‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 54 sur 283 · LIVRE I. -— PROLÉGOMÈNES O · texte numérisé non relu

LIVRE I. -— PROLÉGOMÈNES O

confondu dans les rangs d'Israël, et Jésus l’accomplissait également parce que, en cette occasion, il se manifestait publiquement comme le Messie, et peut-être aussi parce qu'en recevant ce baptême il lui donnait le caractère d’une institution divine. « La justice alors, dit saint Jean Chrysostome, consistait à obéir à la Loi et aux prophètes. Comme le Fils de Dieu avait été circoncis et présenté au temple, qu’il sanctifiait le sabbat et se rendait aux solennités des Juifs, il ne lui restait plus qu’à obéir à la voix du prophète prêchant le baptême de la pénitence. Non seulement il accomplit ainsi toute pénitence, mais il exerça encore envers nous la plus tendre charité. » Le baptême d’eau, dans son application à Jésus, ajoute le docteur Kuhn (r), différait, en principe comme en but, du baptême des autres hommes, et son opération est également spéciale. Le principe de ce baptême n’est pas la pénitence, son but n’est pas la rémission des péchés ; mais il devait manifester, c'était son opération, l'esprit de pureté et de sainteté dans Jésus, la base de cette vie nouvelle à laquelle tous les autres hommes étaient appelés à participer par Lui et par la croyance en Lui. En un mot, le baptême spirituel de Jésus commençait la vie spirituelle du monde. »

Voilà pourquoi le Sauveur, qui devait par sa mort abroger toutes les prescriptions de l’ancienne Loi, se soumit néanmoins à la loi du baptême de pénitence. « C'était l’ordre d'en haut, dit Bossuet, que Jésus, la victime du péché qui devait l’ôter, en le portant, se mit volontairement au rang des pécheurs. »

Verset 16. — « Jésus ayant été baptisé sortit aussitôt de l’eau, et tout à coup le ciel s’ouvrit à ses yeux : il vit descendre l'Esprit de Dieu sous la figure d’une colombe et venir sur lui. » D’après le texte de saint Luc, « Jésus ayant été baptisé et faisant sa prière, le ciel s’entr'ouvrit, et le Saint-Esprit, sous une figure sensible, descendit sur lui comme une colombe.» (I, 21.)

D’après Origène, le ciel ouvert et les paroles prononcées n'auraient pas été une réalité extérieure, mais comme une vision interne de Jean-Baptiste, opérée par Dieu pour lui faire connaître le caractère divin de celui qu’il avait baptisé. « Pour les simples, dit-il (2), c’est, dans leur naïveté, peu de chose que de mettre l'univers en mouvement et de fendre une masse aussi solidement cohérente que le ciel ; mais celui qui examine plus profondément ces choses songera à ces révé-

(1) La Vie de Jésus-Christ, trad. Nettement, p. 203. (2) Contr. Cels., 1, 48.

lations supérieures par le moyen desquelles des personnes choisies croient, dans la veille, et plus encore dans le rêve, avoir quelque perception par leurs sens corporels, tandis que c’est seulement leur âme qui est mise en mouvement. »

Le texte de saint Luc prouve bien qu’il s’agit d’un fait réel et extérieur et ne permet point d'admettre cette interprétation, suivie par les exégètes protestants et même par quelques écrivains catholiques de l'Allemagne. Certains rationalistes de cette contrée ont fait de singuliers efforts d’imagination pour métamorphoser ces faits miraculeux en phénomène naturel. Jésus et Jean se seraient concertés ensemble pour donner une consécration extérieure à la doctrine par laquelle ils espéraient régénérer leurs contemporains. Le hasard les servit ; les cieux entr'ouverts ne furent qu’une dispersion de nuages ou bien un éclair qui sembla fendre le ciel; une colombe passa là fortuitement, ou bien ce fut une comparaison populaire relative à la rapidité de l’éclair.

Duguet avait répondu d'avance à ces fantastiques suppositions. « On sait, dit-il (1), que le baptême de saint Jean-Baptiste n’était qu’un baptême de pénitence, destiné à préparer les Juifs à la venue prochaine du Messie. Or, je vous le demande, vous serait-il venu dans l’esprit de faire recevoir un tel baptême par Celui que vous auriez reconnu ou que vous auriez voulu reconnaître pour le Messie ? Auriez-vous jugé une telle humiliation compatible avec la majesté du Fils de Dieu ? Auriez-vous confondu le Fils de l'Homme avec la foule des pécheurs ? Auriez-vous assujetti au baptème du Précurseur le Saint des saints auquel il préparait la voie. Ce que vous n’auriez jamais pensé, est-il juste de croire que les autres l’aient pensé ? Ce qui ne vous aurait paru qu'unefolie, ce qui même ne vous serait jamais venu dans l'imagination, êtes-vous raisonnable de l’attribuer à des hommes sensés qui auraient voulu s’attribuer du crédit par la vraisemblance ? S'ils voulaient que le ciel s’ouvrit sur Jésus-Christ, qu’une colombe descendît sur sa tête et qu’une voix céleste le déclarât Fils de Dieu, n'était-il pas infiniment plus naturel de faire arriver tout cela pendant que Jean résistait à son humilité, qu'après que son baptême l’avait,en quelque sorte, dégradé et mis au rang des pécheurs ? J’ose assurer, sans crainte d’être désavoué par aucun homme sincère, que de telles circonstances n’ont pu être écrites que parce qu’elles étaient assurées, et que, bien loin de les imaginer comme vraisemblables, le premier

