LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME
c’est qu’elles considéraient ce dernier comme nul. « On rebaptise seulement les hérétiques, parce que le baptème qu'ils ont reçu n’est pas véritable, » dit saint Cyrille de Jérusalem (1). Nous n'avons pas à revenir sur la querelle théologique qui, du temps de saint Cyprien, partagea les esprits (2), mais nous devons noter quelques cas de rebaptisation, lesquels, s’il faut en croire Grégoire, ancien évêque de Blois, se seraient produits en France, après la Révolution. Voici ce qu'il avance à ce sujet: « Dire que le clergé insermenté, collectivement considéré, ait nié que le baptême administré par des prêtres assermentés fût valide, ce serait évidemment une calomnie; mais dire que jamais des prêtres . insermentés n’ont réitéré le baptême, ce serait un mensonge insigne. Une correspondance ecclésiastique, collection nombreuse et choisie dont j'offre la communication, annonce des rebaptisations dans les diocèses d'Amiens, Besançon, Cahors, Cambrai, Coutances, Fréjus, Metz, Nancy, Rennes, Strasbourg, Saint-Brieuc et Verdun (3). »
Nous avons montré ailleurs (4) que le baptême donné sous condition nest pas une réitération, car, ainsi que le dit saint Thomas (5), « on ne réitère pas une chose qu’on nesait pas avoir été faite. » Nous ajouterons seulement ici quelques mots relatifs aux captifs. Des personnes charitables s'adressèrent aux Pères du v° concile de Carthage, pour savoir quelle conduite tenir à l'égard de ceux qu’on rachetait aux Barbares, sans savoir s'ils avaiént été baptisés ou non. « On doit sans scrupule, répondirent-ils, leur conférer le sacrement, si, par euxmêmes ou par témoins, ils ne peuvent point prouver qu’ils l'ont reçu. Il ne faut pas que la crainte de réitérer le baptême les prive de ce qui doit les purifier. »
Le pape saint Léon répondit dans le même sens à Néonas, évêque de Ravenne (6), à la suite d’un concile où l’on s'était occupé de ceux qui, emmenés captifs avant l’âge de raison, ne se souvenaient point d’avoir été faits chrétiens. Le Pontife déclare qu'on doit avant tout faire des recherches consciencieuses pour découvrir des preuves du baptème, et, en cas d’insuccès, le leur conférer. Il n’est point encore question de formule conditionnelle ; cette réserve restait sous-entendue dans l'esprit et dans la doctrine de l'Eglise.
Procat., n. 7
Voir liv. VI, ch. 1v,.p. 237.
) Hist. des Sectes relig., t. II, p. 432.
) Voir Liv. V, ch. vit, p. 205.
) Part. Il, q. LXVI, art. 9.
) Epist. CXXXV.
Parmi les nombreuses sectes hérétiques qui ont réitéré le baptème, la plupart considéraient le premier reçu, comme n'ayant aucune valeur ; quelques-unes d’entre elles agissaient ainsi en raison de la fausse idée qu’elles se faisaient du sacrement régénérateur.
Les Hémérobaptistes, secte issue du Judaïsme, étaient ainsi appelés parce que, chaque jour, ils recevaient une espèce de baptême comme indispensable pour arriver au salut (1).
D'après saint Épiphane (2), Marcion, pour se purifier d'une chute honteuse, se serait fait rebaptiser et aurait communiqué cette pratique à ses disciples. On a même supposé que ces sectaires se faisaient bap< tiser trois fois; mais les écrivains modernes qui ont approfondi les doctrines des Gnostiques (3), croient qu'il ne s'agissait là que de trois deyrés successifs d'initiation. Il en était peut-être de même chez les Marcossiens, dont le troisième baptême assurait seul à l’initié son élévation au plérome, c’est-à-dire au monde intellectuel (4).
Un petit nombre des Lucifériens, c’est-à-dire des sectateurs de Lucifer, évêque de Cagliari, pensaient qu’on devait rebaptiser les | hérétiques et les schismatiques qui rentraient dans le sein de l'Église. |
La plupart des historiens ont cru que les Montanistes rebaptisaient non seulement les hérétiques, mais aussi les Catholiques qui embrassaient leur secte, comme le témoigne Philastre (5). Sur ce dernier point, Ma Héfélé fait naître des doutes très sérieux. « Philastre, nous dit-il, parle dans son chapitre Lxxxi, sous le nom de Montanistes (Montenses), des Donatistes, et ses paroles ne prouvent absolument rien dans la question qui nous occupe. Mais si Tertullien, ayant écrit son livre de baptismo, avant d’avoir embrassé le Montanisme, maintint plus tard, en qualité de Montaniste, l’opinion, soutenue au chapitre xv du traité de baptismo, de l’'invalidité du baptême des hérétiques, il ne s'ensuit pas qu'il prétendit qu’il fallait rebaptiser ceux qui abandonnaient l'Église caholique pour adopter le Montanisme; car, même après être devenu montanisté, il parlait tout autrement de l'Église catholique que des hérétiques. Il est tout a fait probable que les Montanistes tenaient le baptêème de l’Église catholique pour parfaitement valable; sans cela Tertul: lien n'aurait pas dit, dans son écrit montaniste, de s'irginibus velandis, c. 1: Nous avons le même baptème, Æadem lavacri sacramenta. »
(1) Epiph., Hær. XIX.
(2) Epiph. in Anchorato, c. Lvrr.
(3) Matter, Hist. crit. du Gnosticisme, t. II, p. 343. (4) Epiph., Hær. XXXV.
(5) Article Moxtaw, dans le Dict. encycl. de T'héol,