‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 50 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES 8r · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES 8r

comprendre à tous que son baptême était administré en vue du Messie à venir, mais rien ne prouve qu'il ait exprimé cette vérité par une formule ; il aurait dû d’ailleurs la modifier ou la supprimer quand Jésus-Christ, ayant révélé sa mission, devint par là même le Messie présent.

Les renseignements historiques nous manquent également sur le mode d'immersion que le Baptiste imposait à ses adeptes. Nous verrons plus tard (1) qu’il a dû lui-même descendre avec eux dans le Jourdain et qu’il est présumable qu’en certaines circonstances du moins, une ample infusion d’eau sur la tête complétait l'immersion inférieure du corps, comme cela se voit dans les peintures des premiers siècles.

La repentance était l'élément spirituel et la condition absolue du baptême de saint Jean, qui, sous cette forme, était comme le passage du péché à la grâce, de Moïse à Jésus-Christ, de l'ancienne Loi à l'Évangile. L’historien Josèphe confirme sur ce point les indications du Nouveau Testament : « Jean, nous dit-il (2), fut un homme éminent en sainteté, qui rappelait ies Juifs à la vertu, à la justice, à la piété envers Dieu, et qui leur ordonnait de se réunir pour recevoir le baptême. Le baptême, disait-il, n’est agréable à Dieu que s’il est accompagné du renoncement à tous les pécnés; car ce n’est qu'après s'être purifié l'âme par la justice que la purification du corps devient salutaire. Un concours immense se réunissait près de lui, et la multitude était avide de lPentendre. »

Tertullien nous dit (3) que ceux qui recevaient le baptême de saint Jean se confessaient publiquement de leurs péchés ; les protestants prétendent qu’il ne peut s’agir là que d’une déclaration générale de peccabilité ; mais Grotius ne fait point difficulté de reconnaître que ce que disent les Actes des Apôtres (xix, 18), ne peut s'entendre que d'une confession verbale et détaillée des péchés particuliers. Les docteurs de la Loi, les Pharisiens et les Saducéens étaient trop orgueilleux pour se soumettre à cette marque d’humilité ; aussi le Précurseur leur refusait-il son baptême et n'avait-il pour eux que des paroles de reproches et de menaces.

(nBivre IVe art a ivre XVIIL cr.

(2) Ant. jud., 1. XVIII, c. vu.

(3) De Bapt., c. xx.

ARTICLE IT

Des licux où saint Jean conférait son baptême

On sait que saint Jean baptisait sur les deux rives du Jourdain, dans la partie du désert de Judée qui avoisine la mer Morte. Il se rendait surtout soit à Béthanie ou Bétharaba, soit à l'endroit nommé Ænnon (Les Fontaines), près de Salim. On n’est point d'accord sur l’emplacement de ces deux localités.

L'Évangile de saint Jean nous dit que le Précurseur « baptisait dans Ænnon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau. » (x, 23.) Il semble que ce texte doive s’appliquer à une partie de la Palestine peu pourvue d’eau et un peu éloignée du Jourdain. La particule dans peut faire supposer qu'il s’agit plutôt d’un district que d’une localité. D’après Eusèbe et saint Jérôme, Salim et, par conséquent, Ænnon, étaient situés tout près du Jourdain, à quatre lieues au sud-est de Beth-Schean, l’ancienne Scythopolis. Cette opinion, assez généralement admise autrefois, est aujourd’hui fort contestée. Le véritable nom du pays situé au sud de Befh-Schean paraît être Tell- Sarem et non pas Tell-Salim, comme l'a supposé saint Jérôme ; d’ailleurs, les explorateurs de la Palestine n’ont rencontré dans ces parages aucun bassin naturel qui pût se prêter à l’immersion. Un voyageur moderne (1) place Ænnon à une lieue au nord-est d'Hébron à Beit-Ainoun où se trouvent une fontaine abondante et une vallée qui se nommerait Salim; mais la vallée qui avoisine les sources du Wadi-Farah porte en réalité le nom de Suleim, et la source coule dans un ravin escarpé, écarté de toute ligne de communication, et où, par conséquent, il eût été impossible de réunir une foule considérable,

Le chef de la Commission anglaise d'exploration en Palestine nous paraît avoir résolu la question en confirmant par une étude attentive des lieux une opinion émise pour la première fois par Robinson (2). Il identifie le Salim de saint Jean avec un village de ce nom situé à deux lieues à l’est de Naplouse, l’ancienne Sichem, et la localité

(1) Historish politische Blactter, t. Il, p. 720. (2) Biblical researches, t. II, p. 333.

d'Ænnon avec le village moderne d'Aynun, situé au nord de sources abondantes coulant dans une vallée nommée Wadi-Farah, près de la principale route qui conduit de Jérusalem à Nazareth.

