LIVRE Vif. — DES SUJETS DU BAPTÈME
Severus, enlevé par les anges, à l’âge de quatre ans, huit mois et cinq jours ; Zozime, néophyte de cinq ans, huit mois et trente jours ; Posthumius Eutherion, fidèle, âgé ds six ans, qui reçut la grâce sainte la veille de sa mort et dont l'âme vit en paix avec les saints; Paulin, néophyte de huit ans ; Marcien, « bien méritant en Jésus-Christ, qui reçut la grâce de Notre-Seigneur le 21 septembre, à l’âge de douze ans, et qui mourut le lendemain, » dit une plaque tumulaire de l'an 268 (r).
Un cubiculum datant de la fin du u° siècle et un marbre funéraire d'Aquilée, représentant tous deux un baptême d'enfant (2).
C'est à partir du v° siècle seulement que nous trouvons des lois formulées sur le sujet qui nous occupe. Le deuxième canon du concile de Milève (416) et de celui de Carthage (418) excommunie « quiconque nie la nécessité du baptême pour les enfants nouveau-nés. » En 409; le pape saint Innocent [° veut que « l’on n’admette dans le clergé que ceux qui auront été baptisés dès leur enfance. » Un peu plus tard, Isaac le Grand, prêtre d’Antioche, émet le vœu que les enfants soient régénérés au sortir du sein de leur mère, pour qu’ils échappent ainsi aux embüches du démon (3). Timothée, évêque d'Alexandrie, dit qu’on peut baptiser un enfant avant le septième jour de sa naissance, lorsqu'il y a péril de mort (4). Saint Fulgence (5) exhorte les parents à faire régénérer leurs enfants nouveau-nés. Le concile de Girone (519), dit que « les enfants étant ordinairement malades lorsqu'ils viennent au monde, on doit les baptiser aussitôt, surtout quand ils sont réellement malades et quand on remarque qu’ils ne demandent pas à téter. » Ces exhortations n'étaient pas toujours suivies. Quand Charlemagne conduisit à Rome, en 781, ses deux enfants, Pépin et Louis, il ne fit baptiser par le pape Adrien que Pépin, âgé de cinq ans, et non pas Louis, âgé de trois. Plus tard, il ordonna, par un Capitulaire, de ne pas différer au delà d'un an l'administration du sacrement, ce qui prouve qu’en France et en Allemagne, tout au moins, on dépassait cette limite.
On a prétendu qu'Hincmar, évêque de Laon, était un adversaire du pédobaptisme. Il suffit de lire la lettre que lui adresse son oncle Hincmar, archevêque de Reims (6), pour voir que ce dernier lui reproche,
(1) De Rossi, /nscript., passim.; Cavedoni, Ant. cim. Chius., p. 33; Martigny, Dict., p. 273; Didiot, Théol. des Catac., p. 115 ; Wolther, les Catacombes, Ile part., c. 1v.
(2) De Rossi, Bullettino, 1876, Tav. I.
(3) Assemani, Bibl. Orient., t. I, c. xvr.
(4) Responsa canon., ap. card. Pitra, Juris eccles, grœc. monum., t. I, p. 630.
(O)REpiste Tin.
(6) Gousset, Actes de la prov. eccles, de Reims, t. I, p. 335.
pen
Le ur
non pas un principe erroné dans la foi, mais un abus de pouvoir, parce qu’en jetant l'interdit sur son diocèse, l’évêque de Laon avait même défendu d'admettre les enfants sur les fonts.
Il nous paraît inutile de reproduire des textes postérieurs au IX° siècle, car il n'y a pas de contestation pour ce qui concerne le moyen âge. Bornons-nous à dire que la forme des cuves des vrn®, ix° et x° siècles, en France et en Allemagne tout au moins, démontre par leur fond plat et leurs parois verticales qu'on procédait par immersion verticale à l'égard d’enfants pouvant se tenir sur leurs jambes, avec l’aide des parrains, et par conséquent ayant de trois à douze mois. Ce n’est qu’au xr siècle qu’apparaissent des cuves plus larges, creusées en courbe concave, profondes seulement de quarante à cinquante centimètres et ne convenant qu’à l'immersion horizontale des enfants âgés de quelques jours. Ces données archéologiques se trouvent confirmées par les témoignages des écrivains du moyen âge (1).
Après avoir exposé les doctrines catholiques, nous devons parler des opinions et des diverses pratiques des sectes dissidentes.
Dans l’antiquité, nous ne voyons guère que les Hiéraclites s'opposer au baptème des enfants, sous prétexte qu'ils n'auraient pas droit au royaume des cieux, attendu qu’ils n’ont pu conquérir aucun mérite en combattant les vices et les passions (2).
On a prétendu à tort (3) que Îles Novatiens, les Donatistes et les Pélagiens étaient opposés au pédobaptisme. En ce qui concerne ces derniers, nous avons une lettre de Pélage lui-même qui proteste contre cette injuste accusation (4).
Au concile d'Arras, en 1025, les Cathares d'Aquitaine alléguaient les trois raisons suivantes pour repousser le baptème des enfants : 1° la vie déréglée des ministres de la religion empêche le baptème d'être salutaire à ceux qui le reçoivent; 2° on voit se produire dans la vie des adultes tous les péchés auxquels ils sont censés avoir renoncé étant enfants; 3° comme un enfant ne peut ni vouloir, ni croire, ni s'inquiéter de son propre salut, il en résulte que la volonté, la foi, ni la confession d’autrui ne sauraient lui être imputés (5). Les Henriciens du Languedoc et Tanchelin, d'Anvers, professaient à peu près la
(1) Rupert, De divin. offic., 1. IV, c. xvir.
(2) Epiphan., Hær. LXVII; August., De Hæres., ©. xLvIr. (3) Visconti, 1 Il, De rit. bapt., ©. 1.
(4) August., Lib. de peccat. orig., ©. XVII, XYINÿ XIX.
(5) D'Achéry, Spicil., I, 607.