LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÊME
raient de recevoir le baptême, après avoir suivi pendant deux ans les exercices du catéchuménat.
Grégoire de Tours rapporte (1) que Chilpéric fit baptiser un grand nombre de Juifs, et qu’il fit mettre en prison un de ceux qui s’y refusaient. Le docteur Launoy en a conclu très faussement que ces conversions à peu près forcées constituaient alors la discipline ecclésiastique des Gaules. Il n’y eut à ce sujet que des abus locaux, réprimés par les souverains Pontifes. Quelques Juifs d’Italie se plaignirent à saint Grégoire le Grand de ce que leurs coreligionnaires, se rendant à Marseille, pour leur commerce, étaient parfois baptisés plutôt par force que par persuasion. Le Pape écrivit à cette occasion à Virgile, évêque d'Arles, et à Théodore, évêque de Marseille : « Je loue, leur dit-il (2), votre intention, et jene doute pas qu’elle ne soit fondée sur l’amour que vous portez à Notre-Seigneur; mais, n'étant point réglée sur l'Écriture, je crains qu’elle ne nuise à ceux mêmes que vous voulez sauver, et qu'après avoir été contraints de recevoir le baptème, ils ne retournent plus dangereusement à leur première superstition. Contentezvous donc de les prêcher et de les instruire pour les éclairer et les convertir solidement. » Le même Pape écrivit également aux évêques de Naples et de Terracine (3), leur prescrivant de veiller à ce qu'on ne persécutât pas les Juifs, et qu'on n’employât envers eux que des moyens de douceur et de persuasion pour les amener au giron de l'Eglise.
Sisebut, roi des Goths, employa la violence pour opérer la conversion des Juifs, mais le concile de Tolède (633) désapprouva ces rigueurs, en déclarant qu’une volonté libre est requise de la part de l'adulte qui recoit le baptème.
L'empereur Phocas, en 617, ordonna de baptiser tous les Juifs de son royaume et fit exécuter cet édit par ses officiers. Denys de Telmera nous a laissé sur ces actes de violence l'extrait d’une chronique syriaque, qu’a publié le cardinal Mai (4).
L'empereur Héraclius avait cru lire dans les astres que ses états seraient ravagés par la nation incirconcise; croyant qu’il s'agissait des Juifs, il envoya des ambassadeurs à Dagobert, roi des Francs, pour le prier de forcer les Juifs de son royaume à se convertir et de condamner à mort ou à l'exil ceux qui refuseraient le baptême. Dagobert se
(x) Hist. franc., 1. VI, c. xvir.
(2) Epist. XL VII, ap. Patr. lat., t. LXXXVI, p. 509. (3) Lib. I, Epist. XXXIIT; 1. Il, Epist. BYE
(4) Spicil. roman., t. X, p. 22
conforma à cette demande, etil ne faut pas douter qu'Héraclius n'ait pris les mêmes mesures dans son propre empire. Nous lisons dans les Actes de saint Amand que Dagobert donna des lettres à ce zélé missionnaire, pour qu'il forçât les infidèles de Gand à recevoir le baptème ; mais nous ne voyons pas dans la vie de ce Saint, qu’il ait jamais employé d’autres moyens que ceux de l'enseignement et de la persuasion.
Léon lIsaurien, qui brisait les images saintes par le conseil des Juifs, voulut ensuite les forcer à recevoir le baptême; il ne réussit qu’à en faire des apostats.
Un écrivain qui a particulièrement étudié l’histoire du baptême des Juifs (1), démontre, contre Launoy, que Charlemagne n’a jamais fait baptiser de force les Saxons ; qu'iln’a employé que les menaces et les promesses à l'égard de peuples qui, en vertu des droits de la guerre, lui étaient complètement soumis ; qu'il na recouru à des moyens de violence qu’à l'égard de ceux qui retournaient à l’idolâtrie, après s'être fait librement baptiser. Il est à remarquer que le B. Alcuin (2) loue Charlemagne de la sollicitude et de la bénignité qu'il a montrées dans cette œuvre de conversion ; il n’y a donc rien d'étonnant que le pape Adrien ait félicité l’empereur d’avoir conduit la nation saxonne à la fontaine de vie (3). Ses sentiments ont été les mêmes que ceux des autres Papes, et notamment de Nicolas [*, qui devait bientôt répondre aux Bulgares qu’on ne doit jamais employer la violence pour convertir.
Au commencement du x1° siècle, le premier magistrat de lfrlande, Thorgeir, après avoir pris l’avis d’une assemblée générale du peuple, ordonna que tous les Irlandais renonceraient au culte d'Odin et recevraient le baptême. Cette décision politique fut motivée par l'impossibilité où se trouvait l'Irlande de vivre sans avoir de relations commerciales avec la Norvège; relations que le roi de cette contrée, Olaüs, nouvellement converti, avait rompues, ne voulant plus avoir de rapports avec les nations idolâtres (4).
Le vr° concile de Bénévent (1374) défend de baptiser malgré eux les Tartares, les esclaves et les Juifs.
Après la prise de Grenade, Ferdinand et Isabelle condamnèrent à
1) Jean Nicolas, De Bapt. antiq. usu, pars post., prop. IV. 2) Epist. VII.
3) Epist. VIII ad Carol.
(4) Annales de philos., 1'e série, t. IV, p. 426.