LIVRE X: — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME
Le docteur Launoy avait prétendu qu’en Occident comme en Orient, l'Épiphanie, Noël et quelques autres fêtes avaient été des époques régulières du baptême solennel. Rainier de Pise{r) et Jean Nicolaïi(2 2) ont entrepris de le réfuter, en démontrant qu’en Orient comme en Occident, les veilles de BE et de la Pentecôte ont toujours été les seules époques officielles du baptême, et que tous les faits qu'on pourrait objecter sont des exceptions motivées par la nécessité de circonstances personnelles, ou bien par des abus que l’ Église romaine s’est toujours empressée de réprimer. Nous croyons que chacune de ces thèses contradictoires est empreinte d’exagération ; nous allons donc tâcher de rétablir la vérité en examinant ce qui concerne l'Orient et quelques contrées de l'Occident. On en conclura sans doute, gvec nous, que vers le iv® siècle, l'usage s’établit en Orient de baptiser parfois à l'Épiphanie et que cette coutume a été tolérée par l’Église de Rome ; qu’en Occident, ce ne sont pas seulement des circonstances tone qui ont motivé des baptèmes conférés à des époques différentes de Pâques et de la Pentecôte, mais qu’il y a eu à cet égard des coutumes locales, plus ou moins enracinées, que les papes et les conciles ne sont pas toujours parvenus à détruire. Commençons notre examen par l'Orient.
ÉGLISE GRECQUE. — Pendant les trois premiers siècles, les Grecs célébraient tout à la fois, par leur fête de la Théophanie, la naissance du Sauveur, son baptême et l’adoration des Mages. Ce ne fut qu’au iv* siècle qu’on adjoignit parfois cette fête à Paques et à la Pentecôte pour la célébration baptismale. « C’est aujourd’ hui, dit saint Grégoire de Nazianze, dans un discours prononcé le jour de É Théophanie (3), c’est aujourd’hui que le Christ a été baptisé; descendons dans les eaux avec lui, et avec lui remontons-en. » Saint Jean Chrysostome (4) et saint Grégoire de N ysse (5) nous parlent de la bénédiction solennelle des eaux qu’on faisait le jour de l’Épiphanie, usage qui s’est conservé jusqu’à nos jours dans un certain nombre d’églises (6). Paul Diacre nous dit (7) que, du temps de Justinien, le roi des Hérules fut baptisé à
(1) Pantheologia, v° Baptismus.
(2) De Baptismi antiquo usu.
(3) Orat. XXXIX.
(4) Homil. de Bapt. Christi.
(5) Orat. in diem lum.
(6) Bened. XIV, De Canon. sanct., part. Il, 1. IV, c. xix, n. 22 et 59. (7) Lib. XVI, ad ann. 520.
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Constantinople, le} jour de l'Épiphanie. Moschus raconte (1) que le baptistère de Soruba, près de Cenopoli (Morée), se remplissait miraculeusement d’eau pendant trois SE ce même jour de l’ Épiphanie. Que ce fait soit vrai ou faux, il n’en est pas moins basé sur l'existence d’un usage liturgique : nous devons dire toutefois que cette coutume n’a pas ne être aussi générale que le suppose Rupert (2), car il n’en est pas question dans l’Eucologe des Grecs.
Syrie. — Vers l'an 4or, Sévérien, évêque de Gabales en Syrie et ami de saint Jean Chrysostome, écrivit un traité, aujourd’hui perdu, intitulé : Du baptême et de la solennité de l'Épiphanie, ce qui nous prouve que, dès cette époque, on baptisait ce jour-là. Valois nous dit avoir vu un Rituel du monastère de Saint-Sabas qui prescrivait de baptiser les enfants, au jour de la Théophanie, dans l’église de Jérusalem (3). Sozomène nous apprend (4) qu’à Jérusalem, pour donner plus de pompe à l’anniversaire de la dédicace de l’Anastasis, église bâtie sur le Calvaire par Constantin, on conférait solennellement le baptême ce jour-là, c’est-à-dire le 13 septembre.
Les Nestoriens ne baptisent, hors les cas de nécessité, qu’à certains jours solennels, comme l’Épiphanie, la Saint-Georges, l’Exaltation de
la Sainte-Croix, etc. (5).
ARMÉNIE. — Les Arméniens réservent pour les jours de Noël ou de l'Épiphanie les enfants qui sont nés dans le cours des deux mois précédents. On les baptise très solennellement dans une rivière ou dans un étang au-dessus duquel on construit pour la circonstance une espèce d’échafaud (6).
AFRIQUE. — Victor de Vite nous dit que saint Eugène, évêque de Carthage, guérit un aveugle, en baptisant au jour de l’Épiphanie (>). On ne pourrait trop rien conclure en raison de ce fait isolé, parce qu'il a pu être motivé par l’approche d’une persécution. Mais on doit supposer que c'était là un usage toléré, puisque nous le voyons encore
1) Prat. Spir., ©. cexiv.
2) De victor. Verbi, 1. XII.
3) Not. in Theod., 1. IL, c. xxvnt
A)ALD ML EC. Er
5) Assémani, Cod. liturg., t. 1, c. v, p. 21.
) rFéutnefort, Voyage du Lesant, t. Il; Tavernier, Voyage en Perse, 1. V, ch. xr (7) De Persecut. Vandal., 1, II. (