LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
s’engageaient désormais à pratiquer (1). C’est peut-être à eux que saint Justin s'adresse spécialement lorsqu'il dit : « Quel avantage peut résulter pour vous d'un baptême qui ne purifie que le corps (2)? »
Les Hémérobaptistes étaient ainsi appelés parce qu'ils se baignaient tous les jours ; ils prétendaient que par là seulement on pouvait se purifier de ses fautes. Les autres Pharisiens baptisaient, non pas les Juifs, mais les idolâtres qui s’enrôlaient dans leur secte.
Buxtort dit que les Israélites de son temps se soumettaient à une grande immersion purificatrice au commencement de l’année. Alors, dit-il (3), ils se plongent dans une cuve d’eau où ils récitent une formule de confession des péchés : à chacun des vingt-deux articles de cette confession, le pénitent se frappe la poitrine avec la main droite, et celui qui l’assiste lui enfonce la tête dans l’eau.
Les Juifs modernes ont à peu près renoncé à ce que leurs rabbins eux-mêmes appelaient /e baptême des prosélytes. On distinguait deux sortes de prosélytes : ceux de la porte, qui se bornaient à renoncer à l’idolâtrie et à reconnaitre le vrai Dieu, et ceux de l'alliance ou de La justice, qui se soumettaient complètement à la loi judaïque. Ces derniers seuls devaient subir la circoncision, le baptême et le korban, c’està-dire l’obligation d'offrir au temple deux colombes ; Maïmonide (4) fait observer que ce dernier rite’ est tombé en désuétude depuis la ruine du temple de Jérusalem et qu’il ne redeviendra obligatoire que lorsque le temple sera relevé.
L'étranger qui voulait être incorporé à Israël déclarait ses intentions devant trois juges. Quand il était bien constaté qu’il agissait en conscience et librement, on le préparait à l'initiation par des instructions sur l'unité de Dieu, sur les récompenses futures, sur l'horreur que doit inspirer l’idolâtrie, sur les préceptes les plus importants de la Foi. Quelques jours après avoir recu la circoncision, le candidat se : plongeait tout entier dans l’eau, soit complètement nu, soit enveloppé d'une étoffe légère que l’eau püût facilement traverser. Elle devait atteindre toutes les parties du corps, et si un seul cheveu de la tête y échappait, la cérémonie était nulle. On donnait la préférence à l’eau des fleuves ; dans les régions septentrionales, on tolérait l’eau tiède. Pendant que le récipiendaire était dans l’eau, trois témoins ou juges
(1) Jos., Hist., VIIT, c. v et vu.
C7 ny ph; Eve
(3) Synag., c. xvrrr.
(4) Halac Isuri-Biah, c. xur.
l’interrogeaient sur les principaux dogmes de la religion judaïque et signaient ensuite une attestation de prosélytisme qui était délivrée au néophyte. Quand il s'agissait d’une femme, tantôt les témoins l’interrogeaient en se tenant dans une pièce voisine, tantôt ils se retiraient au moment où elle allait sortir du bain, ou bien encore les juges étaient remplacés par des matrones. On baptisait à peu près de la même façon les enfants abandonnés par leurs parents païens et ceux qui étaient faits captifs à la guerre. Quand le père ou la mère se faisait prosélyte, on dispensait parfois les enfants de la cérémonie; ils étaient réputés juifs en raison de l'initiation de leurs parents. Quand la femme était enceinte, l'enfant qu’elle devait mettre au monde était censé baptiséravecvelle (r}
Quelques rabbins, comme Josua (2), ont prétendu que le baptême seul, sans la circoncision, suffisait à incorporer les infidèles dans la société religieuse d'Israël ; ce qui est incontesté, c’est qu'il était réputé suffisant pour les femmes.
Les docteurs juifs attachaient de singuliers privilèges au baptême des prosélytes. Selon eux, le néophyte, par cette immersion, reçoit du ciel une nouvelle forme substantielle, une nouvelle âme, en sorte qu’il devient un nouvel être ; ses liens de parenté disparaissent, ses esclaves deviennent libres, les enfants qu'il avait eus avant sa conversion n’ont plus de droit d’héritage, à moins qu’ils ne reçoivent aussi la circoncision et le baptême (3).
Tandis que quelques écrivains (4) établissent une assimilation complète entre le baptême et celui des prosélytes juifs, d’autres (5) n’y voient qu’une incorporation à la théocratie juive, ou même (6) une simple adoption n'ayant aucun caractère religieux. Toujours est-il que nous trouvons là, comme dans le baptême chrétien, une ablution, un pacte fait avec Dieu, une profession de foi, l'imposition d’un nom nouveau, la croyance en une nouvelle naissance, des témoins ou par-
(1) Maimon., in Hilch A bhadim, c. vx; Talmud, Gemarababylon. ; Danz, Bapt. prosel. | Judaic., ©. xxxvr, xxxvi, xL; Lightfoot, Hor. hebr., p. 390; J. Reiskildus, de Bapt. judæor., c.1v et vi; P. Slevogtus, de Proselyt. judæor.; P. Zornius, de Bapt, proselyt., Wacknerius, de Ebræor. prosel.; Salvador, Hist. des instit. de Moïse, tome I, livre V, ch. 1.
) Gloss. exter. ad codic. Jevam, fo 46.
) Gemara, tit. Jabimoth, c. 1v ; Selden, de Jure nat. gent., 1, 2. ) Augusti, Archæol., 1, 326.
De Pressenssé, Hist. des trois premiers siècles de l'Église, t, IL, p. 258.
(2 (3 (4 (5 (6) Wernsdorf, de Bapt.christian.