LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
à cet égard, ils répondent que le Baptiste ne pouvait pas plus repousser les enfants qui accompagnaient leur famille qu’on ne le faisait pour le baptême des prosélytes, et que, le principal entraînant l’accessoire, il n'était pas nécessaire que les écrivains sacrés fissent une mention spéciale de ces enfants (1). Il nous semble néanmoins que le baptême de saint Jean n'était applicable qu'aux adultes, puisqu'il avait surtout pour but de faire connaître le Messie, de familiariser d'avance les Juifs avec le baptême chrétien, et de les y préparer par la pénitence. Quant aux femmes, il n’en est point question. Serait-ce à cause de l’analogie qu’il y avait entre ce rite et la circoncision, ou bien parce que la dénudation, probablement requise pour l'immersion, paraissait à leur égard contraire aux convenances de la pudeur ?
Saint Ambroise (2) a distingué deux catégories de personnes baptisées par saint Jean : celles qui ignoraient le mystère de la Trinité et celles qui y avaient foi. Ces dernières, seules, selon lui, n'auraient pas eu besoin de recevoir le baptème de Jésus-Christ. Cette distinction ne repose sur aucun fondement et ma été adoptée par aucun théologien de poids, si ce n’est par le Maître des Sentences.
Les Centuriateurs de Magdebourg ont prétendu (3) que saint Jean n’admettait à son baptême que ceux qui renonçaient au judaïsme. On aurait pu leur demander de vouloir bien en fournir la preuve; mais le bon sens suffit à démontrer que le Précurseur ne pouvait point s’ingérer d’abroger une loi qui n'était pas encore remplacée par une autre.
M. Wolf suppose que le fils de Zacharie a baptisé cinq cent mille Juifs, et il en conclut qu'il lui a été impossible de recourir au mode de l’immersion, puisque si sa mission n’a duré que six mois, il lui aurait fallu baptiser trente-trois mille personnes par jour, et par conséquent environ trois mille par heure. Mais il est évident que cette supposition de cinq cent mille Juifs baptisés est tout à fait gratuite et ne repose sur aucune donnée historique (4).
(1) Wall, Hist. bapt. infant., t. I, p. 91.
(2) Lib. de Spirit. Sancto, 1. V, c. 1x.
BAPE Cols OT:
(4) Cretin, le Nouveau Système pédobaptiste, p. 12.
ES — = — Re
ARTICLE IV
Effects du baptême de saint Jean
Un très grand nombre de Pères (1) ont attribué au baptême de saint Jean la puissance d’affranchir du péché et de la damnation éternelle ; mais ils le considèrent comme bien inférieur à celui de Jésus- Christ, parce qu’il ne conférait pas, comme le sien, la pureté parfaite, la grâce sanctifiante, l’union avec Dieu, les dons du Saint-Esprit. D'autres (2), au contraire, ont enseigné que le baptême ne contenait aucun principe de régénération et n’effaçait aucun péché. Cette doctrine, soutenue par saint Augustin, a prévalu dans l’école, où elle n’a rencontré que de rares contradicteurs, comme Pierre Lombard. Cette opinion comptait encore quelques adhérents au concile de Trente. C'est pour les ménager et surtout pour témoigner de leur respect à l'égard d’un certain nombre de docteurs de l'Église, que la sainte assemblée ne voulut point définir cette question et se borna à condamner ceux qui égaleraient le baptême de saint Jean à celui de Jésus-Christ, opinion qui n’a jamais été proférée par aucun théologien catholique. Si quelques écrivains orthodoxes donnent encore aujourd’hui le nom de sacrement au baptème de saint Jean, c’est dans le sens le plus large et le plus ancien de cette expression; mais ils ont soin de proclamer que ce n’était là qu’un symbole de la purification intérieure qui devait préparer les Juifs à la venue du Messie, que ce rite transitoire ne conférait pas la grâce et n’imprimait aucun caractère permanent. Les hérétiques ont émis sur cette question des avis fort opposés. Pétilien, évêque donauste, ne mettait aucune différence entre le baptême de Jésus-Christ et celui de saint Jean (3). Les Cathares considéraient ce dernier comme une œuvre formellement diabolique et en opposition directe avec le baptême chrétien (4).
(1) S. Ambroise, S. Basile, S. Cyrille d’Alexandrie, S. Cyrille de Jérusalem, S. Grégoire de Nazianze, S. Grégoire de Nysse, S. Hilaire, S. Optat, S, Pierre Chrysologue, Prudence, etc.
(2) S. Athanase, S. Augustin, S. Chrysostome, S. Jérôme, Tertullien, etc.
(3) August., 1. Il contr. Petilian., ©. xxxIL.
(4) Moneta, A dv. Cathar., IV, 1, n. 2.