LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME
im siècle, le temps baptismal se prolongeait pendant cinquante jours. Le pape Victor dit que la fête de Pâques dure huit jours et que c’est pendant cette époque que se célèbre le baptême catholique (:). Le cinquième concile de Constantinople parle des jours de Pâques pendant lesquels on baptise (2). Beaucoup de conciles, il est vrai, précisent les Vigiles de Pâques et de la Pentecôte, mais il en est qui se servent de ces expressions plus générales : Päques, la fête de Pâques, les jours de Pâques, le temps pascal. Nous croyons pouvoir en conclure que si, habituellement, le baptême solennel se conférait les veilles de Pâques et de la Pentecôte, il arrivait, surtout quand l’affluenee des candidats était trop considérable, qu’on remettait le baptême d’un certain nombre d’entre eux à la semaine suivante. Ces prorogations justifiées par des causes de diverses natures (3) ont été parfois motivées par des abus : ainsi en Syrie, on remettait quelquefois le baptème des adultes au lundi de Pâques ou de la Pentecôte, afin que les Néophytes pussent prendre part à des repas de réjouissance avec leurs parents et amis, ce qui n’aurait pu se faire aux Vigiles de ces fêtes, en raison du jeûne et de l’abstinence qui les sanctifient (4).
On a eu tort d’invoquer l’exemple de saint Pierre pour démontrer que l’usage de baptiser à la Pentecôte remonte aux temps apostoliques ; car le récit des Actes montre bien que c’est fortuitement et en raison des conversions opérées par sa parole que saint Pierre baptisa plusieurs milliers d'hommes au jour de la Pentecôte. Il n’est pas impossible que ce souvenir ait eu quelque influence sur le choix de cette fête pour l’administration du baptême. Sous ce rapport, la Pentecôte n’a jamais été aussi solennelle que la veille de Pâques, précédée de ses scrutins publics. On comprend qu’il devait y avoir à cette dernière fête un bien plus grand nombre d’enfants, puisque dix ou onze mois s’écoulent entre la Pentecôte et Pâques, tandis que la fête de la Résurrection n’est séparée de celle du Saint-Esprit que par un espace de cinquante jours. A Constantinople et en Thessalie, beaucoup d’esprits étaient pénétrés de ce
(1) A quarta decima vero luna primi mensis usque ad vigesimum primum ejusdem mensis diem eadem celebratur festivitas; eodem vero baptismus est celebrandus catholicus, (Epist. ad. Theoph. Alexandrinum.) À
(2) Nondum perfectis diebus quibus baptizabatur. ar ve | MS
(3) On lit cette question dans les demandes faites à Timothée d Alexandrie, qui assista au premier Concile de Constantinople : « Si mulier catechumena dedit nomen suum ut illuminaretur, et die baptismatis illi accidit quod solét mulieribus, debetne eo die baptisari ? — Debet differri donec purgata fuerit. »
(4) Moléon, Questions sur la liturgie de l'Église d'Orient, ch, xur.
préjugé que la rénovation spirituelle devait nécessairement coincider avec la résurrection du Sauveur (1). Il faut considérer comme tout à fait exceptionnelle la conduite de Jean, évêque de Jérusalem qui, d'après le témoignage de saint Jérôme (2), ne baptisait qu’à la Pentecôte et défendait à ses prêtres de conférer ce sacrement la veille de Pâques.
Il est à remarquer que les conciles d'Auxerre (578) et de Mâcon (585) interdisaient les prêtres qui, hors les cas de nécessité, baptiseraient solennellement un autre jour que la veille de Pâques. Il faut, croyonsnous, en conclure que, dans certains diocèses, la solennité baptismale de la Pentecôte était tombée en désuétude.
Celle de Pâques entra en décadence au xi* siècle, alors que, chez les Latins comme chez les Grecs, on commença à baptiser Les enfants quelques jours après leur naissance. Cette réforme n’eut pas lieu partout à la même époque. Théophilacte, qui écrivait vers l’an 1100, dit que de son temps on ne pratiquait plus guère l'antique usage de ne baptiser qu’à Pâques et à la Pentecôte, à cause du péril auquel ce retard exposait les enfants (3). Au xrm° siècle, l’antique discipline avait encore des partisans dans quelques diocèses de France et en Angleterre (4). Bientôt il n’y en eut plus que des vestiges, qui subsistent encore aujourd’hui.
Le concile de Rouen (1072) décréta qu’on devait continuer à baptiser les adultes aux veilles de Pâques et de la Pentecôte, prescription renouvelée par beaucoup de Rituels, et encore observée de nos jours, surtout à Rome où le Cardinal-Vicaire, substitué au Pape pour cette fonction, confère ordinairement le baptème à quelques Juifs, le samedi saint, dans le baptistère de Constantin.
C’est aussi pour perpétuer le souvenir de l’antique discipline, que de nombreux Rituels, anciens et modernes, conformes sur ce point au Cérémonial des Evêques, recommandent de réserver pour le baptême des veilles de Pâques et de la Pentecôte les enfants qui seraient nés dans la huitaine précédente. Les Coptes vont bien plus loin dans l’imitation des anciens rites ; sauf les cas de nécessité, ils ne baptisent point durant tout le carême, ni pendant les quarante jours qui précèdent la Pentecôte.
(1) Chrysost., Hom. I in Act. Apost.; Gregor. Naz., Orat. XL; Niceph. Callixt., Hist. eccl.,l. XII, c. xxxiv.
(2) Epist. VI ad Pammach., c. xvi.
(CNET RCE
(4) Conciles de Londres (1237), de Worchester (1240), etc,