‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 226 sur 283 · LIVRE Vi. — DES SUJETS DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE Vi. — DES SUJETS DU BAPTÈME

Les anciens médecins ne croyaient guère possible qu’une mère vivante pût survivre à l'opération césarienne. Des théologiens, se basant sur cette fausse donnée scientifique, ont déclaré « qu’il n'était point permis d'ouvrir une femme avant sa mort, pour sauver son fruit et lui donner le baptême (1). » La pratique moderne prouve que l'opération césarienne n’est point mortelle par elle-même. Sur cent femmes, on en sauve quarante et une d'après Simonart; quarantedeux, d’après Baudelocque ; quarante-quatre, d’après Michaélis: quarante-cinq, d’après Vélpeau ; cinquante-huit, d’après Sprengel. Aussi beaucoup de théologiens modernes font-ils une obligation de conscience à la mère qui ne peut accoucher naturellement, non seulement de subir, mais de réclamer l'opération césarienne.

Des Monstres

Les anciens naturalistes admettaient l’existence de monstres, produits d'un infâme commerce entre la femme et un animal. Les théologiens, qui se trouvent souvent forcés d’accepter la science de leur temps, ont tiré de ces fausses données des conclusions également fausses. Le Rituel romain et la plupart des Rituels provinciaux ont défendu de baptiser les monstres. Les casuistes ont perdu leur temps à déterminer les catégories de monstres, qui ont une âme, et celles qui n’en ont pas. Un jésuite italien du xvi° siècle, Ant. Possevino, est peut-être le premier théologien qui ait osé soutenir qu’on doit baptiser tout monstre sorti du sein de la femme, quelque ressemblance qu’il puisse avoir avec la brute. Il ne peut plus y avoir de doute à cet égard, la science ayant démontré physiologiquement qu’il y a impuissance radicale de fécondation entre des genres différents.

Quand un monstre a un corps bicéphale ou un double corps à une seule tête, il est prescrit de donner deux baptêmes distincts et conditionnels. Ritta-Christina, qu’on a exhibée à Paris, il y a une quarantaine d’années, avait deux têtes parfaitement conformées qui furent, chacune, baptisées séparément, l’une sous le nom de Ritta, l’autre sous celui de Christina.

(1) {nstructions sur le Rituel de Toulon (1778).

ARTICLE II

Des adultes en général

Pour recevoir le baptème avec fruit, il faut que l'adulte connaisse les principales vérités de la religion ; qu'il mène une vie régulière; qu'il ait l’attrition de ses péchés passés ; qu’il soit animé de sentiments de foi, d'espérance et de charité ; enfin, qu'il soit disposé à ce grand acte par une préparation suffisante. Nous parlerons de ces diverses conditions dans le livre suivant, relatif au catéchuménat. Dans cet article, nous nous occuperons exclusivement de la condition essentielle pour la validité même du sacrement, c’est-à-dire du libre consentement du sujet.

Tous les théologiens sont d'accord pour considérer ce consentement volontaire comme une condition absolue de la validité du sacrement; il ny a de nuances que sur le degré nécessaire de volonté ; ainsi, quelques théologiens (1) ont considéré l'absence de protestation comme équivalent au consentement ; mais le sentiment commun (2) ne regarde point cette passivité comme une intention suffisante. C’est aussi une petite minorité de docteurs qui a prétendu qu'il n’y a pas violence quand un prince donne à choisir entre le baptême et l'exil ou toute autre peine grave, parce que la liberté ne serait pas, en ce cas, complètement anéantie.

Ces cas de violence plus ou moins prononcée n’ont pas été rares de la part decertains princes, emportés par un excès despotique de zèle ou par des calculs politiques. Nous allons citer les principaux, et Pon verra que l'Église, loin de les sanctionner, a souvent élevé la voix pour défendre les droits de la liberté humaine et la dignité même du sacrement.

En Orient, l’empereur Honorius persécuta d’abord les Juifs, espérant par là les déterminer à se convertir ; mais, au bout de quatre ans, voyant que sa tactique n'avait produit aucun résultat, il cessa de molester les Juifs et défendit d’incendier leurs synagogues. Les édits de Justinien (3) confisquent les biens des Gentils et des Juifs qui refuse-

(1) Soto, Ledesmas, Cajetan, etc.

(2) Alexandre de Halès, saint Thomas, Scot, saint Bonaventure, Gabriel, Colet, etc. (3) Cap. 1v, À 10.

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