LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES n
SI
Cette croyance apparaît partout, dans les légendes populaires comme dans les écrits des philosophes, dans les livres sacrés de Zoroastre et de Confucius comme dans les poèmes de Virgile, chez les nations civilisées de l’Europe et de l'Asie comme dans les peuplades de l'Amérique et de l'Océanie. Cette universalité de tradition est tellement évidente, qu’elle a été reconnue par tous les adversaires du Christianisme, comme Voltaire, Boulanger, Benjamin Constant, etc. Nous en concluons que toutes ces croyances remontent à l’origine des choses, aux promesses qui ont suivi de si près la chute du premier homme. Parmi les révélations que Dieu fit à l’homme déchu pour lui montrer dans l’avenir la réhabilitation de sa race, nous devons croire qu'il lui a laissé entrevoir la purification par l’eau et par l'esprit, aussi bien que la rédemption par le sang. Ces traditions sur la déchéance de la nature humaine et sur sa future réhabilitation ont bien pu s’altérer, se mélanger d’erreurs, mais en conservant toujours un certain fond de vérités, et le Christianisme est en droit de réclamer toutes les notions vraies dont sont parsemées les antiques religions du monde. Nous dira-t-on que ce n’est là qu’une hypothèse ? Nous répondrons qu’il n’est pas même besoin d’y recourir. Quand bien même Dieu, dans ses révélations à l'humanité déchue, n’aurait pas laissé entrevoir la régénération par l'eau, n’était-il pas naturel de passer de l’idée de la souillure originelle à celle de la purification par l'eau, en raison même de ce symbolisme qui fait le fond de toutes les idées religieuses ?
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De l'influence des anciens rites purificatoires sur le Baptême chrétien
Les adversaires du Christianisme n’ont point manqué de remarquer les analogies de certains rites paiens avec ceux de l'Église catholique, et ils en ont conclu que c'étaient là des emprunts faits aux religions de l'antiquité. Voltaire dit (1) que le bain sacré du Gange s'étendit au Nil et ensuite au Jourdain. M. Jean Reynaud et M. Ed. Quinet, frappés des vertus régénératrices que Zoroastre attribue à l’eau, font déri-
(1) Fragments hist. sur l'Inde, art. 27.
ver le baptème du Mazdéisme (1). M. Fauche place le berceau des rites chrétiens dans l'antique Asie, M. Clavel dans l'Inde, M. de Lasteyrie dans le Thibet, M. Poynder dans la Perse, M. Renan dans la Chaldée, M. Pierre Leroux en Grèce. Cette divergence d'opinions montrerait à elle seule la futilité de ces hypothèses, quand bien même il ne serait pas démontré que les doctrines sur la chute originelle, sur la régénération par l’eau et par le sang, ne sont point particulières à telle ou telle contrée, mais qu’elles se retrouvent dans toutes les mythologies de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi. Comme nous l'avons dit, ces rites universels qui déconcertent la science rationaliste, ne peuvent provenir que des idées générales léguées à leurs fils par nos premiers parents. Ces rites, corrompus et déshonorés par l'erreur, Jésus-Christ, soit par lui-même, soit par le ministère de l'Église, les a restitués à leur destination primitive; il les a transformés en en faisant la cause efficace de la régénération spirituelle. L'Église, qui est universelle dans le temps comme dans l’espace, devait reconnaître comme siennes toutes les pensées salutaires, toutes les bonnes actions, tous les rites reposant sur un principe vrai. Le dogme chrétien, tout en étant parfaitement nouveau, s’est assimilé les idées religieuses qui provenaient des traditions adamiques ; il se les est incorporées en les dominant et en donnant une autre signification et une autre vertu aux rites matériels qui exprimaient plus ou moins confusément des vérités intellectuelles de l’ordre primordial.
Les analogies que nous avons constatées, bien loin de porter atteinte à la divinité du Christianisme, nous en révèlent la grandeur et nous en montrent comme la perpétuité à travers les âges antiques. Les rationalistes contemporains font donc fausse route en cherchant les origines du baptême chrétien dans les mythes de l’Inde, de la Perse, de la Chine, ou de la Grèce ; il y a quelque chose de bien plus ancien que les institutions de Zoroastre, de Manou, de Confucius et d'Orphée : c’est la tradition primitive ; de là découle tout ce qu'il y a de vérité dans les mythologies antiques : c'est dans ces profondeurs que s’enfoncent les bases de l'édifice chrétien, et c’est là aussi que se trouvent les premières origines du baptême chrétien.
(1) J. Reynaud, Christolog'ie ; Quinet, Génie des Religions.