CHAPITRE II
Des effets sociaux du baptème
Un effet important du baptême, dans l’ordre social, a été l’amélioration du sortdes enfants, revêtus dès lors d'un caractère sacré; leur vie, par là même, a été respectée. Qu'il était loin d’en être ainsi dans la société paienne ! Dans presque toute la Grèce, le père avait le droit de condamner à la mort son enfant naissant ; aussitôt né, on l’étendait à ses pieds ; s'il le prenait dans ses bras, l'enfant était sauvé; sil détournait les yeux, on allait au loin Mr ou lui ôter t vie. Aristote réclame une loi qui voue à la mort tous les enfants de constitution chétive (1). Platon conseille l’avortement, et même l'infanticide, quand l’enfant ne doit pas devenir un instrument utile à la République (2). A Rome, la loi des Douze-Tables ordonne de tuer sans délai Penfant mal conformé. Ce droit de vie et de mort paraissait si naturel, que Tacite remarque avec surprise qu’il n’existe pas chez les Juifs G). Les enfants illégitimes étaient jetés dans les rues et recueillis par un intérêt cupide qui les vouait à l’esclavage. Chez les Gaulois, le nouveau-né, couché sur un bouclier, était exposé au caprice des flots qui devaient respecter sa vie, pour attester la fidélité conjugale de la mère (4). En Chine, dans la seule ville de Pékin, le nombre des enfants sacrifiés s'élève, dit-on, à dix ou douze mille par an. En Patagonie, l’existence du nouveau-né est soumise à l’appréciation du père et de la mère qui décident de son sort. Quand ils jugent à propos de s’en défaire, ils l'exposent dans les champs pour qu’il y devienne la proie des chiens sauvages et des oiseaux voraces (5).
()PPolities te VIE cr v.
(2) Republ., 1. V, édit. du Panthéon, t, I, p. a8. (3) De German., I. V, c. xix.
CHÉATTROTENMINC RC An.
(5) Guinnard, Trois ans de captivité chez les Patagons. LS Le 25
Là, au contraire, où règne le Christianisme, la vie de l'enfant devient sacrée, avant sa parturition comme après sa naissance. Ce qui a déjà vie ne doit pas être privé de la grâce du baptême; l'enfant baptisé, devenu frère de Jésus-Christ, cohéritier de sa gloire, a droit à la vie, à la liberté, au respect, au dévouement. S'il est abandonné par une mère coupable, il trouvera secours et protection dans ces pieux asiles que la Religion a érigés pour Îles malheureux orphelins. « L'enfance, dit Me Laforet {1}, périssait victime du matérialisme brutal qui dominait le monde païen; le spiritualisme chrétien la sauva. Un enfant n'était plus pour le chrétien un simple composé de chair et de sang, c'était un être doué d’une âme raisonnable, racheté au prix du sang de Jésus-Christ et destiné à voir Dieu face à face, au milieu des anges et des saints, pendant toute l'éternité. Le baptême devenait la confirmation authentique et solennelle de ces idées réparatrices, et, en conférant à l’enfant une filiation divine, il entourait son front d’une auréole qui commandait le respect, la vénération et l'amour. L'enfant est singulièrement aimé et honoré dans la société chrétienne, parce que, quelque misérable qu'il paraisse, la grâce de la régénération fait de lui le temple du Saint-Esprit, le fils adoptif de Dieu, le frère du Sauveur Jésus. »
C’est surtout pour ne point laisser les enfants abandonnés privés de la grâce du baptême, que saint Thomas de Villeneuve établit un tour à la porte de son palais; que saint Vincent de Paul fonda à Paris un hôpital qui devint le modèle de tant d'autres établissements du même genre ; que les missionnaires, dès le xvi° siècle, ont racheté dans les Indes et ailleurs un nombre si considérable d'enfants voués à la mort ou à l'esclavage. Qui ne connaît l’œuvre de la Sainte-Enfance, fondée par M# de Forbin-Janson, pour le rachat des enfants des infidèles (2) ?
M: Besson a dépeint éloquemment les effets naturels et sociaux du baptême, en montrant que c’est par lui qu'on entre dans l'élite de l'humanité. « À qui appartient, s’écrie-t-il (3), l'honneur, l'initiative des grandes entreprises, la gloire de parcourir, d’étonner et de civi-
(1) Les Dogmes catholiques, t. III, p. 382.
(2) Sur la réalité des coutumes infanticides des Chinois, niées par quelques libres penseurs, on peut consulter : Relation du P. Navarette, 1. [, ch. xx ; Gutzlaff, Journal of the voyages along the coast of China, p. 142; Torrens, Reise nach Chine; Annales de la Propagation de la Foi, n°s 69, 87; De Beauvoir, Voyage autour du monde, etc,
(3) Les Sacrements, 6° conférence.