‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 52 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

Tandis que Luther et Mélanchton admettent une différence radicale entre le baptême de Jésus-Christ et celui de saint Jean, Zwingle, Calvin, Th. de Bèze, Bucer et la plupart des protestants modernes assimilent complètement les deux rites, qu’ils considèrent comme un seul et même sacrement. Quelques-uns d’entre eux se bornent à faire cette concession qu'il y a dans le baptême chrétien une plus abondante effusion de grâces. Les théologiens de la Réforme qui, en raison de leur doctrine sur l'efficacité purement objective des sacrements, accordent la même efficacité aux deux baptêmes, se trouvent amenés à prétendre que ceux qui avaient reçu le premier ne recouraient point au second, et ils sont obligés de torturer le sens de divers passages du Nouveau D qui leur donnent sur ce point le plus complet démenti (1).

Les protestants ont essayé en vain de rattacher leur doctrine à Popinion de quelques Pères : ils allèguent surtout le passage où Tertullien dit qu’il n’y a aucune différence entre ceux que saint Jean a baptisés dans le Jourdain et ceux que saint Pierre a baptisés dans le Tibre (2). Mais en lisant tout ce chapitre, il devient évident que l’auteur a voulu dire que toutes les eaux sont bonnes pour l'administration du baptème, celles de mer ou de fontaine, celles du Jourdain ou du Tibre. D'ailleurs, dans un autre endroit (3), Tértullien remarque que le baptème de Jean était divin par rapport à l’ordre de Diéu qui l'avait prescrit, mais que, de sa nature, il était humain, parce qu il n’opérait rien de céleste et qu’il disposait seulement à recevoir les dons du Ciel.

ARTICLE V

Du baptème reçu par Jésus-Christ

Le baptême de pénitence conféré par saint Jean doit surtout sa célébrité à cette circonstance que Notre-Seigneur a voulu se soumettre à ce rite. Suivons d’abord le récit de saint Matthieu (117, 13-17), et nous

(1) Matth., mm, 2 ; Luc, 11, 15; Act., xIx, 2 2-6.

(2) De Bapt., CIVILS protestants qui invoquent ce texte, devraient bien se le rappeler quand ils nient que S. Pierre a été à Rome.

(3) Ibid., c. x.

noterons ensuite quelques circonstances extra-évangéliques, vraies ou fausses, de l'événement par lequel fut inaugurée la mission du

Sauveur.

Verset 13. — « En ce temps-là, Jésus vint de Galilée trouver Jean sur les bords du Jourdain pour recevoir de lui le baptême. » La première question qui s'impose ici est celle de savoir pourquoi Jésus a voulu recevoir un baptème dont il n'avait pas besoin. Quelle est la raison qui a motivé cette démarche? D'après M. Salvador, ce serait pour recevoir une espèce de sacre. « L'acte cérémonial accompli par Jean-Baptiste (1), dit-il, indique bien plus ce que nous appellerions une ordination, un sacre, qu’un baptème... L'eau que Jean répandit sur le front de Jésus prit un caractère différent de sa destination ordinaire à l'égard de la multitude précédemment baptisée. Elle devint une image et une reproduction de l'huile versée par Samuel sur le front de David. C’est même de cet acte d'onction qu'était dérivé le nom juif de Messie ou Christ, signifiant l'Oint par excellence, l’homme élu, l’homme choisi de Dieu, l'homme d'élite. »

Pour se débarrasser d’une interprétation difficile, M. Fritzche n'est pas éloigné d’admettre le baptême de Jésus comme simplement mythique. M. Strauss ne va pas si loin, et veut bien reconnaître qu'il n’est pas contre la vraisemblance historique que Jésus, ayant la conscience d’être lui-même le Messie, se soit soumis au baptême de Jean avant d'ouvrir le règne messianique; mais il n’en reste pas moins choqué de cette démarche. « Le baptême de Jean-Baptiste, dit-il (2), était un baptème de pénitence, précédé de la confession des péchés : or un tel baptême pouvait-il convenir à Jésus-Christ, à celui qui venait purifier et sanctifier le monde? Jésus-Christ avait-il besoin de pénitence? Pouvait-il confesser ses péchés, lui qui n’en avait et ne pouvait en avoir aucun? Pouvait-il, sans une dissimulation coupable, imiter les gestes de contrition de ceux qui recevaient le baptême et se soumettre à cette humiliation? »

M. Renan explique la démarche de Jésus envers un inférieur par la générosité de la jeunesse « capable de toutes les abnégations. »

Les écrivains que nous venons de citer se sont créé des problèmes insolubles, par là même qu’ils ont laissé de côté la tradition évangélique. Si Jésus se soumit au baptème de pénitence, alors qu'il n’était

(1) Vieet doctrine de Jésus, t. 1, p. 292.

(2) Vie de Jésus, 2e sect., c. 1r.

Page 1