exact de dire, c'est que, saint Augustin ayant mis plus en lumière les conséquences dogmatiques du péché originel, on se préoccupa davantage du baptême des enfants, et qu’on.le retarda moins ; aussi les Conciles du v° siècle, comme nous allons le voir, formulèrent-ils des prescriptions à ce sujet, Mais, auparavant, il nous semble utile de tirer quelques conclusions relativement aux quatre premiers siècles de l’Église.

fl est certain que tous les Pères de cette période ont proclamé la nécessité absolue du baptême, sans en excepter les enfants. Le droit de leur administrer ce sacrement n’a même été nié par aucune hérésie.

GES eV cer.

(2) Epist. ad. Himer. ap. Patr. lat., XIII, c. mexxxv.

(3) Hagenbach, AHist. des Dogmes, I, 327 ; Hase, Dogmatique, p. 436.

(4) De lib. arb., 1. IL, c. xx, Contr. Donatist., 1, IV, c. xv ; Epist. ad Bonif.; De Genes., 1. X; Epist. X XVIII ad Hieron.

Mais si de la théorie nous passons à la pratique, nous croyons qu’une grande liberté régna à ce sujet, avant que les canons de l'Église aient réglé ce point de discipline. Beaucoup de Pères, en effet, blâment sévèrement les adultes qui, sous de vains prétextes, retardent toujours Leur entrée sacramentelle dans l’Église; mais nous ne leur voyons point formuler de reproches contre les parents chrétiens qui, au lieu de faire baptiser leurs nouveau-nés, se contentent de les porter à l'Église pour les faire inscrire parmi les Catéchumènes. En danger de mort, on baptisait toujours les nouveau-nés ; dans les autres cas, les ministres ne refusaient jamais de conférer le sacrement aux enfants, n'importe à quel âge. Les familles juives converties semblent avoir placé parfois à l’époque de l’ancienne circoncision Île baptème qui la remplaçait. Mais, en général, on ne baptisait guère les enfants qu'âgés d'un an à quatre ans, et souvent même plus tard.

Les inscriptions tirées des Catacombes, conservées au musée de Latran, confirment ces données. Nous y trouvons des épitaphes d'enfants qui n’auraient certainement point été inhumés à côté des Martyrs et des Confesseurs de la foi, s'ils n'avaient été admis par le sacrement d'initiation dans la société des fidèles. D'ailleurs, ces inscriptions sont souvent accompagnées du monogramme du Christ, de l'ancre du salut, du poisson, de la colombe, symbole de l'innocence, et parfois même leur qualité de néophyte est expressément mentionnée. Les épitaphes de nouveau-nés sont fort rares : on peut citer celle d’une érès innocente petite fille, ayant vécu neuf jours et cing heures, qui repose en paix dans le Dieu-Christ. Les indications d'âge, d’un an à douze, sont assez fréquentes. Mentionnons : Matronata, morte à un an cinquante-deux jours, àqui on demande de prier pour ceux qu’elle a laissés sur la terre; Dionysius, néophyte, âgé d’un an et quatre mois, dit une inscription trouvée en 1864 dans le cimetière de Saint-Calliste ; Candide, néophyte de vingt et un mois; Apronianus, que son aïeule fit baptiser à un an, neuf mois et cinq jours, alors qu’il était sur le point de mourir (1); une petite fille de trois ans, trois mois et dix jours, qui mourut fidèle, HIKTH ETEAEYTHCEN, dit un marbre de Florence ; Aurelius Melitus, âgé de quatre ans et deux jours, infans cristeanus (sic), dit un marbre du mr° siècle, trouvé à Chiusi en Toscane ;

(1) Florentivs filio svo Aproniano fecit titvlvm benemerenti q. vixit annum et mensès nove dies quinqve cvm amatvs fvisset a maiore sva et vidit hvnc morti constitvtym esse petivit de aeclesia ut fidelis de secvlo recessisset. (Journal de Rome, Janv. 1864.)

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