‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 269 sur 283 · LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME

longtemps, ne se serait-on pas exposé à ce que les Ariens, qui dominaient alors, n’entraînassent dans leur secte le royal converti ?

D’autres écrivains (1) ont supposé que l’exemple de Clovis avait déterminé l’Église des Gaules à choisir la fête de Noël pour l’époque officielle du baptême. Nous ne voyons aucun texte, aucun fait qui confirme cette supposition. Grégoire de Tours nous dit bien (2) que Gontran se plaignit d’avoir été invité successivement pour Noël, pour Pâques et pour la Saint-Jean à être le parrain de son neveu, fils de Chilpéric, et que chaque fois on ait négligé d'apporter l'enfant; mais c'est encore là un baptême exceptionnel, retardé par des empêchements que nous ne connaissons pas, et pour la célébration duquel on cherchait à concilier la convenance de Chilpéric et l’occurrence d’une grande fête. De tout temps, l'Église a montré de la condescendance envers les désirs des rois, quand il ne s’agissait que de déroger à de simples mesures de discipline.

On cite encore en faveur du temps de Noël le miracle du baptistère d'Embrun qui, selon Grégoire de Tours (3), se remplissait alors de luimême; mais Adon de Vienne, moins éloigné de cette localité, place ce miracle à la veille de Pâques (4). Supposons l'exactitude du fait en luimême et de la première date, ce ne serait.après tout qu’un usage local, et nous sommes loin de nier qu’en divers temps il n’y ait eu des abus sur une détermination d'époque que tous ne considéraient point comme d’une importance capitale. M. le chanoine Dinet nous dit (5) que les plus anciens manuscrits de la Liturgie éduenne attestent qu'en Bourgogne on baptisait à l’Épiphanie, aussi bien qu’à Pâques et à la Pentecôte. Ces trois fêtes baptismales sont indiquées dans le Sacramentaire de Gellone. Le Concile d'Auxerre (578), ceux de Meaux (845) et de Rouen (r072), en défendant de conférer le baptême solennel la veille ou le jour de l'Épiphanie, révèlent évidemment des abus locaux. Le deuxième Concile de Mâcon (585) ne laisse aucun doute à ce sujet, puisqu'il constate qu’en certains endroits on baptisait, sans nécessité, aux fêtes des Martyrs et presque tous les jours de l'année, en sorte que, la veille de Pâques, on ne présentait plus aux fonts baptismaux que deux ou trois enfants.

(x) Pagi, Crit. Baronii, ann. GCGCxCIx; De Resie, Hist. de l'Église d'Auvergne, t. Il, p- 455.

(2) Greg. Tur., Hist. Franc., JAVA TX

(3) Id., De Glor. mart., c. LxIx.

(4) Martyr., xu Cal. Maii. ï

(5) S. Symphorien et son culte. Cf. Devoucoux, Origines de l'Église éduenne.

Espacxe. — Quelques exemplaires manuscrits du concile de Girone (517) portent que « le baptême solennel ne s’administrera qu à Pâques et à Noël. » Dans les autres, le mot Pentecôte est substitué à celui de Noël. Walafrid Strabon nous dit qu’en Espagne on baptisait à cette dernière fête (1); on le fit aussi parfois aux fêtes des Apôtres et des Martyrs, puisque le pape Sirice se trouva obligé de réprouver énergiquement cette contravention aux règles de l'Éclise (2).

IraztE. — Dans un certain nombre de Missels romains, l’oraison Hanc igitur du jour de l’Épiphanie fait mention de ceux qui ont été baptisés ce jour-là. Ce passage fut retranché depuis comme ayant été ajouté par erreur d’après les Missels des églises où l’usage s'était introduit de baptiser à cette époque (3). Il en fut'ainsi quelque temps en Sicile, non seulement à cette date, mais même aux simples fêtes des Apôtres et des Martyrs. Saint Léon écrivait en 447 aux évêques de la Campanie, du Samnium et de la Marche (4): « Je suis ému d’une juste colère et je ressens une vive douleur, en apprenant que quelquesuns d’entre vous ont violé la discipline ecclésiastique et oublié la tradition des Apôtres, et qu’attachés à à leurs sentiments erronés, ils osent conférer le baptême à un autre jour qu'à celui de Pâques. Ce n’est point la nécessité, mais le mauvais vouloir qui les détermine à célébrer témérairement 1 mystères du baptême au jour de la naissance spirituelle des martyrs. Sachez bien que ce n’est point sans danger pour votre salut que vous pratiquez un pareil abus; aussi vous ordonnons-nous d'y renoncer et de n’accorder désormais le saint baptême qu'à la fête de la Résurrection. » Saint Léon, dans la suite de sa lettre, accuse les évêques siciliens d'agir ainsi par l’amour d’un gain sordide, ce qui peut nous faire supposer que ceux qui voulaient être régénérés hors des temps liturgiques achetaient cette dispense.

En 1314, le concile de Ravenne recommande à tous les pasteurs d'enseigner aux fidèles la manière de baptiser en cas de nécessité et de leur adresser des instructions à ce sujet, les veilles de Pâques, de la Pentecôte et dans l’octave de l’Épiphanie (5). Le docteur Launoy en a conclu très à tort qu'on baptisait également, ces trois jours-là, à

(1) De divin. offic., c. xxvr.

(2) Epist. ad Him. Tarr., c. x.

(3) Cavalieri, Comment. in Decret, S. C. R., t. IV, c. xxx11; Tetamo, Diarium liturg., EADSP- 42:

U) Epist. CLX VIII, ap. Patr. lat., t. LIV, col. mccx,

(5) Concil. gener., t. VII, p. 943.

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