(1) Principes de la Foi, t. III, p 225.

effet qu’elles causent est la surprise et l’étonnement, et que, sans l’autorité divine, l'esprit humain les rejetterait comme incroyables. »

En ce qui concerne la colombe, plusieurs écrivains sacrés, entre autres Tertullien et saint Justin, ont pensé que c'était un oiseau réel et vivant. Lactance prétend même que cette colombe était blanche, particularité mentionnée dans quelques anciens exemplaires grecs de l'Évangile. D'autres commentateurs, se restreignant davantage aux paroles du texte sacré, ont cru que ce n’était qu’une apparence de colombe.

La Colombe, au baptême de Notre-Seigneur.

(Cimetière de Pontien.)

Les Valentiniens et les Basilidiens racontaient que, lorsque Jésus fut oaptisé à l’âge detrente ans, le Christ descendit en lui sous forme de colombe et lui communiqua la puissance des miracles qu'il n'avait pas encore. C’est contre cette fable que paraît dirigé l'Évangile apocryphe de Thomas l'israélite, où sont racontés les prétendus prodiges que Jésus aurait opérés pendant son enfance. Du temps de saint Augustin (1), quelques ignorants supposaient que le Saint-Esprit s'était uni hypostatiquement à la colombe, comme Jésus-Christ à notre humanité, Les exégètes protestants ont interprété de façons très différentes

(1) Tract. XCXLX in Johan.

le récit évangélique : pour les uns, la colombe est un oiseau véritable qui plana par hasard sur la tête de Jésus; pour les autres, c'est un éclair, est un tourbillon de flamme ou tout autre météore qu'on a comparé à une colombe, soit en raison de sa forme, soit à cause de la manière dont il serait descendu sur le Sauveur.

Le docteur Strauss voit une contradiction dans cette descente du Saint-Esprit sur Jésus qui le portait déjà en lui-même. Il faut remarquer que l'Esprit-Saint n’est point représenté comme entrant dans le Sauveur, mais comme paraissant au-dessus de lui; c'était pour saint Jean la démonstration promise de la personnalité du Messie; c'était pour Jésus le signal d'ouvrir sa mission rédemptrice et d'accomplir, au nom de son Père, les promesses que Dieu avait faites à Israël.

Les interprètes catholiques remarquent encore que l’Esprit-Saint voulut prendre la forme d’une colombe, parce qu’il est un esprit d'amour, de douceur et de paix; parce que ce symbole renouvelait, sous la même forme, comme après le déluge, le gage de la réconciliation de Dieu avec l'humanité. Quant à la descente même du Saint- Esprit, elle nous apprend que Jésus-Christ possédait la grâce dans toute sa plénitude; que le Saint-Esprit se donne réellement à ceux qui reçoivent le baptême avec les dispositions requises, et que c’est Jésus-Christ lui-même qui nous baptise par le Saint-Esprit en nous purifiant de toutes nos souillures.

Au xvr siècle, un curé de Cysoing, imitant les prédicateurs du moyen âge, a recherché dans l’ornithologie, les raisons théologiques qui ont fait prendre au Saint-Esprit la forme de la colombe. Voici un extrait de ce curieux discours conservé à la bibliothèque de Lille {n° 100):

« Si vous demandés pourquoy le Saint-Esprit s’est plustost démonstré en fourme de coulon que aultrement, on pevlt respondre : pourtant que le Saint-Esprit, en celuy quy est baptisiet, oeuvre les propriétés spirituellement du coulon : c’est-à-dire ses dons, qu’ilz sont à rapporter aux propriétés du coulon.

« La première propriété du coulon est : per cantum gemitum habet; pour son chant il samble gémir ou plourer, et chela se rapporte au don de crainte. C’est doncq à dire que le chrestien baptisiet en ce monde, se doibt cognoistre estre en la vallée de misère et en péril de tant plusieurs lachz de tentation; pourtant il doibt moult craindre qu’il ne perde la grâce de Dieu et son amour, et qu’il ne perde sa part et portion au royaume céleste.

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