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LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME

de son temps; il a seulement en vue les enfants et les adultes en danger de mort, que, dans tous les siècles, on a baptisés hors des temps liturgiques. Les papes et les conciles, quand ils ont insisté sur la nécessité de maintenir la discipline du baptême général, n’ont jamais manqué d'admettre ces cas exceptionnels, et de nombreux exemples nous montrent que, n'importe à quel jour, on conférait le baptème, non seulement dans les cas de graves maladies, mais aussi dans les temps de siège, de contagions, de tremblement de terre et dans les périls de naufrage (1).

On comprend que les missionnaires des premiers siècles et du moyen âge ne pouvaient point s’astreindre à attendre les époques liturgiques pour baptiser ceux qu’ils convertissaient. C'était souvent là pour eux une impérieuse nécessité que l’Église n’a jamais entravée. Aussi le pape Nicolas [°', dans sa réponse à la consultation des Bulgares, permit-il aux prêtres de baptiser en tout temps les nouveaux convertis.

Laissons ces exceptions de côté et occupons-nous : 1° des jours officiels de l’administration du baptême ; 2° des heures où il est conféré.

ARTICLE I

Des jours officiels de L’administration du baptême

Un médecin anglais s’est imaginé qu’on a choisi Pâques et la Pentecôte pour l’immersion baptismale, parce que la saison est alors plus favorable aux bains froids (2). S'il avait consulté les auteurs ecclésiastiques, il aurait vu que la fête de Pâques a été choisie parce que l'efficacité du baptême puise sa vertu dans la mort et la résurrection du Sauveur ; parce que rien n'était plus convenable que d'allier la résurrection des âmes au souvenir de la résurrection du Christ; parce que la triple ablution du baptisé figurait les trois jours de la sépulture divine, suivis du jour triomphal par excellence; parce que la Päque

(1) Concil. Neoces., c. vr; August. Enchir., c. xvu: Greg. Nyss., De Bapt.; Leo I, Epist, XVI; Gelas., Epist. IX.

(2) Bergier, Dict. de théol., v° Baptême.

chrétienne rappelait la délivrance de la servitude égyptienne. Comme la longueur des offices absorbait toute la journée de Pâques, on fixa le baptême solennel à la veille, à un samedi, ancien jour du sabbat, parce que le sacrement d'initiation fait conquérir des droits au repos éternel des Bienheureux (1). Quant à la veille de la Pentecôte qui rappelle l’abrogation du Judaïsme et le passage à la loi de la grâce, elle a été choisie à cause du baptême de feu qui descendit sur la tête des apôtres.

Les souverains Pontifes, et particulièrement saint Sirice, saint Léon, saint Gélase 1° et saint Grégoire II, se sont fait un devoir de combattre les abus qui, parfois, faisaient transférer à d'autres époques la solennité baptismale. De nombreux conciles, pour réprimer les violations locales, ont rappelé et maintenu l’ancienne discipline de l’Église (2).

D’après certains chroniqueurs, le Ciel lui-même aurait sanctionné ce choix du jour de Pâques, puisque certains baptistères, comme à Oser, près de Séville, et à Meltines, en Campanie, se remplissaient miraculeusement d’eau le samedi saint (3). D’après d’autres légendes, l’eau qui arrivait ainsi d’elle-même dans le baptistère d'Embrun ne s’en retirait, d'une façon aussi merveilleuse, que huit jours après. À Cédébrat, en Lycie, l’eau miraculeuse séjournait dans le bassin jusqu’à la Pentecôte (4); quelques écrivains (5) en ont conclu qu’on ne baptisait pas seulement aux veilles de Pâques et de la Pentecôte, mais dans tout l’espace de temps qui sépare ces deux fêtes. Visconti (6), généralement suivi sur ce point, a vivement contredit cette opinion qui, selon lui, ne reposerait sur aucun témoignage sérieux. Laissons de côté, nous y consentons volontiers, les légendes rapportées par Cassiodore et Moschus, mais voici une parole bien formelle de Tertullien : « Le jour solennel du baptême est la Pâque et ensuite tout l’intervalle jusqu’à la Pentecôte; toutefois on peut le donner fen tout temps et à toute heure (7). » Il faut tout au moins en conclure qu’en Afrique, au

: (1) Wal. Strab., De reb. eccl., c. xxvr; S. Leo, Epist. CCCXXXIV; Sicard, Mitral., VITESSE

(2) Conciles d’Autun (578), de Mâcon (585), de Mayence (813), de Paris (820), de Meaux (843), de Worms (868), de Tribur (895), de Rouen (1072), etc.

(3) Epist. Pascasini ad S. Leon., inter oper. S. Leon., Epist. LXIII ; Cassiod., Var, 1. VIL, Epist. XX XIII ; Greg. Tur., De glor. confess., c. Lxix.

(4) 3. Moschus, Prat. spir., c, cexiv et cexv.

(5) L. Vivès, No, in cap. VIII libri XXII Augustini, De civit. Dei.

(6) Observ. de ritib. bapt., 1. I, c. xxv.

(7) De Baptismo, c. xx.

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