‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 268 sur 283 · LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME

subsister au xirr° siècle. Certains hérétiques de ce temps prétendaient que ce jour-là seulement l’Esprit-Saint se communiquait aux âmes; pour détruire cette erreur, on interdit de baptiser à cette époque (1).

Les Jacobites Coptes conféraient autrefois le baptême solennel le

jour du vendredi saint (2). Plus tard ils placèrent cette cérémonie au jeudi saint (3).

ANGLETERRE. — Saint Augustin, l’apôtre de l’Angleterre, baptisa plus de dix mille personnes à la fête de Noël. Mais c’est là le fait d’un missionnaire qui doit saisir le moment opportun pour initier au Christianisme les populations qu’il vient de convertir. Tous les conciles d'Angleterre ne parlent que de Pâques et de la Pentecôte, à l'exception toutefois d’un synode présidé, dit-on, en 463, par saint Patrice, où l'Épiphanie est mise sur le même rang baptismal que ces deux fêtes (4).

ALLEMAGNE. — Les Annales de Fulde nous disent que Louis, duc de Bohême, fut baptisé dans l’octave de lÉpiphanie. Mais c’est là sans doute un de ces faits de conversion qui motivaient une dérogation à l’usage habituel. Ce qu’on peut affirmer à ce sujet, c’est qu'il y a eu des abus en Allemagne, comme ailleurs, puisque les conciles de Mayence (813), de Worms (868) et de Tribur (805) défendent de baptiser au jour de l'Épiphanie. Martin Gerbert (5) cite même un antique Ordo de l'abbaye de Saint-Gall où cette fête est rangée parmi les solennités baptismales.

FRANCE. — Un certain nombre d'écrivains (6) ont cru qu’en France, pendant les six premièrs siècles, l’usage fut de baptiser au jour de Noël, pour que la naissance spirituelle des néophytes coïncidât avec la nais-

(1) Hug, in Luc. IIT; Büsching, De Procrastinatione baptismi ap. veteres, p. GE

(2) J. M. Vanslet, Hist. de l'Église d'Alexandrie, p. 231.

(3) D’après une croyance superstitieuse que mentionne le Concile de Londres (1237), le vendredi saint et le samedi saint étaient considérés tout au contraire par le populaire anglais comme des jours dangereux pour la vie de l’enfant qu’on aurait baptisé. Ce préjugé existait encore à Paris au xvint siècle. Exposit. de la Doctrine chrét. Utrecht, 1744, eV, p, 200,

(4) Lib. VIII, Epist. XXX ad Eulog.

(5) Vet. lit, allem., part. IL, disq. 5.

(6) Launoy, Honoré de Sainte-Marie, D, Martène, J, B. Thiers, M8 Martigny, etc.

sance du Sauveur. On ne saurait, pour défendre cette opinion, alléguer d'autre fait que celui de Clovis.

On a longuement discuté sur l’époque où fut baptisé le Roi des Francs, en raison des témoignages contradictoires qui nous sont parvenus sur cet événement. Frédégaire, Hincmar et Flodoard nous disent que ce fut à Pâques; saint Avit, évêque de Vienne, dans la lettre de félicitation qu’il adressa au roi des Francs, s’exprime en ces termes: « Ce n’est pas sans raison que l'éclat de votre conversion a commencé à luire au jour de la naissance de notre Rédempteur. Vous deviez être régénéré par le baptême, le jour même où le Seigneur du Ciel est né pour la Rédemption du monde. Le beau jour de la naissance du Seigneur est aussi le jour de votre naissance spirituelle; vous y êtes né pour Jésus-Christ, comme Jésus-Christ y est né pour le monde (1). » On serait tenté tout d’abord d’accorder la préférence aux témoignages des historiens locaux qui, quoique n'étant pas contemporains, devaient être instruits par la tradition locale de tous les détails d’un fait si important. Mais comme il est démontré que Clovis n’est arrivé à Reims que dans le cours de décembre de l’an 496 et que, le 2 janvier suivant, il a signé dans cette même ville un diplôme en faveur des moines de Roemans, qu’il date de la première année de son baptême (2), il devient évident que la cérémonie eut lieu à Noël. Ajoutons que saint Remi, dans une lettre écrite quelques jours après ce baptême, loue Clovis d’avoir en cette occasion bravé les rigueurs de l’hiver, et que le pape Anastase II félicita plus tard le Roi des Francs d’être entré dans le sein de l'Église en même temps qu’il prenait lui-même possession du Pontificat : or il est certain que ce pontife fut couronné peu de jours avant la Nativité.

De ce fait, on a voulu conclure que c'était l'usage des Gaules de baptiser à Noël; les évêques réunis à Reims, a-t-on dit (3), n’auraient pas violé ainsi une loi ecclésiastique, et Dieu n’aurait pas autorisé une telle infraction par le miracle de la sainte Ampoule. On n’a point assez remarqué que cette discipline a toujours subi des exceptions. N’était-il pas bien naturel d’en faire une pour une conversion qui assurait à l'Eglise une si précieuse conquête. En différant plus

(1) Epist. ad Clodov., n. 14.

(2) Primo nostræ susceptæ chrismatis atque subjectionis Gallorum anno. Datum sub

die 1v Calendas januarii actum Remis civitate, anno Magni Clodovei xvr. (Le Cointe Annal. Franc., ad. ann. 406.) Ë

(3) Honoré de Sainte-Marie, Animady. in regul. et usum critic., t. LIL, p. 58.

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