LIVRE X. — DE L'ÉPOQUE DU BAPTÈME
Catéchumènes; qu'ils assistaient aux offices, mais remettaient la réception du sacrement initiateur à la fin de leur vie, pour être certains d'arriver sans aucune souillure aux portes de l’Éternité. Les Chrétiens malabares s’accoutumèrent aussi à ce retard calculé (1). D'après ce que nous a raconté un ancien missionnaire, on retrouve dans la bouche des Océaniens et des Boskolniks de Russie les mêmes arguments qu'étaient obligés de combattre jadis les Augustin, les Basile et les Chrysostome.
ARTICLE UT
Bees enfants
Pendant bien longtemps, l’Église n’a formulé aucune loi qui déterminât l’époque à laquelle on devait donner le baptême aux enfants, hors les cas de nécessité. Aussi une grande liberté régna-t-elle à ce sujet pendant les quatre premiers s'ècles : les uns faisaient baptiser leurs enfants le huitième jour de leur naissance, en mémoire de l’antique circoncision, les autres attendaient qu’ils eussent l’âge de raison. Du v° au vin* siècle, on voulait souvent que les enfants eussent l’usage de la parole, pour qu’ils pussent répondre eux-mêmes aux interrogations liturgiques. Du vin‘ au x°, en Occident, on baptisait les enfants ayant un peu plus ou un peu moins d’un an et parfois à l’âge de quelques mois et même de quelques jours, quand ils étaient nés peu de temps avant les solennités de Pâques ou de la Pentecôte. A partir du xI° et surtout du xn° siècle, l'usage s’introduisit de régénérer les enfants peu de temps après leur naissance. Mais il ÿ eut toujours à cet égard, dans la chrétienté, de nombreuses exceptions et des coutumes locales que nous allons tâcher de mentionner.
BAPTÈMES DE CINQ A QUINZE ANS. — Adéodat, fils naturel de saint Augustin, fut baptisé à quinze ans ; le fils de l’empereur Valens, à six ans ; Clotaire II, à sept ans ; sainte Odile, à douze ans ; Pepin, fils de Charlemagne, à cinq ans.
(1) La Croze, Abildung des Indian-Chisten-Staats, p. 208.
Les Grecs anciens et modernes ont souvent retardé le ice jusqu'à l'adolescence ; les Sociniens de Pologne ne le confèrent qua l’âge de raison ; un certain nombre d’ Anabaptistes ne le donnaient qu’à l’âge de treize ans, pour se conformer à l'exemple d’'Ismaël, circoncis
à cette époque.
D'ux AN A No. — Nous avons dit ailleurs que Tertullien et saint Grégoire de Nazianze étaient d'avis de différer le baptème jusqu’à l’âge de trois ans, pour que l'enfant pût prendre une certaine part active aux cérémonies liturgiques.
Un Capitulaire de Charlemagne (789) ordonne que les enfants soient baptisés dans l’année de leur naissance, sous peine de cent sols d'amende pour un homme libre et de soixante sols pour un serf. Ce fut pour faciliter l'exécution de cette loi, éludée probablement dans certaines campagnes, que l'Empereur ne les églises baptismales.
En Géorgie et en Mingrélie le papas fait un signe de croix sur le front du nouveau-né, l’oint d’huile sainte huit jours après, mais ne le baptise qu’à l’âge de deux ans. Quelques historiens (1) ont prétendu à tort qu’on attendait à huit ans et même à quatorze pour conférer ce
sacrement.
D'ux A PLUSIEURS Mois. — Léon le Sage, empereur de Constantinople, prescrivit que les garçons seraient baptisés à l’âge de quarante jours et les filles à quatre-vingts. Cet usage, conservé dans beaucoup de contrées de l'Orient, correspond à la purification de la mère qui peut alors assister à la cérémonie, et permet à l’enfant de mieux supporter les inconvénients sanitaires de l’immersion. Maillet, qui nous a laissé une Description de l'Égypte, voulut un jour démontrer au patriarche des Coptes combien un tel retard pouvait entraîner de morts sans baptême, et cela pour ne point violer une loi faite uniquement pour l'Égypte. « Il vaut beaucoup mieux, répondit le patriarche, laisser périr une âme que de faire quelque chose contre les canons. » Les Coptes de la classe pauvre, éloignés des églises ou voulant économiser de quoi faire un festin, diffèrent souvent pendant plusieurs mois la régénération de leur enfant, ce qui, du reste, est considéré comme une faute grave; car, disent les casuistes de cette nation, l'enfant qui meurt avec le péché originel restera aveugle dans l’autre vie (2). Nous devons ajouter que
(1) Ricaut, Eccl. græc. stat., p. 176.
(2) J. Marcel, PÉgypte moderne, p. 118.