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LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME

elle invita à dîner tous les ministres du voisinage. Aucun d'eux ne put prouver par l’Écriture qu'il fallait baptiser les nouveau-nés, et l’on se trouva obligé d'invoquer la tradition de l'Église depuis son origine. Mistress Hutchinson, trouvant cet argument trop papiste, ne se décida point à réclamer le sacrementpour son enfant, ce qui fit que les ministres la traitèrent de fanatique et d’anabaptiste.

De tels faits n’exciteraient plus aujourd’hui d'émotion; car en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, beaucoup de théologiens protestants, en dehors des sectes baptistes, sont hostiles au baptême des enfants. « Les Supranaturalistes eux-mêmes, dit M. Haag (1), ont compris qu’un sacrement qui, sans la foi, procurerait la félicité céleste, serait en contradiction directe avec ce principe du Protestantisme : La foi seule sauve. »

Calvin, tout en maintenant le baptême des enfants, soutint qu'il n’est point nécessaire pour ceux qui sont nés de parents chrétiens. Michel Servet attaqua violemment sur ce point le réformateur de Genève, et, dans son livre de la Régénération, il soutint que le pédobaptisme est une horrible abomination, l’extinction du Saint-Esprit et la conculcation du règne du Christ.(2). La Constitution actuelle de l'Église évangélique de Genève se montre pleine de tolérance pour les adversaires du baptême des enfants. On lit dans l’article xix : « L'Église baptise les petits enfants ; mais si elle a dans son sein des frères qui pensent devoir attendre pour cet acte un âge plus avancé, elle n’estime pas que cette différence doive être parmi les membres une cause de division. »

Tandis que la plupart des Réformés conservaient le baptême des enfants, les Pinczoviens le rejetèrent comme n’étant point prescrit par l'Évangile. Un synode convoqué à Wengrow en 1565 discuta pendant six jours sur cette question et se sépara sans rien décider. Bientôt après, un certain hombre d'Églises de Lithuanie, de Transylvanie et de Russie se mirent à rebaptiser les adultes. Aujourd’hui les diverses sectes sociniennes, considérant le sacrement d'initiation comme une chose indifférente, ne le confèrent pas aux enfants ; toutefois ils ne le leur refusent pas lorsqu'il pourrait en résulter quelque scandale.

Les Gomaristes et les Arminiens rejetaient également le baptême des enfants; mais les sectateurs d'Arminius n’en agissaient pas ainsi

(x) Hist. des Dogmes chrétiens.

(2) Calv., L. IV, Instit., c. xvi,n. 31.

du temps de leur fondateur, mort en 1609. Moelher explique ainsi cette variation de doctrine et de pratique : « Les disciples d’Arminius ne reconnaissent que deux sacrements, le baptême et la cène. Or, qu'est-ce que ces divins mystères ? Ce sont les signes de la nouvelle alliance, le sceau des grâces supérieures. Non seulement ils confirment les bienfaits promis dans l'Évangile, mais ils les communiquent d'une certaine manière. Le fidèle, de son côté, doit recevoir ces promesses avec une foi sincère, obéissante, et doit célébrer les bienfaits célestes, pénétré de la plus vive reconnaissance. Les expressions, communiqués d'une certaine manière, sceau des grâces supérieures, étaient des plus vagues et des plus obscures ; aussi les Gomaristes en demandèrentils une explication. Après de longs discours de part et d’autre, les Àemontrants dirent qu’ils ignoraient les effets des sacrements ; que, dans tous les cas, ils n’opéraient point la grâce; qu’ils ne sont pas même, d'après l’Écriture,le sceau des promesses évangéliques. Cette doctrine exposait ses auteurs aux plus graves reproches ; aussi voyons-nous que, de bonne heure, on les accusa de donner tête baissée dans les erreurs des Mennonites. Et, en effet, si le baptème est sans force, sans vertu, tout le monde voit qu'on ne peut le recevoir avant l’âge de discrétion. Episcopius, dans sa défense, dit bien que ses frères baptisent leurs enfants, que cet usage repose sur l'antiquité chrétienne et ne pourrait être aboli sans le plus grand scandale ; mais, si vous destituez un rite de toute signification, si vous le rendez absurde, vainement direz-vous qu’il remonte bien loin dans les siècles, il ne pourra subsister longtemps. Aussi, quelques dizaines d'années après ces paroles du fondateur, la secte, ou du moins la plupart de ses membres, condamnait le baptême des enfants (1). »

Les Baptistes, dont nous avons sommairement raconté l’histoire (2), ne doivent être confondus ni avec les Mennonites, ni avec les Anabaptistes. La seule erreur qui leur soit commune est d'introduire un acte de la volonté de l’homme là où ne doit être que l’ordonnance suprême de Dieu, et de ne voir dans le baptème d’eau qu’un sceau mis sur la foi. Les Mormons reconnaissent également que la foi est indispensable comme œuvre préparatoire à l’immersion baptismale, et que nulne peut la recevoir avant d’être capable de comprendre et de croire.

L'Eglise catholique n’exige aucune condition morale ni physique de

(1) Moechler, Sy-mbolique, trad. Lachat, t. Il, 2 04. (2) Livre IV, ç, n, art, 1, p. 245.

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