LIVRE IX, — DE LA PRÉPARATION AU BAPTÈME
pour eux,et qu'il valait mieux les initier peu à peu après les épreuves du baptême. Cette divulgation trop précipitée aurait paru une véritable profanation. On pouvait craindre que la simplicité des rites, comparés à ceux des infidèles, ne fût un objet d'étonnement et même de scandale de la part des Païens, préoccupés surtout des choses extérieures et incapables de mesurer la profondeur de nos dogmes. Les honneurs du silence, selon l'expression de saint Augustin (1), conciliaient aux mystères, de la part des initiés, un respect plus intime, et, en inspirant aux Catéchumènes une sainte curiosité, les excitait à se mettre en mesure, par leur conduite régulière, de participer à ces augustes secrets.
Cette loi tutélaire nous explique l'absence de traités sur les sacrements pendant les trois premiers siècles, l'absence du Symbole dans les Catéchèses des Pères, et les réticences indiquées dans leurs homélies. Saint Justin, dans l’Apologie qu’il présenta à l’empereur Antonin, se montre bien plus explicite sur la Trinité, l’'Eucharistie et les autres sacrements que les écrivains des deux siècles suivants; mais ce fut là une exception suffisamment autorisée par la nécessité de repousser les atroces calomnies que les Païens répandaient sur les mystères de la foi chrétienne. Tertullien, dans sa seconde Apologie, réfute ces mêmes accusations avec plus de circonspection.
« Quels sont ceux, s’écrie-t-il, qui ont fait connaître au monde ces prétendus crimes ? Serait-ce ceux qu’on en accuse ? Mais comment cela pourrait-il être, puisque c’est la loi commune de tous les mystères de les tenir secrets ? S'ils ne les ont pas découverts eux-mêmes, il faut que ce soit des étrangers. Mais comment des étrangers en auraient-ils eu connaissance, puisque l’on éloigne les profanes de la vue des mystères les plus saints, et que l’on fait choix de ceux que l’on en rend spectateurs ? »
Au quatrième siècle, saint Épiphane (2) reproche aux Marcionites de l'Ile de Chypre « d’avoir la témérité de célébrer les mystères devant les Catéchumènes, » « Les Apôtres et les Pères qui ont prescrit certains rites à l’Église, dit saint Basile (3), ont su conserver aux mystères leur dignité par le secret et le silence dont ils les ontenveloppés. » Dans la préface de ses Catéchèses, saint Cyrille a soin de dire à ses lecteurs: « Donnez à lire ces Catéchèses à ceux qui vont recevoir le baptême et à ceux qui l’ont reçu ; mais quant aux Catéchumènes et à ceux qui ne
(x) Serm. I, inter x a Sirmond. edit. t. X; Æomil. XCVI et CXIX in Johan. (2) Hær. XLIT.
(3) De Spir. Sanct., c. xxvir, n. 66.
sont pas chrétiens, gardez-vous de les leur communiquer, Car vous rendriez compte à Dieu de cette indiscrétion. » Les sacrements des fidèles, dit saint Augustin(r), ne sont point livrés aux Catéchumènes. » Au ve siècle, saint Gaudence, évêque de Brescia, prêchant, la nuit de Pâques, devant les Néophytes, leur disait, au retour des fonts baptismaux (2) : « Dans la leçon que vous venez d'entendre, je n’aborderai que les endroits qui ne peuvent s'expliquer en présence des Catéchumènes, mais qu’il est nécessaire de découvrir aux Néophytes. »
Dans les Catéchèses adressées aux Catéchumènes des deux premiers degrés, il n'était point question du Symbole, parce que sa connaissance complète constituait l'initiation chrétienne. On se bornait à en expliquer les principales vérités, sans en révéler les formules, réservées pour les réunions des scrutins ; on craignait tellement que cette sublime profession de foi ne tombât entre les mains des infidèles, que Sozomêne n'osa point publier dans son Histoire ecclésiastique le Symbole de Nicée, afin de rester fidèle à la loi de l’Arcane (3).
On dérobait également aux simples Catéchumènes la connaissance de l’Oraison dominicale, parce que les fidèles seuls, dit saint Chrysostome (4), ont le droit d'appeler Dieu leur père; c’est pour cette raison qu’il était interdit aux fidèles d'admettre les Catéchumènes aux prières qu'ils faisaient dans l’intérieur de leur maison (5).
C'était surtout l’Eucharistie qu’on cachait, même aux Élus; c’est pour cela que nous trouvons tant de réserve et de précautions sur ce point dans les instructions qui leur étaient adressées et dans les homélies qu’ils avaient droit d'entendre. La perfection de l’art oratoire consistait à parler de telle façon que les fidèles comprissent à demi-mot, et que les Catéchumènes ne pénétrassent nullement les ;arcanes du Symbole.
Les aspirants au baptême n’assistaient ni aux ordinations, ni aux mariages. Parfois même, l’entrée du baptistère leur était interdite (6).
C’est également par respect pour le secret des mystères que les artistes des Catacombes se renfermèrent si longtemps dans une pru-
(1) Tract, XCVI in Johan.
{2) Serm. ad Neoph.
(CBI ES
(4) Hom. XIX in Matth.
(5) Const. apost., 1. VIIL, c. xxxiv; Pitra, Jur. eccl, græc. hist., t. 1, p. 7o.
(6) Dionys. Areop., De Hier. eccl., part. I, c. 1; Concil. Eliber., can. xxxvir ; Concil. Arausic., I, can. xrx; Concil. Laodic., c. excrv,