AMÉRIQUE
- Mexique. — D'après la tradition des Mexicains, le baptême fut institué à Tollan par Quetzalcoatl, ce qui déplut fort à un autre dieu. Quoi qu’il en soit, voici comment s’opérait la purification de l'enfant. Aussitôt après sa naissance, on le portait au temple ; le prêtre lui tirait quelques gouttes de sang avec une épine et ensuite lui jetait de l’eau ou l’immergeait, en prononçant quelques imprécations. Le cinquième jour de la naissance, la sage-femme portait l'enfant tout nu dans la cour du logis qu’habitaient ses parents et le déposait sur un lit de joncs. Après avoir invoqué le dieu Ometeuctli et la déesse Omecilluatil, elle puisait de l’eau dans un vase et en jetait sur le front et la poitrine du nouveau-né, en disant : « Cette eau lave et purifie. Je prie Dieu que ces gouttes célestes pénètrent dans ton corps et y habitent ; qu’elles détruisent et écartent de toi tout le mal et tout le péché qui t'ont été donnés avant le commencement du monde... Cet enfant vient de recevoir une vie nouvelle et une nouvelle naissance ; il est purifié et lavé de ses souillures, et notre mère Chalchivitlycue (2) l’a mis de nouveau au monde. » L’ablution terminée, trois enfants de
(1) Dict. des Relig., t. I, p. 430. :
(2) Dans la théologie mexicaine, c’est la déesse qui a mis au monde le premier enfant et par qui le péché est entré dans le monde.
trois ans prononçaient tout haut le nom qu'on avait choisi pour le nouveau-né. Enfin vingt jours après la naissance, le père et la mère portaient leur enfant au temple et le présentaient au prêtre avec une offrande (1).
YUCATAN. — Jean de Laet (2) raconte, d’après les voyageurs espagnols, que les habitants du Yucatan portaient leurs nouveau-nés dans le temple où un prêtre leur versait de l’eau sur la tête, en leur imposant un nom. Cette cérémonie s'appelait dans leur langue la nouvelle naissance, parce que, selon eux, elle devenait le germe de toutes les vertus et un préservatif assuré contre les ruses des mauvais esprits. Ces ablutions se renouvelaient de l’âge de trois ans à celui de douze; il était interdit de se marier avant d’avoir passé par ces purifications qui s’accomplissaient à un jour réputé propice, précédé d'un ériduum obligatoire de jeûne pour les parents. :
Pérou. — Les anciens Péruviens célébraient, le premier jour de la lune de septembre, après l’équinoxe, une fête religieuse nommée c1fu ou citou, dont le but était de purifier l’âme de toutes les souillures contractées dans le cours de l’année. Le roi, la reine et leurs enfants se rendaient solennellement en char dans un de leurs palais où ils s’aspergeaient mutuellement avec de l’eau provenant de la rosée. Les ministres et les grands du royaume en agissaient de même dans un champ voisin; quant au peuple, il se contentait de se baigner dans les rivières, avant le lever du jour. (3)
ARAUCANIE. — « Quand un enfant vient au monde, dit M. de Tonnens (4), il est, pour ainsi dire, baptisé par le père ou le grand-père ou par un proche parent. Il est tenu par un parrain et une marraine. On coupe l'oreille d’un agneau, et avec le sang qui en découle on fait des croix sur le front et sur les joues de l’enfant. La cérémonie a lieu dans la matinée vers les neuf heures. Tous les assistants se tournent vers . soleil, et font des prières. La fête se termine par un petit festin de amille. »
(1) Clavigero, Storia del Messico, 1. VI; de Humboldt, Vues des Cordilières, t.I Po223; Prescott, Conquête du Mexique, t. Il, p. 277; Annal. de Phil. chr., 3e sér.. t. III, ss JE
(2) Descript. nov. orb., 1. V, c. xxvr, Cf. 5. OI. Dapper, Descr. americ.; Carli, Lettres américaines, t. I, p. 146. <
(3) Hospin., de Fest. …entil.; Hildebrand, Rituale bapt. veter., p. 3.
(4) L’Araucanie.