CHAPITRE. VIT
Du Baptème de pénitence de saint Jean-Baptiste
Le Baptême conféré par saint Jean-Baptiste a été la figure la plus expressive du baptême chrétien et en même temps le rite qui lui a été le plus analogue. À ce double titre, nous devons lui consacrer un chapitre spécial où nous nous occuperons : 1° de l'institution et du mode de ce baptême ; 2° des lieux où il fut conféré ; 3° des sujets qui le recevaient : 4° des effets qu’il produisait; 5° du baptême reçu par Notre-Seigneur ; 6° de la durée du baptême conféré par saint Jean ; 7° du culte relatif au baptême donné par saint Jean et à celui qu’a recu de lui le divin Sauveur.
ARTICLE I
Enstitution et mode du Baptême de saint Jean
D’après M. Renan (1), « la pratique fondamentale qui donnait à la secte de saint Jean son caractère et qui lui a valu son nom, a toujours eu son centre dans la basse Chaldée et y constitue une religion qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Cette pratique était le baptème ou la totale immersion. » M. Renan fait ici allusion aux Mendaites dont nous parlerons plus loin, mais c'est très gratuitement qu'il leur prête une origine antérieure à saint Jean. Beaucoup d’autres écrivains (2)
(1) Vie de Jésus, c. vr.
(2) Buxtorf, d'Holbach, Lighfoot, Schaetgen, Welstein, Strauss, Salvador, etc.
rattachent son baptème aux lustrations des Esséniens et au baptême juif des prosélytes. L'institution du Précurseur n’a de commun avec les ablutions juives que l’idée universelle de la purification par l’eau ; cette initiation publique au règne du Messie est dépourvue des cérémonies secrètes qui entouraient les autres initiations ; elle n’est point faite pour une classe restreinte et privilégiée; enfin, elle est soumise à la condition essentielle de la pénitence. C’était avant tout un appel à la conversion et à la pureté du cœur, ce qui la distingue essentiellement de tous les rites antérieurs.
Est-ce saint Jean lui-même, agissant sous l'inspiration générale de Dieu, qui fut l’auteur du baptême qui porte son nom (1)? N’a-t-il été que le ministre spécial d'un baptême institué directement par Dieu, pour détourner peu à peu les Juifs des rites mosaïques et les préparer par l’ablution du corps à la purification de l’âme (2)? En ce cas, fut-ce par une vision extérieure ou par une révélation intime que le Saint-Esprit le chargea d’annoncer la prochaine venue du Messie et de prêcher le baptême de pénitence ? Les récits évangéliques ne nous en disent rien et les opinions restent libres sur ce point, comme sur la nature même de cette institution. Des théologiens (3) la considèrent comme un sacrement de l’ancienne Loi, parce qu’elle signifie et promet des choses futures, sans conférer la grâce par elle-même ; d’autres (4) y voient un sacrement intermédiaire entre l’ancienne et la nouvelle Loi, en raison de l’époque de son apparition ; le plus grand nombre (5) n’y reconnaissent qu’une préparation au baptême de Jésus- Christ, et non pas un véritable sacrement, parce que ce n’est pas une institution permanente, qu’elle n’eut probablement pas Jésus-Christ pour auteur direct, qu’elle ne concernait que les adultes et qu’on ne saurait affirmer qu’il y eut une forme appliquée à la matière. Un bon nombre de théologiens (6) ont prétendu, il est vrai, que le Précurseur usait de cette formule : Je fe baptise au nom de Celui qui doit venir, mais il n’en est question ni dans l’Écriture ni dans les anciens Pères ; c’est une hypothèse qui ne date guère que du moyen âge. Il est certain que par tout son langage, le Précurseur faisait
(x) Bellarmin, de Bapt., c. xx; Maldonat, de Sacram., disp. Il.
(2) Vossius, de Bapt., disp. VIII.
(3) Durandus, q. 3.
(4) Bonavent., /n 1V, dist. Il, art. 2, q. 2 ; Estius, Zn IV, dist. ENS
(5) Thom. HI part., q. 38, art. 1; Tournely, de Bapt.
(6) Jac. Vitr., Hist.eccl., c. xxxvr ; Hug. a S. Vict., lib. Il de Sacr., part. VI, « vi: Thom. II p.,q. 38, art. 6. ; <