‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 32 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

ARTICLE IV

Rites particuliers de divers peuples

St EUROPE

GRÈCE. — Socrate résume la doctrine du monde hellénique, quand il proclame que les ablutions purifient tout à la fois l’âme et le corps (1). Si ce principe était universellement admis, l’application n’en était point uniforme. Les uns croyaient qu’il fallait se baigner dans une rivière et même s’y plonger trois fois la tête ; la plupart se contentaient de tremper leurs mains dans l’eau lustrale ou d'en recevoir l’aspersion des mains du prêtre qui, pour cet office, se tenait à la porte du temple. C’est avec cette eau lustrale qu’on aspergeait l'enfant âgé de cinq jours, qu'on promenait autour du feu brûlant sur l'autel, cérémonie qui portait le non d’Amphidromie (2).

Socrate rappelle à ses disciples que ceux qui ont établi des mystères enseignaient, d’après les anciens, que quiconque meurt sans être purifié, reste aux enfers, plongé dans la boue, et que « celui qui a été purifié habite avec Dieu (3). » Or toutes les initiations aux mystères étaient accompagnées de lustrations et d’immersions. À Athènes, c'était l’Illissus, petite rivière consacrée aux Muses, dont l’eau servait aux purifications préparatoires (4). Clément d'Alexandrie nous dit (5) qu'on aspergeait trois fois le récipiendaire avec de l’eau mêlée de sel. Apulée (6), pour être initié, est obligé de se rendre à la mer et de s’y plonger sept fois ; avant d’être admis dans le sanctuaire, il est encore conduit au bain par un prêtre, et, après s'y être lavé, il reçoit une aspersion d’onde pure que le prêtre lui fait par tout le corps. Orphée et Musée composèrent des espèces de rituels contenant les règles des cérémonies expiatoires et des lustrations qu'on employait dans les orphiques pour les récipiendaires.

) Plat., Cratyl.

) Id., Theet.

) Id., Phœd.

) Pausanias, Affic., €. xIx.

)mStrom., Le V.

(6) Metam., 1. XI.

Le second jour des fêtes d’Éleusis, à la suite du cri : Les initiés à la mer, on se rendait sur la plage, près de deux lacs salés consacrés à Cérès et à Proserpine. C'était là si avaient lieu les immersions; pendant la procession de quatre lieues qu'on faisait d'Athènes à Éleusis, on pratiquait encore d’autres ablutions dans les cours d’eau qu’on rencontrait sur la route. C’est aussi dans la mer que les femmes expiaient leurs fautes, pour se préparer à célébrer les mystères de Bacchus (1).

Platon nous dit (2) qu’il n’est permis qu’à l’âme pure de l’homme vertueux d’honorer les dieux par les sacrifices et que ceux-ci n’acceptent aucune offrande de celui qui est dans un état de souillure. C’est pour cela qu’il était prescrit de se purifier par l’ablution des mains avant d'offrir un sacrifice (3). Homère a bien soin de faire remarquer que Priam, Achille, Ajax, Ulysse, Télémaque se lavent les mains avant de faire aux dieux des libations sacrées. Euripide (4) rapporte qu’Alceste, épouse d’Admète, se lava le corps avant d’offrir le dernier sacrifice qu’elle fit pour ses enfants.

La consultation des oracles, étant également un acte sacré, exigeait aussi des ablutions préparatoires. Il fallait se laver dans le fleuve Hercyna avant d'interroger l'oracle de Trophonius, et subir une seconde ablution, faite par de jeunes acolytes, quand on pénétrait dans l’antre prophétique.

Celui qui, volontairement ou non, avait commis un homicide devait se baigner quatorze fois dans un fleuve. Pour se purifier de ce crime par le mystère de l’eau, il y avait, en certaines contrées, des prêtres investis d’un ministère spécial, tels que le koes dans la Samothrace et les psychagogues à Phigalée en Arcadie (5). Refuser l’eau lustrale à un homicide, c'était l'excommunier de la société religieuse, le condamner à une perpétuelle et irrémissible infamie : c’est pour cela qu'Œdipe, dans la tragédie de Sophocle, défend de donner cette eau sacrée au meurtrier de Laïus.

Ce n’était pas seulement l’homicide, mais toute espèce de fautes que purifiaient les lustrations. Platon nous dit qu’elles purgeaient tous

(1) Creuzer, Symbolik, Dritte ausgabe, vierter band, v, 92. Tangræorum matronas, antequam Bacchi Ariana celebrarent, ad mare quo expiationis causà lavarent, descendisse. Pausanias, Beot., 1. IX, 20.

(2) Leg., 1v.

) Diog. Laert., Vit. philos., 1. VIT; Dionys. Halic., Ant. rom., 1. VIII, Lxxr. Alcest., act, I,

(3 (4) (5) Pausan., 111, 17 ; Herod., ent

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