L'évangéliste saint Jean nous dit que le Précurseur baptisait également à Béthanie, au delà du Jourdain (1, 28). Évidemment il ne s’agit point ici de la Béthanie de Lazare, située près de Jérusalem, au pied de la montagne des Oliviers, mais, comme l’affirme toute la tradition, de Bétharaba, dans le territoire de la tribu de Ruben. Cette désignation se trouvant dans plusieurs exemplaires grecs du texte de saint Jean, on a supposé que le mot Béfhante est une faute de copiste ; il est bien plus probable que la localité où baptisait saint Jean a porté successivement, ou peut-être en même temps, deux appellations qui ont à peu près le même sens étymologique, puisque Béthanie veut dire /ieu du vaisseau où de la barque, et Bétharaba, lieu de passage. « Bétharaba, dit saint Jérôme, est le lieu en deçà du Jourdain où saint Jean baptisait. De nos jours encore, un grand nombre de nos frères s’y rendent pour avoir la consolation d’y renaître à la vie spirituelle et de prendre place au nombre des croyants. » D’après la tradition, c’est en face de Bétharaba que les douze tribus traversèrent le Jourdain pour entrer dans la Terre promise, et c’est là même où Josué avait érigé douze pierres commémoratives, que Jésus fut baptisé par saint Jean. Sur ce point, le Jourdain fait un coude vers l'ouest, et les rives descendent graduellement vers le lit du fleuve qui n’a en cet endroit que cinq pieds d’eau. D’après les Grecs, le lieu où Jésus reçut le baptême serait situé à quelques milles plus loin au sud, et c'est là aussi que vers Pâques des milliers de pèlerins des rites orientaux viennent se baigner, sous la protection d’une force militaire considérable, envoyée par le gouverneur de Jérusalem.

Les écrivains ecclésiastiques n’ont point manqué de rapprocher les deux grands événements dont nous venons de parler et de faire remarquer que la même partie du fleuve qui a donné aux Israélites un passage pour arriver à la Terre promise, nous a offert à tous, par l’institution du baptême, l’entrée dans la terre des vivants.

D’après les visions de Catherine Emmerich, dont nous n'avons pas à apprécier ici la valeur historique, le baptême de Notre-Seigneur aurait eu lieu dans une petite île de forme ovale qui aurait surgi du Jourdain, à endroit où passa l'arche d’alliance et où Élie avait divisé les eaux avec son manteau. Jean et ses disciples auraient uni l’île à sa rive par un pont de grosses pierres près duquel aurait été creusé le bassin

baptismal. « Quelques marches y conduisaient, dit-elle (1), et, au niveau de la surface de l’eau, était une pierre rouge et polie, de forme triangulaire, sur laqueile Jésus devait se tenir pour le baptème. A droite de cette pierre, était un beau palmier couvert de fruits autour duquel Jésus avait le bras passé lorsqu'il fut baptisé. Le bord de la fontaine était orné d'une marqueterie élégante. »

La célèbre voyante de Westphalie fait observer que l’on comprend mal le texte évangélique quand on suppose que Jean baptisait à Bétharaba ; que c'était sur la rive opposée, à On, entre Jéricho et Béthayla, villes situées à deux lieues de là. Elle ajoute que le Précurseur administra également le baptême près de Jéricho, au bourg de Salem, à la piscine de Bethsaïda et à Sukkoth. Laissons-lui décrire cette dernière fontaine. « A Sukkoth, dit-elle (2), le baptème se donnait près d’une fontaine située dans une grotte creusée dans le roc et tournée au couchant vers le Jourdain. Toutefois, on ne pouvait pas voir le fleuve de là, à cause d’une colline qui en interceptait la vue. L'eau de la fontaine venait pourtant du Jourdain; elle était très profonde. La lumière y arrivait d’en haut par des ouvertures; devant la grotte était un lieu de plaisance spacieux, élégamment arrangé avec des arbustes, des touffes de plantes aromatiques et du gazon. Il y avait là une ancienne pierre monumentale qui avait rapport à une apparition de Melchisédec à Abraham... Près de cette pierre commémorative, il y avait un grand bassin au-dessus duquel ceux qui devaient être baptisés se courbaient, les épaules nues. Celui qui leur administrait le baptême leur versait trois fois de l’eau sur la tête avec la main. Un grand nombre de personnes furent baptisées ici. »

ARTICLE II

Sujets du baptême de saint Fean

Quelques écrivains ont supposé que saint Jean baptisait les enfants comme les adultes (3). À ceux qui leur opposent le silence de l’Écriture

(1) Brentano, Vie de N.S. J.-C., d'après les visions de Cath. Emmerich, c, 1, 23 août. (2) Zbid., c.1v, 14 oct, 1827.

PAR Exell, À serious enquiry into that J. Baptist did as certainly baptise infants as the adults.

Page 1