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LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME

Hilaire, diacre de l'Église romaine, auteur d’une secte qui disparut avec lui, rebaptisait ceux qui avaient été régénérés par les Ariens.

A la fin du rv° siècle, les Donatistes, s'appuyant sur ce faux principe que la validité du sacrement dépend de la foi et des mœurs de celui qui le confère, sé mirent à rébaptiser les Catholiques qui embrassaient leur secte.

Les Eunomiens et les Ariens des derniers temps en agissaient de même. Pendant la persécution des Vandales, les évêques ariens, favorisés par Honorius, rebaptisaient de force les Catholiques qu'ils rencontraient sur les chemins ; ils pénétraient même dans leurs demeures etrépandaient de l’eau sur ceux qu’ils trouvaient au lit. Les gens simples, s’imaginant avoir été souillés par ces ablutions forcées, tâchaient d’en anéantir l'effet en sé frottañt de bouc, en se couvrant la tête de cendres et le corps d’un cilice. Les Chrétiens éclairés se bornaient à protester contre ces violences. Un évêque arien, nommé - Antoine, fit fermer la bouche à un évêque catholique nommé Æabel- Deum, le rebaptisa et lui dit: « Vous voilà maintenant chrétien comté nous, mon frère; vous ne sauriez donc, à l'avenir, ne pas vous soumettre à la volonté du Roi. » — « Pour être coupable d’une pareille impiété, répondit le saint évêque, il eût fallu le concours de ma volonté; mais j'ai conservé ma foi, et tandis que vous me teniez lié et la bouche fermée, je faisais dans mon cœur une protestation que recueiilaient les anges pour la porter à Dieu (1).» Sainte Vincentia eut la tête tranchée, pour avoir fait une protestation analogue, alors qu’on la plongeait de force dans des fonts ariens (2).

À la fin du x siècle, les Bogomites conféraient le baptème aux Catholiques qui entraient dans leur sécte, parce que, disaient-ils, ils n'avaient recu que celui de saint Jean-Baptiste (3). D'autres hérétiques du x siècle, disciples d'Éon de l'Étoile, qui se prétendait fils de Dieu et juge futur des vivants et des morts, rebaptisaient les enfants arrivés à l’âge de raison.

Les Vaudois, les Wiclefites, les Hussites, les Frères de Bohème et les Anabaptistes pratiquaient la rebaptisation. Une lettre de Louis de Bourbon, prince de Condé, adressée le 10 août 1564, au Maieur de Montdidier (4), défend de rebaptiser les enfants, ce qui révèle l’abus

(x) Vict. de Vite, De Persec. Vand., 1. IL.

(2) Greg. Tur., Hist. Franc. lUERMRE

(3) Euthym., Panoplia, part. II, tit. XXII, €: xvr.

(4) Dusevel, le Départ. de la Somme : Montdidiér, p. 17:

que les Huguenots avaient introduit dans cette ville, comme dans bien d’autres.

L'Église presbytérienne, dans la session qu’elle tint à Cincinnati en 1845, s’est prononcée, par cent soixante-neuf voix contre dix, pour la nullité du baptême catholique romain. Un certain nombre de ses pasteurs sont partisans de la rebaptisation des Catholiques (1). Les sectes baptistes sont assez divisées sur ce point de discipline. Le 6 juillet 1878, sept membres du consistoire de Nîmes destituèrent M. Marc Robineau, pasteur à Angers, qui avait rebaptisé des adultes, ce qui donna lieu à de nombreux débats entre les Protestants et les Baptistes.

Considérons maintenant les doctrines des Églises orientales. Les canonistes et les théologiens grecs n’admettent pas que le baptème puisse être réitéré sans sacrilège. Cela n’a point empêché que des popes fanatiques, à diverses époques et surtout après la prise de Constantinople, n'aient rebaptisé des Catholiques ; il faut avouer que des Latins en ont parfois agi de même à l'égard des Schismatiques. Nous trouvons fréquemment, chez les Russes, les mêmes contradictions entre la pratique des popes et la proclamation officielle de l’unité du baptême. Il y a même des théologiens, comme A. Stourdza (2), qui paraissent incliner à ce qu’on rebaptise ceux qui l’ont été par ablution. Il est certain qu’en 1876, les Russes, dans leurs persécutions contre les Uniates du diocèse de Chelm, ont arraché des enfants à leurs parents pour les baptiser de nouveau (3). Les Philippons, branche des Raskolnicks de Russie, rebaptisent leurs prosélytes et considèrent comme nulle l’immersion de l'Église officielle.

Un certain nombre de communions religieuses de l’Asie et de l’Afrique violent, dans certains cas, l'unité du baptême. Ainsi les Géorgiens le confèrent à ceux qui retournent à la foi après avoir apostasié.

Faut-il voir une réitération du baptême dans les ablutions annuelles que font les Abyssins et les Éthiopiens, le jour de l’Épiphanie, cérémonie que nous avons décrite précédemment (4). D'après les récits des missionnaires de la Compagnie de Jésus et de divers historiens (HÈKCÉ serait une véritable réitération du baptème; d’après d’autres voyageurs

(1) La Réformaticn, n° du 30 nov. 1845.

(2) Considérations sur la Doctrine et l'Esprit de l'Eglise orthodoxe. (3) Le Monde, n° du 3r août 1876.

(4) Voir Prolégomènes, ch. vi, art. vi, p. 112.

(>) Alvarez, Hist. Æthiop., 1. V, c. xxxv ; Tellez, Hisf. Æthiop., 1. I, c. xxxvir : Lubo Relat. hist. d'Abyssinie ; L. Reybaud, Voyage en Abyssinie, dans la Rey. des. Deus= Mondes, 2e série, t. XXVII, p. 79; Denzinger, Rit. orient., t. I, p. 45.

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