LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME
de sept ans, nommé Edgard Mortara, fils d’un Juif de Bologne, avait été secrètement baptisé par une servante catholique, alors qu’à l’âge d’un an il était en danger de mort; elle ordonna que, selon les dispositions canoniques, cet enfant serait élevé dans le Christianisme, dont il portait le caractère ineffaçable. Le jeune Edgard fut placé dans la maison des catéchumènes de Rome, où il fut instruit des vérités de la foi. Ses parents réclamèrent contre cette prétendue violation des droit paternels; ils adressèrent leurs plaintes à la synagogue d'Alexandrie, aux rabbins de France et d'Allemagne, et bientôt de nombreux journaux remplirent l'Europe de leurs clameurs. Le jeune Mortara, tout en restant plein d'affection pour ses parents, déclara ne vouloir point retourner chez eux ; il comprenait que l’Église ne pouvait point rendre au père hébreu le fils chrétien, parce que le premier pouvait abuser de son autorité paternelle pour faire de son fils un apostat. Par ce baptême illicite, mais très valide, l'enfant était devenu membre de l’Église, et l’Église avait le droit et le devoir de protéger sa foi : or, comment lui assurer une éducation chrétienne sans le séparer de ses parents ? Les parents mêmes, en se plaçant au point de vue israélite, n’étaient pas en droit de se plaindre, puisqu'ils avaient transgressé les lois prudentes de l'Église, en prenant une servante catholique. Le droit paternel n’a pas été violé, mais surpassé par un autre droit plus important; il en est de même quand l'intérêt général de la nation arrache les jeunes gens au foyer domestique pour les envoyer sous les drapeaux. Edgard Mortara, devenu prêtre, est aujourd’hui chanoine régulier de Saint- Jean de Latran (1). :
M. Alexandre Bruel a publié, dans la Brbliothèque de l’École des chartes (2), des Notes de Vyon d'Hérouval sur les baptisés et les convers au temps de saint Louis et de ses successeurs, c’est-à-dire sur les libéralités du saint Roi à l'égard des enfants juifs qu’il avait fait baptiser et des adultes qu’il avait fait convertir par des moyens de persuasion. Nous allons puiser quelques renseignements dans ces curieux comptes de dépenses. C’est surtout après son retour de la Terre sainte, en 1253, que Louis IX s’occupa de la conversion des Juifs. Les enfants orphelins ou abandonnés, désignés sous le nom de baptizati, étaient élevés dans des villes épiscopales comme Amiens, Bourges, Évreux, Tours, Laon, Orléans, Senlis, et aussi dans un petit nombre de villes sans évêché comme Chauny, Compiègne, Péronne et
(x) Voir les articles publiés en 1858 par la Civilta cattolica et l'Univers. (2) Tome XXVIII, p. 609.
Saint-Quentin. Le roi payait leur nourriture, deux, trois, quatre et jusqu’à douze deniers par jour, outre le logement, soit dans des maisons particulières, soit chez les Cordeliers ou les Jacobins. Ce loyer était, à Orléans, de trente-huit sols, pour vingt-cinq baptisés; à Tours, de dix livres, pour cinquante-six; à Amiens, de quatre livres douze sols deux deniers, pour dix-sept ; à Chauny, de trente livres quatre sols et quatre deniers, pour onze bapiisés de l'évêché de Noyon.
Les adultes, nommés convers, c’est-à-dire convertis, n'étaient point logés, mais recevaient de deux à douze deniers par jour, et parfois des rations de blé. Parmi les parrains et marraines de ces baplisés et convertis, nous voyons figurer saint Louis (un de ses filleuls s'appelait Louis de Poissy), Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, Isabelle, fille de Philippe le Bel. Quand ces néophytes retournaient au Judaïsme, ils étaient condamnés au supplice du feu.
Ms)
Des enfants des hérétiques, des apostats et des impies
Si un hérétique demande à un prêtre catholique de baptiser un enfant, ce dernier doit-il le faire ? Les uns répondent affirmativement (1), et les autres négativement, parce que ce serait exposer plus tard l'enfant à l’apostasie (2). Le concile de Baltimore dit à ce sujet : « Nous pensons que les enfants des non-catholiques, quand les parents nous les apportent, doivent être baptisés toutes les fois qu’il y a un espoir probable qu’ils seront élevés catholiquement ; mais il faut veiller à ce que ces enfants n'aient que des parrains ou des marraines qui soient catholiques. »
Le sentiment commun est qu’on peut baptiser les enfants des hérétiques, des apostats et des impies, contre le gré de leurs parents, par cette raison qu’ils restent sous la sujétion de l’Église, et que l’Église a droit de les obliger à observer ses lois et surtout le droit divin (3). M5 Gousset ne partage point cet avis. « Nous pensons dit-il (4), con-
(x) Layman, Aversa, Gobat, Lacroix, Diana, etc.
(2) Suarez, Coninck, J. Dicastillo, etc,
(3) Noël Alexandre, Gobat, Tournely, Drouin, Billuart, Liguori, etc, ( (4) Theolog. mor., t. II, n. 87,