‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 259 sur 283 · LIVRE IX. — DE LA PRÉPARATION AU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — DE LA PRÉPARATION AU BAPTÈME

On allègue encore un Capitulaire attribué à Théophile d'Alexandrie, où il est dit que les clercs et les fidèles doivent se partager ce qui est offert pour le saint Sacrifice, à l'exclusion des Catéchumènes (1); défense qui, dit-on, démontre qu'auparavant les Catéchumènes participaient à ces oblations, et par conséquent au pain bénit qu’on faisait avec elles. Mais cette interdiction ne nous semble nullement prouver un usage contraire dans les temps antérieurs, pas plus que celle qui défend aux Catéchumènes l'assistance aux divins mystères ; ce texte nous paraît, au contraire, un argument décisif contre ceux qui veulent faire participer les Catéchumènes aux saintes eulogies.

Sans avoir la prétention d'expliquer le véritable sens du canon de Carthage, nous croyons, avec plusieurs érudits (2), que le sacrement des Catéchumènes dont parle saint Augustin (3) était le sel et non point le pain bénit.

Du Capitolavium

Saint Isidore de Séville dit en parlant du dimanche des Rameaux (4h « Le peuple appelle ce jour Capitolavium (lavement de tête), parce que c’est la coutume de laver alors la tête des enfants qui doivent recevoir l’Onction, de peur que par l’observance du carême ils n’aient contracté quelques souillures. » Il s’agit ici des souillures produites par l’imposition réitérée des cendres; on voulait évidemment par là éviter de salir les fonts baptismaux. Visconti (5) suppose que ce rite était spécial à l'Espagne et à la Gaule, parce qu’il n’en serait question que dans les liturgistes de ces deux pays; mais dans l'Ordre romain du 1x° siècle, publié par Hittorp, le dimanche des Rameaux est désigné sous le nom de Capitolavium, ce qui indique un usage assez général,

(1) Quæ in sacrificii rationem offeruntur, post ea quæ in sanctorum usum consumuns tur, clerici dividant et nec Catechumenus ex iis bibat aut comedat, sed solum clerici et qui cum eis sunt fideles fratres. (Can. 8.)

(2) Albertinus, De Euchar., 1. IL, p. 650 ; Basnage, Exerc. histor., p.487; Bona, De Reb, lit.; Bingham, Orig, Christ., t. IV, 1. X, c. 1, 2 16.

(3) Quod accipiunt Catechumeni, quamvis non sit corpus Christi, sanctum est tamen et sanctius quam cibi quibus alimur. (Lib. II De peccat. mer. et remis. Cap. xxvr.)

(4) Etym., 1. VI, c. xvurr.

(2) Observ. eccles. de Bapt. ritib,

Visconti ajoute que cet usage cessa après le concile de Mayence (813): 1° parce qu'on ne voulut point agir autrement que l’Église romaine ; 2° parce qu’on craignait de favoriser l'opinion des ignorants qui confondaijent cette cérémonie avec le baptême. Nous venons de voir que ce rite n’a pas été inconnu de l'Église de Rome; d’un autre côté, il est très difficile d'admettre qu’on ait jamais pu confondre le Capitolarium avec le sacrement de la régénération. Comment n’aurait-on pas remarqué l'absence d’invocation à la Trinité et d'immersion complète, dans une cérémonie faite sans doute par des clercs inférieurs et à une date où l'on ne baptisait jamais solennellement? D'ailleurs, il est encore question du Capitolavium dans quelques Sacramentaires du xr° siècle. Il nous paraît assez probable que cette ablution de la tête, après avoir été un rite religieux, devint peu à peu une mesure privée de propreté dont on se chargeait au sein de la famille. Peut-être fut-elle remplacée par un bain complet, comme ceux qu'on prenait dans le même but, en Afrique, le jeudi saint, du temps de saint Augustin (1).

ARTICLE X

Du secret des mystères

A l'exemple du Sauveur qui défendait « de donner aux chiens ce qui est saint et de jeter des perles aux pourceaux (2), » du Sauveur qui lui-même se soumettait souvent à cette loi en cachant la vérité sous le voile des paraboles, les apôtres ont gardé une certaine réserve dans leur manière d'annoncer l'Évangile. Mais c’est surtout à partir du ur siècle et durant le règne le plus florissant du Catéchuménat, que les écrivains ecclésiastiques firent preuve d’une grande discrétion dogmatique, soit dans les écrits qui pouvaient tomber entre les mains des infidèles, soit dans les instructions orales auxquelles pouvaient assister les Catéchumènes et même les Paiens. On ne voulait point leur découvrir la Trinité, l'Incarnation et l’Eucharistie, parce que ces mystères, annoncés sans préparation, auraient été trop incompréhensibles

(1) Epist. LIV.

(2) Matth. vur, 6.

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