LIVRE IX. —— DE LA PRÉPARATION AU BAPTÊME
Parmi les anciens missionnaires, il y en avait qui se pressaienttrop de baptiser de prétendus convertis, lesquels retournaient bientôt à l’idolâtrie; témoin ce roi de Ganghella, qui, le lendemain de son baptême, d’après le récit du Père Labat (1), continuait de manger de la chair humaine et déclarait qu'il ne reconnaissait pour toute loi que sa propre volonté. C’est pour empêcher ces précipitations regrettables que la Congrégation du Saint-Office, dans maintes circonstances, a insisté sur la nécessité d'expliquer aux sauvages les principaux mystères de la foi, avant de les baptiser, et de leur intimer, sans aucun déguisement, tous les préceptes de la loi divine.
Aujourd’hui, dans beaucoup de pays de missions, il y a des maisons de catéchuménat, ordinairement unies aux hôpitaux; il en est ainsi dans le vicariat apostolique de Maduré, où l’on compte sept hôpitauxcatéchuménats. « Dans chaque district de la mission du royaume de Siam, dit Ms Pallegoix (2), il y a un catéchuménat, c’est-à-dire une grande salle d'asile où les Catéchumènes viennent séjourner deux ou trois mois pour apprendre la doctrine chrétienne. Là ils sont à proximité de l’église ou de la chapelle. Un catéchiste leur apprend les prières, leur fait des instructions et les prépare au baptème. Les Catéchumènes y emploient tout le temps qu'ils ont de libre à chanter leurs prières, à lire et à écrire ou à converser entre eux sur des matières de religion. Quant aux personnes du sexe, on les place dans un couvent de religieuses où elles sont disposées au baptême par des exercices analogues. »
En Russie, quand on s’est assuré de la sincère conversion d’un Juif ou d’un Mahométan, on l'invite à se présenter à la porte de l’église pour professer la foi orthodoxe et s'engager à garder les lois du Décalogue. Alors le candidat reçoit un nom chrétien, et les quarante jours suivants sont consacrés à son instruction religieuse. Il se présente de nouveau aux portes de l’église pour renoncer d'une manière spéciale aux erreurs qu'il professait. Le lendemain de cette abjuration, il fait une profession de foi très explicite et affirme sous serment que c’est la conviction seule et non pas des motifs intéressés qui lui font demander le baptème. Quelques jours après, le Catéchumène se tient sur le seuil du temple, sans autre vêtement qu'une longue chemise, sans ceinture, la tête et les pieds nus; après l’exorcisme, le renoncement au démon et
(1) Relat. de l'Ethiopie occid., t. IV, p. 399. (2) Descript. du royaume de Siam, t. II, p. 300.
la consécration au Christ, il est admis dans le temple-où ont lieu les cérémonies du baptême (r). |
Dans les provinces reculées, et surtout dans les possessions aslatiques, les popes improvisent souvent des chrétiens sans les instruire sérieusement, en sorte que ces prétendus convertis qui ont sollicité le baptème pour recevoir une pelisse et une chemise, n’en restent pas moins adonnés aux pratiques idolâtres. Voici ce que nous dit à ce sujet le P. Theiner (2): « Le célèbre théophone Procopovitch, archevêque de Resan, raconte qu’il a connu un Juif baptisé, ne sachant de la doctrine chrétienne que cette parole : Catéchumène, qui lui avait été enseignée par le missionnaire. Le célèbre P. Rosaven, de la Compagnie de Jésus, connut également, pendant le séjour prolongé qu'il fit en Russie, un Turc baptisé à qui le pope avait oublié d'apprendre qu'il ne devait pas honorer Mahomet à légal de Jésus-Christ. Le procureur suprême du saint-synode se voit lui-même contraint de faire un semblable aveu. Dans la relation de 1837, il dit, en effet, que les dissensions survenues entre les nouveaux Chrétiens, des Zégoutsks, démontrent clairement leur peu d'instruction dans la foi. Il ordonne en conséquence de ne pas se hâter de conférer le baptême aux Catéchumènes. »
Dans la Confession d'Augsbourg, il y a de longues préparations pour admettre un Juif au baptème; un pasteur ne peut y procéder sans l’autorisation du Consistoire.
Les Catéchumènes adultes de l'Église anglicane sont soumis à la prière, au jeûne et à de nombreux exercices : c’est là une très ancienne tradition ; car Henri III établit à Londres, en 1234, des maisons gratuites de catéchuménat pour les Juifs.
Les Calvinistes ont une sorte de catéchuménat pour la première communion. « En général, dans les Églises protestantes, dit M. Ch. Coquerel (3), tout jeune homme ou toute jeune personne de l’âge adulte, recevant l’instruction pastorale nécessaire pour communier avec fruit et discernement, s'appelle #7 ou une Catéchumène. La réception des Catëéchumènes qui se fait publiquement dans l’église, le dimanche qui précède la communion, est une solennité où le pasteur, avant de $e séparer des jeunes gens qu’il a instruits, leur trace une dernière fois leurs devoirs comme hommes et comme citoyens. »
(1) Boissard, l'Église de Russie, t. 1, p. 325. (2) L'Eglise schismatique russe, ch. xn, 8 3. (3) Dictionn. de conversation, art. Catéchumènes.
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