LIVRE VIL. — DES SUJETS DU BAPTÊME
même doctrine. Il nous paraît peu probable qu’elle ait été partagée par Bérenger : plusieurs écrivains du moyen âge l'en accusent (1), il st Vrai, Mais nous ne trouvons aucune trace de cette erreur dans ses écrits, et ses contradicteurs contemporains les plus hostiles, comme Lanfranc, Adelman, Alger, ne la lui ont jamais reprochée.
Quelques sectes vaudoises ont refusé le baptème aux enfants, mais ce n'était point là l'esprit général de ces hérétiques, car nous lisons dans leur Almanach spirituel, traduit en français par Jean Léger, dans son /istoire des Eglises évangéliques des vallées vaudoises Glire En ce que le batème est administré en pleine congregation des fidèles, c'est afin que celui qui y est recu soit reputé et tenu de tous pour frère et chrétien; et c’est pour cela qu’on le présente, ce que doivent faire ceux à qui les enfants touchent de plus près, comme sont les parents et ceux à qui Dieu a donné cette charité. »
Pierre de Bruys soutenait qu’on ne doit baptiser que des adultes, opinion que ses partisans, nommés Pétrobusiens, mettaient en pratique, en conférant un nouveau baptême à tous ceux qui entraient dans leur communion. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, composa contre eux un traité où il démontre l’absurdité de leurs principes par les conséquences qui en découlent. Si le baptême des enfants est nul, leur dit-il, ceux qui l’ont reçu n’ont pas été chrétiens ; ils n’ont donc pu devenir ni clercs, ni diacres, ni prêtres, ni évêques ; ils ont conféré invalidement beaucoup de sacrements et par conséquent il n’y aurait plus d'Église (3).
Parmi les hérétiques du moyen âge qui ont combattu le pédobaptisme, nous devons encore citer les Apostoliques du xrr° siècle, Arnaud de Brescia, Pierre Abailard, et Doucein (4).
Cette doctrine devait, au xvr° siècle, agiter tous les esprits et ensanglanter l’Europe. Luther avait proclamé que la justification de l’homme dépend, non point des sacrements, mais uniquement des mérites de Jésus-Christ, que le chrétien s'applique par la foi. Un de ses adeptes, Stork, en conclut logiquement que les enfants, ne pouvant avoir la foi, sont incapables de recevoir le baptême et qu’il faut le réitérer à tous ceux qui l'auraient reçu avant l’âge de raison. Carlostad, Muncer et un
(1) François de Roye, Bereng:. vita ; Deodwin, Epist. de corp. et sang. Dom., ap. Bibl Patr., t. X, edit, Col., p. 1618.
MVL ec, x p. 65, ;
(3) Petr. Vener. Tract. adv. Petrob., 1. I, ep. 1.
(4) Reïniz et Wadzeck, Documents relatifs aux Mennonites.
bon nombre de protestants embrassèrent cette opinion. Chassés de Wittemberg par Luther, ils propagèrent leurs doctrines, mêlées de visées politiques, dans la Suisse, la Thuringe, la Franconie, et tentèrent de fonder en Allemagne une nouvelle monarchie. La prise de Munster, le supplice de Jean de Leyde, les peines édictées contre ses adhérents par les synodes protestants et par divers gouvernements, n'étouffèrent point la secte anabaptiste ; elle se répandit en Bohème, en Saxe, en Danemark, en Hollande, en Angleterre, en Écosse, etc., où elle se divisa en une foule de communions, comme les Adamites, les Silencieux, les Impeccables, les Parfaits, les Pleureurs, les Réjouis, les Sanguinaires, les Dunkers, etc. Aujourd’hui, ils prennent en général le nom de Mennonites, qu’ils doivent à leur réformateur Simonis Mennon; ces hérétiques comptent d'assez nombreuses communautés en Amérique, en Lorraine, en Alsace, dans les provinces rhénanes, dans la Prusse orientale et surtout en Hollande. Depuis quelque temps ils tendent en général à se fusionner avec les Baptistes (1).
Luther, en conservant le baptême des enfants, se montra infidèle à ses propres principes, car le pédobaptisme ne se conçoit qu'avec la doctrine de l'opus operaium. Aussi se montra-t-il d’une faiblesse déplorable dans ses disputes avec les Anabaptistes ; après avoir longtemps tergiversé, il en vint à dire que les enfants qu'on baptise ont la foi actuelle qu’ils acquièrent par les prières de l'Église. Plus tard, il abandonna ce système; le baptème devint pour lui une révélation divine, une alliance que Dieu, présent dans le sacrement, conclut à l'égard de l'enfant et avec lui : par le baptême, Dieu présente sa grâce à l'enfant et le proclame son fils, indépendamment de sa foi, de la foi de ses parents et de l’Église elle-même.
Les pédobaptistes protestants n’en sont pas moins restés fort embarrassés pour justifier par la Bible le baptème des enfants, et ils se trouvent obligés, en fin de compte, d’invoquer comme nous la tradition. Mistress Hutchinson raconte à ce sujet, dans ses Mémoires (2), une curieuse anecdote. Étant devenue mère, elle conçut des doutes sur la légitimité de la régénération des jeunes enfants, et, pour les éclaircir,
(x) Sur l’histoire des Anabaptistes, on peut consulter, entre autres ouvrages : A. Schort History of the Anabaptists ; Ott, Annales anabaptici; Schyn, Hist. Mennonit. pion deductio ; Krobn, Hist. des Anabaptistes ; Hast, Geschichte der Wiederthaeüffer ; Jarke Studien und Skizzen zur Geschichte der Reformation ; le baron de Bussière Hist. fs Anabaptistes. “
(2) Collect. Guizot, t. II, p. 136.